Header image for news printout

Le nombre de victimes de frappes aériennes augmente en Syrie dans l’indifférence générale – Michelle Bachelet

GENÈVE (26 juillet 2019) – Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a tiré la sonnette d’alarme vendredi face à l’apparente indifférence de la communauté internationale concernant le nombre croissant de civils tués par une succession de frappes aériennes à Edleb et dans d’autres zones du nord-ouest de la Syrie.

« Malgré les appels répétés des Nations Unies pour faire respecter le principe de précaution et de discernement dans la conduite des hostilités, les dernières campagnes de frappes aériennes impitoyables menées par le Gouvernement et ses alliés continuent de toucher des établissements de santé, des écoles et d’autres infrastructures civiles telles que des marchés et des boulangeries », a déclaré Mme Bachelet.

« Ce sont des objets civiles et il semble très peu probable, vu la fréquence et l’acharnement de ces attaques, qu’elles soient toutes touchées par accident », a-t-elle ajouté. « Les attaques intentionnelles contre les civils constituent des crimes de guerre et ceux qui les ont ordonnées ou perpétrées sont pénalement responsables de leurs actes ».

Au moins dix sites différents (huit à Edleb et deux dans la zone rurale d’Alep) ont déploré des pertes civiles dues à des frappes aériennes ces dix derniers jours, causant au moins 103 morts parmi les civils, dont au moins 26 enfants. Trois de ces attaques ont eu lieu mercredi 24 juillet. (Voir les informations ci-dessous*)

La Haute-Commissaire s’est déclarée préoccupée par le fait que le carnage qui se poursuit en Syrie « n’attire plus l’attention de la communauté internationale ».

« Plusieurs centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes ont été tués en Syrie depuis 2011 », a-t-elle indiqué. « Le nombre de victimes est tel qu’il n’est plus possible de donner une estimation fiable. Durant les premières années de ce conflit meurtrier, alors que les pertes se comptaient par dizaines, puis par centaines, puis par milliers, le monde s’est montré extrêmement préoccupé par cette situation. » 

« À présent, les frappes aériennes tuent et mutilent un nombre considérable de civils plusieurs fois par semaine, ce qui semble lui valoir un simple haussement d’épaules général, et le Conseil de sécurité se retrouve paralysé par l’incapacité persistante de ses cinq membres permanents à s’entendre afin d’utiliser leur pouvoir et leur influence pour cesser une fois pour toutes les combats et les tueries », a déclaré Mme Bachelet.

« Il s’agit d’un échec de la part des dirigeants des plus puissantes nations du monde, provoquant une tragédie d’une ampleur telle que nous ne semblons plus pouvoir nous sentir concernés. »

Mme Bachelet a indiqué que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a recensé au moins 450 pertes civiles, dont les 91 décès causés par les frappes aériennes des dix derniers jours, depuis le début de la dernière campagne du Gouvernement et de ses alliés dans le nord-ouest de la Syrie il y a plus de trois mois.

Elle a poursuivi en expliquant que son personnel continue de recueillir des informations sur trois attaques récentes qui ont fait au moins 11 morts chez les civils et qui ont été menées par des groupes armés non étatiques dans des zones sous contrôle du Gouvernement dans la ville de Masyaf, dans la province de Hama (21 juillet), et dans les quartiers d’al-Hamadaniya et d’al-Jamiliya à Alep (les 22 et 24 juillet).

« Bien qu’Edleb et ses alentours soient au cœur de l’accord de désescalade de 2017 et de l’accord de la zone de démilitarisation de 2018, cette région est le témoin d’une grave escalade militaire ayant des conséquences désastreuses sur le plan humanitaire et des droits de l’homme pour les millions de civils qui essaient d’y survivre » a indiqué Mme Bachelet.

« Les acteurs influents, y compris ceux qui ont accepté de réduire les hostilités dans le cadre de l’accord de désescalade, doivent utiliser d’urgence leur influence pour arrêter la campagne militaire actuelle et rappeler les parties au conflit à la table des négociations » a-t-elle ajouté. « Il est essentiel de mettre fin aux hostilités afin de permettre aux négociations politiques en cours de reprendre leur souffle ;  faute de quoi, c’est une guerre sans fin qui nous attend, continuant d’apporter aveuglément avec elle la mort et la destruction. »

FIN

*Bien que tous les chiffres fournis dans ce communiqué de presse doivent être considérés comme provisoires, les frappes aériennes signalées comme ayant causé les pertes les plus importantes ces dix derniers jours sont les suivants.

16 juillet, Maar Shurin, Edleb :  12 civils, dont trois enfants, auraient été tués et 15 autres blessés suite aux frappes aériennes dans ce village.  La première frappe aurait atteint une place contenant une librairie, une boulangerie et un magasin vendant des volailles, tuant le propriétaire de la librairie et son fils. Dix minutes plus tard, une deuxième frappe aurait atteint une autre place contenant un petit supermarché, un cybercafé et un salon de coiffure pour hommes. Six civils, dont deux enfants, ont été tués sur le coup, et une autre personne est décédée le lendemain. 

21 juillet, Urum al-Jawz, Edleb :  douze civils, dont deux enfants, auraient été tués par des frappes aériennes ayant touché ce village dans le sud d’Edleb.  Ces frappes ont atteint une zone contenant des habitations, des boutiques et une mosquée, causant d’importants dommages. 

22 juillet, Ma’arat al-Nu’man, Edleb :  40 civils auraient été tués et des dizaines de personnes blessés par des frappes aériennes qui ont touché deux zones dans cette ville située dans la région rurale d’Edleb. L’une des frappes a atteint une rue fréquentée contenant le principal marché de gros et de détail vendant des légumes, ainsi qu’un marché de motos, près du centre-ville. On compte parmi les victimes des commerçants et des clients.

22 juillet, Saraqeb, Edleb :  au moins huit civils, y compris quatre enfants, ont été tués et plusieurs autres blessés à la suite d’une frappe aérienne qui aurait été ordonnée par les forces gouvernementales et ses alliés et aurait touché l’une des zones résidentielles de la ville.

24 juillet, Ariha, Muhambal et TabishEdleb : au moins 18 civils auraient été tués et de nombreuses autres personnes auraient été blessées par des frappes aériennes ayant touché plusieurs zones dans la région rurale au sud d’Edleb, y compris les villages d’Ariha, de Muhambal et de Tabish. Parmi les victimes, huit d’entre elles, dont trois femmes et trois enfants, étaient de la même famille et habitaient à Tabish.  

D’autres frappes aériennes survenues avant le 16 juillet et ayant causé des pertes civiles ont été signalées à Kafrouma, Edleb (touchée deux fois, le 21 et le 25 juillet), et Atareb et Al Bawabiya dans la zone rurale au sud d’Alep (toutes deux touchées le 25 juillet).