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Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, concernant l’assassinat d’un chef autochtone dans la région de l’Amapa, au Brésil

 

 

« L'assassinat d'Emrya Wajãpi, chef du peuple autochtone Wajãpi, est tragique et répréhensible en soi. C'est aussi un symptôme inquiétant du problème croissant de l'invasion des terres autochtones – en particulier les forêts –par les mineurs, les bûcherons et les agriculteurs du Brésil.

La politique proposée par le Gouvernement brésilien consistant à ouvrir davantage de zones de l'Amazonie à l'exploitation minière pourrait entraîner des actes de violence et d'intimidation et des meurtres similaires à ceux infligés au peuple Wajãpi la semaine dernière.  

Il est essentiel que les autorités réagissent rapidement et efficacement pour enquêter sur cet incident et traduire en justice tous les responsables, en pleine conformité avec la loi. En outre, des mesures efficaces doivent être prises pour sauver la vie et l'intégrité physique des Wajãpi, notamment par la protection de leur territoire par les autorités.

La protection des peuples autochtones et de la terre sur laquelle ils vivent demeure une question importante non seulement au Brésil, mais aussi dans le monde entier. Bien que des progrès aient été réalisés ces dernières années, nous avons également constaté une faible application des lois et des politiques existantes et, dans certains cas, le démantèlement des cadres institutionnels environnementaux et autochtones en vigueur, comme cela semble maintenant être le cas au Brésil.

J'exhorte le Gouvernement brésilien à prendre des mesures décisives pour mettre un terme à l'invasion des territoires autochtones et garantir l'exercice pacifique des peuples autochtones de leurs droits collectifs sur leurs terres. Lorsque les peuples autochtones sont expulsés de leurs terres, il ne s'agit pas uniquement d'un problème économique. Comme l'indique clairement la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones*, cela concerne tout leur mode de vie. 

J'appelle le Gouvernement brésilien à revoir sa politique à l'égard des peuples autochtones et leurs terres, afin que le meurtre d'Emrya Wajãpi n'annonce pas une nouvelle vague de violence visant à effrayer les populations pour qu'elles fuient leurs terres ancestrales, et à permettre la poursuite de la destruction de la forêt tropicale, avec toutes les conséquences scientifiquement prouvées que cela aura sur l'exacerbation des changements climatiques. »

FIN

*La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 2007, met l'accent sur les droits des peuples autochtones aux terres, territoires et ressources qu'ils possèdent et occupent traditionnellement ou qu'ils ont utilisés ou acquis, ainsi que sur leur droit de ne pas « être enlevés de force à leurs terres ou territoires ». « Aucune réinstallation ne peut avoir lieu sans le consentement préalable– donné librement et en connaissance de cause – des peuples autochtones concernés » (article 10).  Les peuples autochtones ont le droit de conserver et de renforcer leurs liens spirituels particuliers avec leurs terres et autres ressources, et d'assumer leurs responsabilités en la matière à l'égard des générations futures. Les peuples autochtones ont également le droit à la préservation et à la protection de leur environnement et de la capacité de production de leurs terres. À cet égard, ils ont le droit de définir et d'établir des priorités et des stratégies pour la mise en valeur et l'utilisation de leurs terres. Conformément à la Déclaration, les États accordent reconnaissance et protection juridiques à ces terres, territoires et ressources. En outre, en vertu de l'article 16 de la Convention no169 de l'OIT, « […] les peuples intéressés ne doivent pas être déplacés des terres qu'ils occupent. […] Lorsque le déplacement et la réinstallation desdits peuples sont jugés nécessaires à titre exceptionnel, ils ne doivent avoir lieu qu'avec leur consentement, donné librement et en toute connaissance de cause. »