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Examen de la Colombie par le Comité des droits des migrants : les flux de migrants vers le pays en provenance du Venezuela sont au coeur des débats

Comité pour la protection des droits
  de tous les travailleurs migrants

6 septembre 2019

Les efforts déployés par la Colombie pour faire face aux flux de migrants en provenance du Venezuela sont salués

Se posent néanmoins les questions de l’acceptation par les Colombiens et de l’intégration de ceux de ces migrants qui resteront en Colombie, est-il relevé

Les efforts déployés par la Colombie pour faire face aux flux de migrants en provenance du Venezuela – et d’autres pays – ont été salués, aujourd’hui, par les deux corapporteurs du Comité pour les droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille, lors de l’examen du rapport présenté par la Colombie au tire de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille.

La corapporteuse, Mme Maria Landazuri de Mora, a toutefois constaté que certaines communautés rurales accueillent les migrants vénézuéliens par des propos xénophobes ou discriminatoires.  Elle a souhaité savoir ce qui serait fait pour assurer l’intégration des Vénézuéliens qui resteront en Colombie, étant donné que cette crise ne sera probablement pas résolue avant longtemps.

Effectivement, les facteurs de l’exode – en particulier la crise économique et la criminalité – perdurent au Venezuela, a constaté Mme Adriana Mejia, Ministre adjointe aux affaires multilatérales auprès du Ministère des relations extérieures de la Colombie.  Aussi, a-t-elle appelé la communauté internationale à apporter des réponses à la crise profonde que traverse le peuple vénézuélien.

Mme Mejia a indiqué que la Colombie recevait 32% des Vénézuéliens forcés de quitter leur pays. Depuis le début de la crise et au 30 juin 2019, a-t-elle précisé, la Colombie a reçu 1 408 055 citoyens vénézuéliens, dont 14% de mineurs. Sur le total de ces migrants entrés sur le territoire national colombien, 742 390 se trouvent déjà en situation régulière et 665 665 suivent le processus de régularisation, a précisé la cheffe de délégation, avant d’ajouter que selon les projections, quelque 468 000 Vénézuéliens supplémentaires devraient entrer en Colombie d’ici décembre prochain. 

Malgré les difficultés que cette situation impose à la Colombie, a poursuivi la Ministre adjointe, la nation colombienne ne fermera pas ses frontières. 

Mme Mejia a par ailleurs indiqué que son Gouvernement avait, pour donner suite aux recommandations du Comité, créé un registre unique des travailleurs étrangers installés en Colombie.

D’une manière générale, a expliqué la délégation colombienne au cours du dialogue avec les membres du Comité, les permis de travail et de séjour sont octroyés de manière assez souple, les étrangers qui sont en visite en Colombie ayant la possibilité de demander sur place un permis de travail. La loi encourage de fait l’immigration pour le travail, a-t-elle résumé.

La délégation a en outre précisé que le projet de loi globale sur la gestion des migrations suivra la procédure parlementaire habituelle, ce qui signifie qu’il devrait être adopté avant la fin de 2020.  Dans ses remarques de conclusion à l’issue du dialogue, la corapporteuse du Comité, Mme Landazuri de Mora, a exprimé l’espoir que la nouvelle loi colombienne sur la gestion des migrations serait un outil de développement et de bien-être pour les migrants et leurs familles, et non pas un outil de répression.

Auparavant, durant le débat, Mme Landazuri de Mora a relevé des problèmes relatifs à la détention administrative, voire la détention arbitraire, de travailleurs migrants avant leur expulsion, soulignant que la détention d’enfants, en particulier, est inacceptable. Elle s’est en outre inquiétée d’un certain nombre d’expulsions collectives opérées, selon des informations en possession du Comité, par des autorités locales.

La délégation colombienne était également composée, entre autres, de Mme Adriana del Rosario Mendoza Aguledo, Représentante permanente de la Colombie auprès des Nations Unies à Genève ; du Secrétaire général de l’Unité administrative spéciale chargée des migrations ; du Vice-Procureur général de la nation ; du responsable de la gestion de la frontière avec le Venezuela ; et de la Directrice des affaires migratoires consulaires au Ministère des relations extérieures.

La délégation a répondu aux questions qui lui étaient adressées par les experts du Comité concernant, notamment, la coopération de la Colombie avec les pays concernés par la crise migratoire actuelle dans la région ; le cadre normatif de la gestion des migrations ; l’identification des migrants et des requérants d’asile ; l’octroi des permis de travail et de séjour ; la situation des Colombiens expatriés ; le soutien apporté aux Colombiens expulsés du Venezuela ; ou encore la lutte contre la traite des êtres humains.

Le Comité adoptera ultérieurement, lors de séances à huis clos, ses observations finales sur le rapport de la Colombie et les rendra publiques à l'issue de la session, mercredi 11 septembre prochain, date de la prochaine et dernière séance publique de cette 31ème session.

Présentation du rapport

Le Comité est saisi du troisième rapport périodique de la Colombie (CMW/C/COL/3), ainsi que des réponses du pays à une liste de points à traiter soumise par le Comité.

Présentant le rapport, MME ADRIANA MEJIA, Ministre adjointe aux affaires multilatérales au Ministère des relations extérieures de la Colombie, a notamment fait savoir que le Plan national de développement du Gouvernement pour la période 2018-2022 donnait une haute priorité à la conception d’une politique migratoire intégrale pour faciliter la mobilité des Colombiennes et des Colombiens et faire du pays un pôle d’attraction pour les immigrants qualifiés.

Le projet de loi en ce sens, proposée au Parlement par le Ministère des affaires étrangères en juillet dernier et répondant aux recommandations antérieures du Comité, aura pour objectif de permettre au pays de réagir aux changements dans le paysage migratoire, a poursuivi la Ministre adjointe. En outre, ce projet prend en compte les besoins des quelque cinq millions de citoyens colombiens à l’étranger qui sont demandeurs de services consulaires renforcés et d’aide au retour, a-t-elle ajouté.

Mme Mejia a par ailleurs indiqué que son Gouvernement avait, également pour donner suite aux recommandations du Comité, créé un registre unique des travailleurs étrangers installés en Colombie.

La Vice-Ministre a assuré que son Gouvernement condamnait énergiquement toute forme de traitement discriminatoire contre les travailleurs migrants et leurs familles. Le Gouvernement colombien a en outre placé en détention 170 personnes accusées d’avoir profité de la vulnérabilité de migrants. La Colombie a adopté une stratégie nationale de lutte contre la traite des êtres humains en 2016, a précisé Mme Mejia.

S’agissant de l’immigration en provenance du Venezuela, la cheffe de la délégation a indiqué que la Colombie recevait 32% des Vénézuéliens forcés de quitter leur pays. Elle a décrit les différents types d’immigration qui sont en jeu dans ce contexte : d’abord, le retour de 400 000 Colombiens qui avaient émigré au Venezuela depuis plusieurs décennies ; ensuite, une « migration pendulaire », phénomène unique dans la région, consistant en Vénézuéliens venant en Colombie à la recherche de biens, de services ou de travail, avant de rentrer dans leur pays (depuis deux ans, trois millions de migrants pendulaires ont été recensés par huit points de contrôle sur la frontière) ; en troisième lieu, une migration de transit, composée de Vénézuéliens qui traversent la Colombie pour se rendre dans un pays tiers ; enfin, la migration de destination, faite de personnes souhaitant s’installer en Colombie.

On estime que ces derniers mois, 45 000 personnes traversent chaque jour la frontière entre le Venezuela et la Colombie : quarante mille sont des migrants pendulaires, trois mille continuent de traverser le territoire colombien en se dirigeant vers le sud ; et deux mille environ veulent s’installer en Colombie, a précisé Mme Mejia. Depuis le début de la crise et au 30 juin 2019, a-t-elle indiqué, la Colombie a reçu 1 408 055 citoyens vénézuéliens, dont 14% de mineurs.  Sur le total de ces migrants entrés sur le territoire national colombien, 742 390 se trouvent déjà en situation régulière et 665 665 suivent le processus de régularisation, a précisé la cheffe de délégation, avant d’ajouter que selon les projections, quelque 468 000 Vénézuéliens supplémentaires devraient entrer en Colombie d’ici décembre prochain.

Malgré les difficultés que cette situation impose à la Colombie, a poursuivi la Ministre adjointe, la nation colombienne ne fermera pas ses frontières.  Les institutions et les citoyens colombiens ont été solidaires envers les migrants et n’ont ménagé aucun effort pour les accueillir et les intégrer, a-t-elle insisté.

En novembre dernier, le Gouvernement colombien a ainsi adopté une stratégie de gestion de la migration en provenance du Venezuela, qui est une feuille de route pleinement conforme aux principes de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles, a dit Mme Mejia. La stratégie porte sur la santé, l’éducation, l’enfance et l’adolescence, le travail, l’alimentation et la sécurité des migrants, a-t-elle précisé.

En outre, conscientes de ce que l’identification détermine l’exercice d’autres droits, les autorités colombiennes ont émis, entre février 2017 et août 2019, plus de quatre millions de cartes de mobilité transfrontalière de même que 600 000 permis spéciaux de résidence à des Vénézuéliens, a fait valoir Mme Mejia. Elle a également indiqué que son Gouvernement entendait faire passer à 80%, contre 60% actuellement, la proportion des migrants régularisés.

Mme Mejia a enfin constaté que les facteurs de l’exode perduraient au Venezuela, citant entre autres la crise économique et la criminalité. C’est pourquoi, a-t-elle ajouté, la Colombie appelle la communauté internationale à apporter des réponses à la crise profonde que traverse le peuple vénézuélien, a-t-elle conclu.

Examen du rapport

Questions et réponses des membres du Comité

MME MARIA LANDAZURI DE MORA, corapporteuse du Comité pour l’examen du rapport de la Colombie, a salué la mobilisation de la Colombie face aux conséquences de la situation au Venezuela.  L’experte a également salué l’octroi (par les autorités colombiennes) de permis de séjour permettant aux migrants de travailler en Colombie, ainsi que l’enregistrement des migrants – une mesure importante aux yeux du Comité, car elle leur permet de jouir de leurs droits. La corapporteuse a demandé à quelle date le projet de loi sur la gestion des migrations serait adopté.

Mais la corapporteuse a également relevé des problèmes relatifs à la détention administrative, voire la détention arbitraire, de travailleurs migrants avant leur expulsion ; la détention d’enfants en particulier est inacceptable, a-t-elle souligné. La possibilité d’engager un recours contre les décisions émanant des autorités migratoires est également très importante, a rappelé Mme Landazuri de Mora.  L’experte a jugé trop bref le délai de cinq jours octroyé, avant son départ, au migrant visé par une ordonnance d’expulsion.

Mme Landazuri de Mora a d’autre part constaté que certaines communautés rurales accueillent les migrants vénézuéliens par des propos xénophobes ou discriminatoires. Elle s’est enquise des mesures prises pour sanctionner les personnes qui portent atteinte à la dignité des migrants dans les médias.

La corapporteuse a ensuite voulu savoir ce qui serait fait pour assurer l’intégration des Vénézuéliens qui resteront en Colombie, étant donné que la crise (au Venezuela) ne sera probablement pas résolue avant longtemps. Elle a demandé si le permis de séjour temporaire pouvait être transformé en un permis permanent.

Le Comité est aussi préoccupé par la situation administrative de certains enfants nés en Colombie de parents étrangers, a poursuivi la corapporteuse.

D’autres questions de Mme Landazuri de Mora ont porté sur la collaboration, en matière migratoire, du Gouvernement colombien avec d’autres pays et d’autres régions ; sur la distinction faite entre immigrants et demandeurs d’asile ; et sur l’accès des migrants à l’éducation et à la santé.

Mme Landazuri de Mora s’est ensuite enquise de ce qui était fait pour remédier aux violations des droits des femmes migrantes sans papiers. Elle s’est en outre inquiétée d’un certain nombre d’expulsions collectives opérées, selon des informations en possession du Comité, par des autorités locales.

M. ERMAL FRASHERI, corapporteur du Comité chargé de l’examen du rapport colombien, a félicité la Colombie pour les efforts déployés afin de faire face aux flux de migrants en provenance du Venezuela et d’autres pays.

M. Frasheri s’est ensuite enquis des difficultés rencontrées par la Colombie dans l’application de la Convention. Le corapporteur a notamment voulu savoir si les requérants d’asile en Colombie avaient le droit de travailler et si les réfugiés pouvaient obtenir la reconnaissance de leurs diplômes.

M. Frasheri s’est également interrogé sur certaines questions de santé publique et de coopération régionale.

D’autres membres du Comité ont relevé que la Colombie, pays d’origine, de destination et de transit des migrations, était aussi confrontée au problème de la traite des êtres humains, un problème étroitement associé au trafic de stupéfiants. Les travailleurs migrants sont les plus exposés à ce phénomène, a-t-il été souligné. Un expert a souhaité obtenir des statistiques sur les condamnations prononcées contre des auteurs de traite des personnes.

Il a été relevé que la Colombie devait aussi relever des difficultés liées à la situation d’après-conflit avec les FARC.

D’autres questions ont porté sur les prestations offertes par les services consulaires aux Colombiens expatriés ; et sur l’accès des migrants à la justice en Colombie même.

D’autres questions encore des experts ont porté sur le nombre de Colombiens expatriés, sur le montant des sommes qu’ils envoient au pays et sur le soutien dont ils bénéficient quand ils rentrent en Colombie. Un expert a regretté que l’influence culturelle de la diaspora colombienne ne soit pas suffisamment reconnue et a mentionné plusieurs initiatives de la diaspora en faveur de la réconciliation nationale.

M. AHMADOU TALL, Président du Comité, a demandé comment le Gouvernement colombien coordonnait la prise en charge des migrants vénézuéliens avec les autres pays de la région.

Le Président a voulu savoir si une personne faisant l’objet d’une décision d’expulsion de Colombie avait droit de faire appel contre cette décision et si ce recours avait un effet suspensif.

Réponses de la délégation

Le Gouvernement colombien est conscient des problèmes induits par l’ampleur inédite du flux des Vénézuéliens en Colombie, problèmes auxquels il réagit, notamment, par l’octroi de permis et autorisations de séjour et d’autres mesures temporaires destinées à faciliter les démarches administratives des migrants, a indiqué la délégation. À plus long terme, le Gouvernement envisage des solutions pour intégrer les Vénézuéliens sur le marché du travail : le Conseil des ministres vient ainsi d’adopter un train de mesures telles qu’incitations fiscales à l’embauche et reconnaissance des diplômes, a mis en avant la délégation.

La délégation a ensuite précisé que parmi les pendulaires vénézuéliens, on comptait aussi, avant le blocage des ponts par le Gouvernement vénézuélien, des enfants se rendant chaque matin en bus à l’école en Colombie.

La délégation a également indiqué que les autorités colombiennes ont facilité l’octroi de l’asile à 1300 fonctionnaires vénézuéliens et leurs familles venus en Colombie. Ces personnes bénéficient d’un permis de séjour provisoire et sont logées à l’hôtel depuis trois mois.

Pour ce qui est des renvois ou expulsions collectifs vers le Venezuela mentionnés par certains experts du Comité, la délégation a indiqué qu’elle fournirait ultérieurement des informations complémentaires par écrit.

La crise migratoire actuelle ayant un caractère régional, elle doit être traitée par l’ensemble des États concernés, a poursuivi la délégation. C’est pourquoi la Colombie a convoqué des réunions techniques avec ses voisins pour identifier des politiques favorables aux migrants, à leur identification et à leur prise en charge médicale et humanitaire. Une réunion d’urgence du Comité andin a ainsi porté sur les mécanismes de contrôle aux frontières ; quant au Processus de Quito, lancé par le Gouvernement de l’Équateur, il porte – notamment – sur la prévention de la traite et sur la question des papiers d’identité des migrants vénézuéliens.

Pour trouver les financements nécessaires à la gestion des flux migratoires, la Colombie mise sur une coopération bilatérale, régionale et avec les institutions internationales. Le déblocage de sommes importantes a dû être consenti dans le secteur médical, par exemple, pour faire face à la résurgence de maladies qui avaient disparu de Colombie, comme la diphtérie, a indiqué la délégation. Or, actuellement, la Colombie, qui s’endette pour répondre à la crise, ne reçoit par comparaison, proportionnellement, que moins de 10% de l’aide accordée à la communauté internationale pour gérer la crise migratoire en Syrie, par exemple, a fait observer la délégation. La crise est non seulement un problème humanitaire, mais aussi un défi pour le développement de la Colombie, a-t-elle souligné.

S’agissant du cadre normatif, la délégation a précisé que le projet de loi exhaustive sur la gestion des migrations suivra la procédure parlementaire habituelle, ce qui signifie qu’il devrait être adopté avant la fin de 2020.

Quant au délai de cinq jours pour la sortie du territoire qu’a mentionné un expert du Comité, il ne concerne que certains migrants en situation irrégulière, a précisé la délégation.

S’agissant de la détention de migrants, il a été précisé que les infractions liées aux migrations ne sont pas considérées comme des délits en Colombie. Les étrangers en situation irrégulière sont conduits dans des centres d’accueil provisoire, où, pendant 36 heures au maximum, leurs papiers sont vérifiés. Il n’y a donc pas de détention arbitraire de migrants, a assuré la délégation.

Quelque 7000 demandes d’asile sont à l’examen à l’heure actuelle, a précisé la délégation, avant d’ajouter que depuis quelques mois, les personnes concernées ont le droit de travailler en Colombie pendant l’examen de leur demande.

Quant aux enfants migrants non accompagnés, ils bénéficient d’une protection spéciale, parfois en institution, a poursuivi la délégation, précisant que mille cinq cents enfants vénézuéliens étaient concernés à ce titre.  En outre, le Gouvernement colombien songe aussi à intégrer les enfants vénézuéliens à l’école – il s’agirait de 200 000 élèves. D’autre part, pour éviter que 24 000 enfants nés en Colombie de parents vénézuéliens ne se retrouvent, faute d’accès à l’état civil au Venezuela, apatrides, les autorités colombiennes ont décidé de leur accorder, à titre exceptionnel, la nationalité colombienne, a fait valoir la délégation.

Le Président de la République s’est exprimé publiquement contre l’expression de toute xénophobie à l’encontre des migrants, a également fait valoir la délégation. Les partis et candidats politiques qui tiennent des discours xénophobes s’exposent en outre à des amendes. Avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les autorités colombiennes mènent des activités de sensibilisation dans les écoles, a ajouté la délégation, avant de souligner que la xénophobie n’était qu’un problème ponctuel et non pas généralisé en Colombie.

D’une manière générale, les permis de travail et de séjour sont octroyés de manière assez souple, les étrangers qui sont en visite en Colombie ayant la possibilité de demander sur place un permis de travail, a expliqué la délégation. La loi encourage de fait l’immigration pour le travail, a-t-elle résumé.

La délégation a d’autre part indiqué que la traite des êtres humains était réprimée par le Code pénal, tandis que ses victimes reçoivent un soutien de l’État. Le Gouvernement colombien a mis en place une ligne téléphonique gratuite pour recevoir les plaintes, tandis que l’inspection du travail s’efforce de détecter les fraudes dans les contrats de travail. En 2018, 114 victimes directes et indirectes ont été prises en charge (le chiffre pour 2019 étant de 82 à ce jour), dont un quart de personnes venant du Venezuela, a précisé la délégation, avant de décrire les campagnes de prévention et de soutien menées, dans les pays de départ, par les consulats colombiens.

La délégation a ensuite indiqué que le Gouvernement colombien était en contact non seulement avec la société civile colombienne, notamment avec les organisations non gouvernementales actives en Colombie, mais aussi avec les organisations créées par les Vénézuéliens expatriés pour défendre leurs droits et faire valoir leurs préoccupations.

Toujours s’agissant de la contribution de la société civile, la délégation a précisé que les commissions chargées du dialogue social tripartite pour les questions relatives aux travailleurs migrants comptent, parmi leurs membres, des représentants des travailleurs vénézuéliens établis en Colombie.

Quant au Médiateur colombien des droits de l’homme, il est lui aussi partie prenante dans la prise en charge des migrants, a indiqué la délégation. 

L’institution nationale de droits de l’homme est présente dans 38 régions, couvrant l’ensemble du territoire colombien, a ensuite souligné la délégation ; elle examine notamment les plaintes qui lui sont soumises concernant des violations des droits de l’homme et exerce la représentation judiciaire ou extrajudiciaire des citoyens qui se trouvent dans une situation d’inégalité manifeste. Ce Défenseur du peuple est non seulement accrédité par l’Alliance mondiale des institutions nationales de droits de l’homme, mais il en assume également la présidence, s’est félicitée la délégation.

La délégation a ensuite fait état de l’application d’une politique publique d’action affirmative en faveur de l’intégration des femmes migrantes, en particulier des Vénézuéliennes et des Colombiennes rentrées au pays. La priorité est donnée à la santé des femmes enceintes, dans un contexte où on a compté, jusqu’ici, 25 000 naissances parmi les migrantes vénézuéliennes, a-t-elle précisé. 

S’agissant de la diaspora colombienne, la délégation a mentionné l’existence, depuis 2012, d’un programme de réinsertion des Colombiens qui rentrent au pays ; quelque 57 000 personnes ont ainsi été prises en charge dans un certain nombre de centres d’accueil, a-t-elle précisé. Au total, l’État colombien a aidé 250 000 familles à se stabiliser grâce à des subventions et à des aides à la création d’entreprises.

La délégation a par la suite précisé que l’on évalue à environ 4,8 millions le nombre de Colombiens établis à l’étranger, un tiers d’entre eux vivant aux États-Unis et 23% en Espagne. Au total, ce sont cent vingt consulats – sans compter les quinze actuellement fermés au Venezuela – qui prodiguent une gamme de services utiles aux expatriés.

Les Colombiens de l’étranger qui sont recensés peuvent voter lors des élections colombiennes au Congrès et à la présidence ; ils peuvent également se porter candidats aux élections en Colombie, a-t-il été précisé.

Le Ministère des sciences et technologies a été chargé de réfléchir à la manière de tirer parti des compétences des Colombiens expatriés. La Colombie collabore déjà à un projet dans ce domaine avec le Gouvernement allemand, a indiqué la délégation.

Il a par ailleurs été souligné que les autorités ne peuvent pas réglementer les frais facturés lors d’un transfert d’argent en Colombie depuis l’étranger. Les transferts d’argent de la diaspora représentent la troisième source de devises du pays, après la vente de pétrole et de charbon. Le Gouvernement encourage un investissement productif de ces fonds, a indiqué la délégation.

Le Gouvernement vient aussi en aide aux Colombiens expulsés du Venezuela, a poursuivi la délégation.  La Colombie gérait, avant la crise, une quinzaine de consulats au Venezuela, qui servaient plus de deux millions de ressortissants colombiens ; ces consulats ayant suspendu leur activité, des solutions alternatives ont été mises en place aux points de passage des frontières.

D’autre part, la Colombie a créé une institution multipartite, comprenant notamment des représentants des syndicats, pour surveiller l’application de la Convention (n° 189) de l’Organisation internationale du Travail sur les travailleuses et travailleurs domestiques. La Colombie se fonde aussi sur les expériences de l’Uruguay en matière de contrôle des conditions de travail des domestiques, a ajouté la délégation.

Le Venezuela s’est retiré de la Convention interaméricaine des droits de l’homme en 2013, ce qui rend impossible de déposer des plaintes pour violations des droits de l’homme dans ce pays devant les juridictions interaméricaines, a rappelé la délégation, avant d’ajouter que des recours sont peut-être possibles devant le Comité des droits de l’homme.

La délégation a indiqué que les recours contre les décisions d’expulsion avaient un effet suspensif.

Remarques de conclusion

MME LANDAZURI DE MORA a exprimé l’espoir que la nouvelle loi colombienne sur la gestion des migrations serait un outil de développement et de bien-être pour les migrants et leurs familles, et non pas un outil de répression. La corapporteuse a salué l’action de la Colombie face aux flux de migrants, mais a regretté le manque de coordination de l’action régionale à cet égard. Mme Landazuri de Mora a espéré que la Colombie recevrait une aide de la communauté internationale pour faire face au phénomène.

Le Comité s’inquiète de la création de réseaux de traite de personnes migrantes comme riposte à la fermeture des frontières, a en outre indiqué Mme Landazuri de Mora, avant de recommander aux États, mais aussi à la société civile, de faire preuve de vigilance à cet égard.

La corapporteuse a par ailleurs recommandé à la Colombie de créer un mécanisme de prévention de la disparition des migrants en transit ; de créer un visa permanent destiné aux travailleurs migrants indépendants ; et d’impliquer tous les niveaux de gouvernement dans l’application des dispositifs destinés à faciliter l’accès des migrants à l’éducation.

M. FRASHERI a insisté sur le fait que le Comité est un partenaire des États, non seulement dans l’application de la Convention, mais aussi pour les aider à se doter des moyens de réagir aux problèmes auxquels ils sont confrontés.

MME MEJIA a remercié les membres du Comité pour leur travail, qui – a-t-elle assuré – aidera son Gouvernement à approfondir son action pour améliorer ses capacités juridiques et institutionnelles. Le Gouvernement colombien souhaite continuer d’accueillir les migrants qui arrivent en grand nombre à ses frontières, car il fait le pari que le phénomène migratoire sera une chance pour la Colombie, a conclu la Ministre adjointe.

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Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
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