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Porte-parole de la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme : Marta Hurtado

Lieu : Genève

Date : 20 septembre 2019

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO (ITURI ET SUD-KIVU)

Nous sommes alarmés par la recrudescence des actes de violence commis contre des civils dans les provinces d'Ituri et du Sud-Kivu à l'est de la République démocratique du Congo, qui sont le résultat des activités de groupes armés et de l'incapacité des forces de sécurité à mettre un terme à cette violence. Ce regain de violence s'est traduit ces derniers mois par un nombre croissant de violations graves des droits de l'homme, des dizaines de villages incendiés et le déplacement de milliers de personnes.

Les crises qui ont éclaté dans ces deux provinces ne sont pas liées, mais elles présentent des caractéristiques similaires. Des groupes armés, en grande partie fondés sur des critères ethniques et s'associant parfois à d'autres groupes, attaquent les communautés avant tout pour prendre le contrôle des terres et des ressources.

Le 17 septembre dernier, 14 civils ont été sauvagement assassinés et quatre personnes ont été blessées à Bukatsele, dans la province d'Ituri. Parmi les victimes figuraient 11 enfants âgés de 7 mois à 15 ans, qui ont tous été tués par balle puis décapités. Cette attaque contre les victimes appartenant à la communauté hema aurait été perpétrée par un groupe armé lendu. Le lendemain, 12 autres civils – trois femmes et quatre enfants – ont été tués dans trois endroits différents, dont un camp de personnes déplacées. Les victimes appartenaient toutes à la communauté hema.

Ces meurtres s'inscrivent dans une longue liste de massacres dans les territoires de Djugu et Mahagi, dans la province d'Ituri. Les données recueillies par le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l'homme en République démocratique du Congo* montrent que depuis le 1er juin, au moins 197 civils ont été tués en Ituri dans des attaques qui auraient été perpétrées par des combattants lendu. Toutes les victimes appartenaient aux communautés hema ou alur. Ce nombre ne comprend pas les victimes des attaques de la semaine dernière.

Au cours de la même période depuis le 1er juin, au moins 51 victimes de viol et d'autres formes de violence sexuelle ont été signalées en Ituri. La plupart des victimes ont été violées en bande.

Selon les informations reçues, les forces de sécurité ont tué au moins 17 civils lendu lors d'opérations militaires menées contre des combattants de cette même ethnie. Ces actes constituent des exécutions extrajudiciaires de civils en représailles aux actions des groupes armés. Cette situation est très alarmante.

C'est également le cas dans le Sud-Kivu, où un certain nombre de groupes armés associés à diverses communautés s'affrontent et attaquent des civils. En l'espace de six jours, entre le 8 et le 14 septembre, au moins huit civils ont été tués dans la province.

Ces vagues successives de violence ont entraîné des déplacements massifs de population. Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), au moins 230 000 personnes ont été déplacées en Ituri depuis juin, et 20 500 autres au Sud-Kivu. La grande majorité des personnes déplacées vivent dans une situation humanitaire catastrophique.

En Ituri, une nouvelle tendance alarmante s'est dégagée ces dernières semaines, où l'on a pu constater une augmentation du nombre d'agressions commises par des combattants envers des personnes déplacées.

Jusqu'à présent, les forces de défense et de sécurité ont été inefficaces pour empêcher ou mettre fin à la violence dans les deux provinces. Les progrès réalisés en vue de traduire en justice les responsables des violations des droits de l'homme ont été lents. Dans la plupart des cas – en particulier au Sud-Kivu – il existe encore un manque de responsabilisation à l'égard des crimes graves commis contre des civils.

Nous nous félicitons de l'engagement pris par le Président Félix Tshisekedi d'améliorer la situation des droits de l'homme dans l'est du pays et de son offre de dialogue avec les rebelles, et nous appelons les autorités de la République démocratique du Congo à mettre en œuvre d'urgence une stratégie de sécurité efficace pour résoudre les multiples crises et protéger les civils dans l'est du pays. Cette stratégie doit bien entendu respecter pleinement le droit international des droits de l'homme et garantir que des communautés entières ne soient pas collectivement punies pour les actions de certains individus ou groupes. 

Nous demandons également au Gouvernement de ne ménager aucun effort pour s'attaquer aux causes profondes des tensions et de la violence intercommunautaires actuelles.

FIN

* Le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l'homme, créé en février 2008, est composé de la Division des droits de l'homme de la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) et du Bureau du HCDH en République démocratique du Congo.

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