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Réunion régionale relative aux personnes d’ascendance africaine

Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme

Dakar, le 23 octobre 2019

S.E. Monsieur Malick Sall, Ministre de la justice de la République du Sénégal,
S.E. Monsieur Kwesi Quartey, Vice-Président de la Commission de l'Union africaine,
Excellences,
Chers Collègues et amis,

Bonjour. Salam alikoum. AMNA MBEUGTé, Tééw Fii tay ak yènne, si khéw khéw bii.

Je suis heureuse d'être parmi vous dans le pays de la « teranga » – une vision du monde complexe et merveilleuse ancrée dans la générosité et l'hospitalité, la chaleur humaine et la profonde solidarité. 

Lors de la 74e session de l'Assemblée générale des Nations Unies le mois dernier, le Président Macky Sall a souligné que la « sagesse africaine exalte la coexistence pacifique et le respect de la diversité, par l'effort conciliant qui établit le régime de la cité de la paix, où chaque humain vit en paix avec lui-même et avec son prochain ». Cette déclaration est au cœur des discussions prévues, car le respect de la diversité est lié à la coexistence pacifique.  

Je remercie le Gouvernement du Sénégal d'accueillir notre événement dans ce pays.

Je suis également heureuse que le Haut-Commissariat organise cette réunion avec la Commission de l'Union africaine, et je remercie le Président Moussa Faki Mahamat et Son Excellence l'Ambassadeur Kwesi Quartey pour leur soutien indéfectible envers la Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine. 

Au cours des deux prochains jours, nous nous concentrerons sur les perspectives africaines concernant la Décennie et sur les droits de l'homme des personnes d'ascendance africaine. 

Nous aborderons le thème de la reconnaissance, qui évoque la profondeur et l'ampleur de la discrimination raciale envers les personnes d'ascendance africaine, hier et aujourd'hui. À moins de dix kilomètres de cette salle, l'île de Gorée ne cesse de nous rappeler le terrible crime contre l'humanité qui a commencé il y a quatre cents ans : le commerce des esclaves africains. 

Comme le reconnaît la Déclaration de Durban, « l'esclavage et la traite des esclaves, en particulier la traite transatlantique, ont été des tragédies effroyables dans l'histoire de l'humanité, en raison non seulement de leur barbarie odieuse, mais encore de leur ampleur, de leur caractère organisé et tout spécialement de la négation de l'essence des victimes ». À Durban, les États ont en outre reconnu qu'ils « sont l'une des principales sources et manifestations du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l'intolérance qui y est associée », et que les Africains et les personnes d'ascendance africaine, entre autres, « continuent à en subir les conséquences ». 

Les lieux de mémoire comme l'île de Gorée nous rappellent que ces crimes ne doivent jamais être oubliés. Ils constituent des repères précieux de notre histoire commune et doivent être reconnus et préservés. 

La reconnaissance consiste à reconnaître et à comprendre de façon concrète l'échelle et la portée du racisme et de la discrimination raciale envers les personnes d'ascendance africaine. Elle consiste à rendre les personnes d'ascendance africaine et les Africains – de même que leurs accomplissements, leurs cultures et leur histoire – visibles dans les programmes et manuels scolaires, les médias, les arts, les musées, le monde du travail et l'ensemble de la vie publique. Elle consiste à reconnaître et à lutter contre les multiples formes de discrimination rencontrées par les femmes d'ascendance africaine, tant dans l'histoire que dans de nombreuses sociétés à l'heure actuelle.

Je suis heureuse de voir que cette réunion comprendra un groupe de discussion sur les moyens de mettre en avant l'histoire des civilisations africaines, les contributions historiques du peuple africain et la redécouverte de l'histoire de l'esclavage des Africains grâce à des initiatives comme le projet remarquable de l'UNESCO « La route de l'esclave ». 

Notre deuxième thème est la justice. De nombreux éléments convergents caractérisent ce thème : les questions de restitution des objets culturels ; la justice réparatrice ; l'accès à la justice pour les personnes d'ascendance africaine, y compris les garanties d'un procès équitable et l'égalité devant la loi ; et les mesures visant à remédier à la discrimination structurelle contre les personnes d'ascendance africaine – comme l'ont noté le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale et bien d'autres autorités.  Le programme d'activités de la Décennie porte spécifiquement sur la prévention et l'établissement des responsabilités concernant les violations des droits de l'homme à l'égard des personnes d'ascendance africaine, y compris les violations des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, ainsi que du droit au développement. 

La Décennie a pour troisième thème le développement.  Le programme d'activités appelle les États à « lever tous les obstacles qui empêchent l'exercice, sur un pied d'égalité, des droits de l'homme et des droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques, y compris le droit au développement » des personnes d'ascendance africaine. Le sous-développement des communautés des personnes d'ascendance africaine doit être inversé en partenariat avec les populations concernées Cela doit comprendre non seulement des mesures visant à réduire la pauvreté, mais aussi des initiatives pour améliorer l'éducation, l'emploi, la santé et l'ensemble des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. 

Tous les droits de l'homme contribuent au développement durable, comme le reconnaissent le Programme 2030 et l'Agenda 2063 de l'Union africaine.  Les objectifs de développement durable seront sans aucun doute abordés lors des discussions qui auront lieu durant cette réunion. Le groupe de discussion sur le développement s'intéressera également à l'établissement et au renforcement de liens entre l'Afrique et la diaspora africaine – un thème particulièrement pertinent dans ma propre région et qui peut aussi aider à résoudre certains problèmes de développement. 

Excellences, 

La Décennie fournit un cadre de référence nous permettant à tous– y compris les États et interlocuteurs africains – de prendre les mesures nécessaires pour améliorer la vie des personnes d'ascendance africaine.  Elle permet également de renforcer notre appui aux processus actuels pour élaborer des règles et des normes visant à combattre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée. Elle offre l'occasion de s'impliquer activement dans ces approches et de les mener au niveau international.  

Par exemple, des discussions sont en cours à l'Assemblée générale concernant la mise en œuvre de l'Instance permanente pour les personnes d'ascendance africaine, qui devrait bientôt commencer ses activités. 

Deux autres activités de normalisation ayant des répercussions à long terme sont également en cours, y compris la rédaction du projet de déclaration des Nations Unies sur la promotion et le plein respect des droits de l'homme des personnes d'ascendance africaine, et du projet de protocole additionnel à la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale relatif à l'incrimination des actes de nature raciste et xénophobe. 

En outre, nous commencerons bientôt à évaluer nos efforts dans la lutte contre le racisme et la discrimination raciale dans le cadre des préparatifs du 20e anniversaire de l'adoption de la Déclaration et du Programme d'action de Durban en 2021. 

Tous ces processus intergouvernementaux nécessitent l'impulsion de l'Afrique. 

Sur le plan national et régional, cette Décennie constitue un levier stratégique pour renforcer notre coopération afin de réaliser les droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques des personnes d'ascendance africaine, et leur permettre d'exercer leur droit à participer entièrement et sur un pied d'égalité à tous les aspects de la société.  Elle vise à améliorer la vie des personnes d'ascendance africaine du monde entier. 

Nous avons besoin de votre soutien et de votre engagement résolu afin de permettre à la Décennie de changer véritablement la vie des gens. Concernant les actions concrètes, les gouvernements se sont notamment engagés à prendre des mesures décisives pour mettre en place des politiques et programmes économiques, sociaux et culturels pour l'égalité et la non-discrimination, avec la participation de personnes d'ascendance africaine. Il est temps de réaliser ces promesses. 

La Décennie exige aussi davantage de visibilité et de mesures concrètes sur ce continent, qui est le berceau de l'humanité et une part vitale du patrimoine de toutes les personnes d'ascendance africaine dans le monde. 

En sa qualité de coordonnateur de la Décennie, le Haut-Commissariat travaille avec de nombreux partenaires pour mettre en œuvre le programme d'activités. En collaboration avec le Département de la communication globale de l'ONU et l'UNESCO, nous menons actuellement une campagne de sensibilisation sur la Décennie. Nous disposons également d'un programme de bourse efficace qui permet chaque année à 12 jeunes personnes d'ascendance africaine de chaque région de se rendre à Genève pour en apprendre davantage sur les activités des Nations Unies dans le domaine de la lutte contre le racisme.

Nous offrons également des conseils aux gouvernements et effectuons des recherches thématiques afin de mieux faire comprendre la nature et la complexité de la discrimination envers les personnes d'ascendance africaine. En outre, nous maintenons une base de données en ligne sur la lutte contre la discrimination.  

Nous devons élargir notre champ d'action et impliquer davantage de partenaires différents afin d'améliorer la situation des personnes d'ascendance africaine dans le monde entier. Nous devons intensifier nos efforts aux niveaux régional et national pour inciter les États, la société civile et d'autres partenaires à mettre en œuvre le programme d'activités au cours des six dernières années.

En ce sens, je tiens à saluer particulièrement le soutien très actif de l'Union africaine envers la Décennie et ses objectifs, dans le contexte d'un renforcement continu du partenariat entre le HCDH et l'Union africaine. 

Nous avons signé un accord officiel avec la Commission africaine des droits d'homme et des peuples le mois dernier pour coopérer et collaborer dans des domaines d'intérêt commun, ainsi qu'un accord officiel avec la Cour africaine sur les droits des personnes et des peuples au mois de février. Je me réjouis de signer le mois prochain un mémorandum d'accord avec la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. 

L'objectif global de ces cadres de référence est de renforcer la protection des droits de tous les Africains, et sa synergie avec les objectifs de la Décennie internationale est évidente.  Le Plan décennal d'action et de mise en œuvre pour la promotion et la protection des droits de l'homme et des peuples (2016-2026) nous fournit également de nombreuses passerelles pour mettre en œuvre le programme d'activités de la Décennie internationale pour les personnes d'ascendance africaine.

Excellences, 

Cette réunion n'est pas seulement l'apanage des gouvernements et des diplomates ; elle s'adresse à tous. Elle réunit des Africains et la diaspora africaine, souvent appelée la « sixième région » d'Afrique ; et je suis très heureuse de constater aujourd'hui la participation de groupes de la société civile souhaitant renforcer leur collaboration avec nous – et entre eux – pour travailler ensemble sur la mise en œuvre des objectifs de la Décennie.  

J'ai cru comprendre qu'il y aura un « atelier jeunesse », un espace ouvert permettant aux jeunes de se rencontrer, d'apporter leur contribution et de sensibiliser leurs pairs du monde entier sur la Décennie. Je peux d'ailleurs voir de nombreux jeunes dans cette salle. Je suis très heureuse de votre présence et de votre participation. Nous avons besoin de votre opinion – y compris de vos critiques – et de votre énergie. Il s'agit de votre avenir – de votre vie et de vos droits. 

Nous avons besoin que les jeunes d'ascendance africaine sensibilisent l'opinion, qu'ils apprennent leur histoire et la partagent, qu'ils défendent leurs droits, et qu'ils fassent part de leur propre expérience – en particulier à l'ère des médias numériques. 

La Décennie internationale doit non seulement servir de cadre pour se souvenir du passé, le reconnaître et l'honorer, mais elle doit aussi servir de plateforme pour bâtir un avenir pour tous les enfants d'Afrique, où qu'ils vivent – en leur donnant les moyens de contribuer efficacement à leur société et de prendre la place qui leur revient de droit en tant que dirigeants dans cette dernière.

Je vous souhaite à toutes et à tous des discussions réfléchies et dynamiques sur la Décennie, et j'attends avec intérêt de connaître les résultats de cette réunion.

Merci.