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Présentation de l’Appel annuel

Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme

Le 15 janvier 2020

Excellences,
Chers collègues,

Je vous souhaite mes vœux les plus chers pour cette nouvelle année et cette nouvelle décennie.

Votre soutien financier a été vital pour les activités du HCDH jusqu'à présent, et j'en profite pour remercier les 81 donateurs, dont 65 États, qui ont montré la voie et ont témoigné de leur confiance envers le Haut-Commissariat en faisant don de 177,4 millions de dollars l'an dernier.

Aujourd'hui, je lance notre Appel pour notre programme de travail de 2020. Cet appel se monte à 375,5 millions de dollars, car cette somme nous servira à appuyer les programmes essentiels existants, ainsi que nos nouveaux engagements, qui sont tout aussi essentiels.

Concernant les activités de nos bureaux extérieurs pour 2020, permettez-moi tout d'abord de prendre l'exemple de la région Afrique.

Nous établirons un nouveau bureau au Soudan et renforcerons nos programmes en Éthiopie, afin que les transitions politiques dans ces pays profitent davantage à leur économie et à leur société. Nous élargissons également notre champ d'action dans le Sahel, notamment par l'intermédiaire d'un bureau de pays au Niger. En outre, nous mettrons l'accent sur la mise en œuvre opérationnelle des mémorandums d'accord que nous avons signés récemment avec divers organes de l'Union africaine liés aux droits de l'homme.

Je me permets de citer un autre exemple : dans les Amériques, nous renforcerons notre coopération technique et notre travail de protection au Venezuela, à la suite de la signature d'un mémorandum d'accord avec le Gouvernement en septembre dernier. En Bolivie, nous travaillerons pour assurer une présence plus soutenue, afin de contribuer à la prévention et à l'instauration d'un dialogue national véritablement inclusif. 

Nos programmes dans d'autres régions seront également renforcés. Nous maintiendrons également la qualité et la portée de notre appui aux organes conventionnels, au Conseil des droits de l'homme et à ses mécanismes, notamment les procédures spéciales et l'Examen périodique universel. En outre, nous nous efforcerons de renforcer nos activités dans cinq nouveaux domaines clés qui ont déjà montré un impact croissant sur les droits fondamentaux.

Les changements climatiques ; l'expansion de l'espace numérique ; la corruption ; les inégalités ; et la circulation des personnes sont des questions complexes ayant des effets importants et croissants sur les droits, le développement et la paix. Je suis convaincue que les politiques les plus efficaces pour relever les défis qu'elles soulèvent seront coopératives, multilatérales et fondées sur des principes, des analyses et des conseils respectueux des droits de l'homme. Nous élargirons notre expertise et nos partenariats sur ces questions émergentes, dans le but d'intensifier notre aide et nos conseils aux gouvernements, à la société civile et aux organes régionaux et internationaux dans ces domaines.

S'agissant des changements climatiques, nous ferons la promotion d'une action ambitieuse et participative en faveur de l'action climatique, pour empêcher que l'urgence climatique mondiale ne s'aggrave et pour autonomiser les personnes les plus touchées. Nous fournirons des conseils stratégiques dans des domaines clés, et dans le Pacifique, nous organiserons une réunion concernant plusieurs petits États insulaires souffrant de certaines des conséquences les plus graves de ces changements :  Kiribati, les Îles Marshall, Maldives et Tuvalu.

Nous approfondirons également nos efforts concernant les droits environnementaux dans le cadre des entreprises, de l'industrie minière, et des projets d'infrastructure, tels que les barrages hydro-électriques au Guatemala et au Mexique. Nos bureaux régionaux en Afrique intensifieront également leurs activités liées au climat, y compris en ce qui concerne la sécurité alimentaire et les personnes déplacées au Sahel.

Les dommages causés par les changements climatiques sur les droits de l'homme sont immenses et devraient encore augmenter – mais plus important encore, ils peuvent être évités, réduits et corrigés grâce à des actions fortes, fondées sur les droits de l'homme.

Les technologies numériques ont de plus en plus de conséquences sur la vie privée, la liberté d'expression, l'égalité des sexes, les discours haineux et l'exploitation. Nous nous emploierons à renforcer les politiques publiques et les pratiques des entreprises, pour éviter tout préjudice et pour utiliser de nouveaux instruments au service des droits de l'homme. En nous appuyant sur notre engagement solide existant avec des entreprises technologiques, notre projet B-Tech visera à intégrer les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et droits de l'homme dans le secteur de la technologie. Ces efforts permettront de fournir aux partenaires de la société civile et aux États des conseils pratiques sur la façon d'évaluer l'impact des nouvelles technologies sur les droits de l'homme, et d'identifier les mesures pouvant être prises pour éviter et atténuer ces dommages.

Nous travaillerons également avec l'initiative Global Pulse des Nations Unies pour élaborer des outils numériques afin de renforcer les activités de suivi et d'analyse des discours de haine et d'incitation à la violence et à la discrimination menées par les présences sur le terrain. Nous renforcerons également la capacité des efforts menés sur le terrain pour intégrer les nouvelles technologies dans notre travail, et pour répondre aux risques croissants auxquels sont confrontés ceux qui défendent les droits de l'homme en ligne.

Les inégalités et la corruption ont fait l'objet de nombreuses protestations de masse au cours des derniers mois, et il existe un besoin évident de directives pour garantir que les politiques économiques fondées sur les droits de l'homme placent la population et notre planète au cœur de la prospérité. Avec tout juste dix ans pour réaliser le Programme 2030, nous aiderons certains pays à réduire les conséquences des inégalités et à réaffirmer l'état de droit dans l'économie.

Nous renforcerons notre coopération technique sur des questions relatives à l'investissement public, les budgets, les politiques fiscales, les flux financiers illégaux et la viabilité de la dette, ainsi que sur les droits économiques et sociaux. Nous lutterons contre l'impact des mesures d'austérité sur les droits de l'homme, ces mesures ayant souvent des conséquences disproportionnées sur les communautés marginalisées. Nous continuerons également d'aider les États et nos partenaires à effectuer des analyses budgétaires axées sur les droits de l'homme, de manière à mieux allouer des ressources à la mise en œuvre des objectifs de développement durable, et à garantir un accès plus égal à la santé, au logement, à la protection sociale et à d'autres droits. Nous sommes également déterminés à aider les institutions de financement du développement à créer et à maintenir de nouvelles politiques de protection et des mécanismes indépendants d'établissement des responsabilités.

S'agissant des personnes en déplacement, sur les 272 millions de migrants à travers le monde à l'heure actuelle, nombreux sont ceux qui sont confrontés à la discrimination, à l'exploitation et à la violence. Nous devons réaffirmer les valeurs universelles et les normes du droit international dans ce domaine clé. Au cours de l'année à venir, le Haut-Commissariat publiera des rapports détaillés sur la situation des personnes en déplacement en Asie du Sud-Est, en Amérique centrale, dans les pays du Sahel, et le long de la route de la Méditerranée centrale.

Nous appuierons également les approches de la gouvernance des migrations fondées sur les droits de l'homme, y compris par le renforcement ciblé des capacités pour les agents des services frontaliers de première ligne au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, en Asie Pacifique et dans les Amériques.

Nous lancerons une initiative de communication mondiale pour lutter contre la xénophobie et la discrimination, axée sur les valeurs humaines fondamentales et le besoin de solidarité. De plus, outre notre travail avec les États Membres, les organes relatifs aux droits de l'homme pertinents et le Réseau des Nations Unies sur les migrations, nous renforcerons notre collaboration avec des partenaires non traditionnels. Par exemple, un nouvel accord entre le Gouvernement irlandais et la Fédération internationale des ouvriers du transport traite de cas graves d'exploitation et liés à la traite, notamment des migrants, dans l'industrie de la pêche. Nous devons nous appuyer sur cette réussite très concrète.

Excellences,

L'Appel que nous avons fait circuler contient plus d'informations sur ces projets visant à accroître notre impact dans les cinq nouveaux domaines clés. Toutefois, je dois souligner que les efforts accrus menés dans ces nouveaux domaines n'affaibliront en aucune manière le travail que nous effectuons déjà en matière de droits de l'homme, dans tous vos pays et à travers le monde.

Il s'agira d'un effort considérable – un effort sans égal dans l'histoire du HCDH. Il nous obligera à innover, à établir des partenariats et à aller bien au-delà de nos capacités actuelles. Et cela nécessitera votre aide, vos idées ainsi que vos contributions financières.

Les contributions volontaires versées par les États, avec l'appui des organisations multilatérales, des fondations privées et du secteur des entreprises, sont vitales pour l'aide que nous apportons à l'échelle mondiale. Bien que nous recevions des demandes croissantes d'aide, les contributions volontaires ont chuté d'environ 10 millions de dollars par rapport à 2018. En outre, de nouvelles restrictions ont été imposées sur les financements qui avaient été précédemment librement offerts, de sorte que plus des deux tiers des fonds que nous avons reçus ont été réservés – la part la plus importante de ces dix dernières années.

Je vous demande donc de fournir des fonds non réservés, afin que les ressources puissent être affectées là où les besoins sont les plus urgents.

Je suis convaincue que vous reconnaissez les compétences du HCDH, ainsi que la pertinence et les avantages que revêtent nos actions. Je suis résolue à continuer de permettre aux États de protéger les droits de l'homme et de bâtir des sociétés plus durables et solides. Je considère ce programme de travail comme étant un effort commun, qui requiert votre soutien financier, et bien d'autres formes de coopération, afin de placer la dignité humaine et le bien-être de la population au centre des activités locales, nationales et mondiales. Dans le cadre de nos efforts pour aider les populations et les gouvernements à travers le monde, nous comptons sur votre soutien.

Merci.