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La Haute-Commissaire fait part au Conseil des droits de l’homme de ses préoccupations relatives aux droits de l’homme et des progrès accomplis à travers le monde

Quarante-troisième session du Conseil des droits de l'homme, point 2


Genève, le 27 février 2020

Madame la Présidente,
Excellences,
Chers collègues et amis,

C'est un honneur pour moi de présenter devant le Conseil des droits de l'homme le travail accompli par le Haut-Commissariat, ainsi que sa stratégie face aux récents événements relatifs aux droits de l'homme à travers le monde.

Mon discours ne se concentrera pas sur les situations relatives aux droits de l'homme, qui font l'objet de déclarations distinctes ou de rapports spécifiques émis par le HCDH au cours de cette session. Sont concernés l'Afghanistan ; la Colombie* ; Chypre* ; l'Érythrée* ; le Guatemala* ; le Honduras* ; l'Iran* ; la Libye ; le Myanmar* ; le Nicaragua* ; la République centrafricaine ; la République démocratique du Congo ; la République populaire démocratique de Corée ; Sri Lanka* ; le Venezuela* et le Yémen*, ainsi que notre rapport sur la garantie du principe de responsabilité dans le territoire palestinien occupé*.

Je souhaite commencer aujourd'hui par une discussion que j'ai eue il y a quelques semaines dans un camp pour personnes déplacées en Ituri – une province de la République démocratique du Congo riche en pétrole et en or, mais dont les habitants, extrêmement pauvres, ont subi des cycles répétés de violence ces dix dernières années.

Parmi les personnes avec lesquelles je me suis entretenue, beaucoup avaient des membres amputés et avaient vu des membres de leur famille se faire massacrer. Un homme avait été retrouvé parmi des cadavres. Mais leur désir de justice et de voir leurs droits de l'homme respectés était profond et indéniable. Et c'est là, au cœur d'une grande souffrance et de la destruction, que le groupe de bénévoles congolais Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral a œuvré mois après mois – pour partager des denrées, s'occuper des blessés, aider des personnes à acquérir de nouvelles compétences, et soigner les traumatismes.

J'admire cette quête de solutions positives, de même que cette générosité et cette solidarité humaines fondamentales, et ce en dépit d'immenses obstacles. J'estime que nous pourrions tous nous inspirer de cette démarche.

Madame la Présidente,

Je remercie le Gouvernement du Soudan pour son excellente coopération concernant la mise en place de notre bureau de pays, et je salue son engagement envers la justice et l'instauration de mesures rapides pour augmenter l'accès aux soins de santé et aux établissements scolaires. Plusieurs comités indépendants ont été établis pour enquêter sur la répression des protestations en juin dernier et pour examiner les graves violations des droits de l'homme commises par les gouvernements successifs depuis 1989. Bien qu'un accord semble avoir été conclu concernant les processus de justice transitionnelle et de réconciliation, y compris l'établissement d'un tribunal pénal spécial pour les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis au Darfour, je demeure préoccupée par la situation sécuritaire au Darfour.  J'appelle le Conseil à se joindre à nous pour offrir un appui et une coopération technique au Gouvernement soudanais et à la société civile.

Dans le Soudan du Sud, la formation d'un gouvernement transitionnel revitalisé est un pas en avant. Cependant, pour qu'une paix durable soit instaurée dans le pays, il est nécessaire de faire face à trois problèmes afférant aux droits de l'homme. Premièrement, le Gouvernement devrait cesser de retarder le tribunal mixte, et devrait appuyer les enquêtes et les poursuites par les institutions nationales indépendantes. Deuxièmement, la violence intercommunautaire doit cesser de toute urgence. Troisièmement, les restrictions pesant sur les libertés fondamentales devraient être levées, et le harcèlement, les arrestations arbitraires et la surveillance des personnes ou des groupes jugés critiques à l'égard du Gouvernement devraient prendre fin.

Au Cameroun, je prends note des mesures prises par le Gouvernement après le Dialogue national en octobre, notamment la libération de plus de 400 détenus, ainsi qu'une nouvelle législation sur le bilinguisme et la décentralisation, permettant aux régions du Nord et du Sud-Ouest d'obtenir le « statut spécial ». Le HCDH a effectué une mission d'évaluation en septembre, durant laquelle nous avons constaté de graves abus et violations des droits de l'homme dans ces deux régions par des membres des forces de sécurité, ainsi que par des groupes armés séparatistes. Le Gouvernement a convenu de coopérer pour mettre en œuvre nos recommandations. L'attentat sur un village il y a deux semaines, qui a causé la mort de nombreux civils, y compris des enfants, souligne l'importance d'une action rapide pour s'assurer que les enquêtes menées sur ce type d'incidents sont indépendantes, impartiales, approfondies et donnent lieu à des poursuites.

Dans les pays du Sahel, en particulier au Burkina Faso, au Mali et au Niger, les attaques perpétrées par des groupes extrémistes violents ont causé plus de 4 000 morts en 2019 – 500 % de plus qu'en 2016, selon le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel. Ces attaques ont des conséquences humanitaires alarmantes, y compris des déplacements massifs de populations et des obstacles au développement. Plusieurs attaques intercommunautaires ont également eu lieu au Mali. Ces trois pays ont de toute évidence besoin d'adopter une approche qui va au-delà d'une réponse militaire, pour s'attaquer aux causes profondes de l'extrémisme violent – y compris l'extrême pauvreté, les inégalités, l'exclusion, et les problèmes liés à l'établissement des responsabilités et à la protection des droits de l'homme. Outre le fait de collaborer avec la Force conjointe du G5 Sahel pour établir un cadre de conformité aux droits de l'homme, le HCDH intensifie ses efforts dans l'ensemble de la région concernant les questions de gouvernance, les migrations, les changements climatiques, la justice, le développement et les droits des populations déplacées. Nous avons l'intention d'ouvrir un nouveau bureau de pays au Niger cette année, et de renforcer notre coopération et notre présence au Burkina Faso.

Au Nigéria, l'augmentation des attaques et des assassinats perpétrés par Boko Haram, l'État islamique en Afrique de l'Ouest et d'autres groupes jihadistes – ainsi que ceux résultant d'affrontements entre agriculteurs et éleveurs – pèsent lourdement sur les populations civiles. Les enlèvements contre rançon et la violence sexiste contribuent aussi à l'insécurité, alors que l'ensemble du pays fait face à une augmentation de la polarisation ethnique, régionale et religieuse. Il est essentiel que les forces de sécurité mènent toutes leurs opérations en pleine conformité avec les droits de l'homme. J'encourage vivement l'instauration de mesures visant à lutter contre les changements climatiques et à contrôler l'utilisation des terres, ainsi que des mesures plus vastes pour protéger les droits économiques, sociaux et politiques, de manière à résoudre certaines causes profondes de ces cycles de violence. Je demande également la mise en place de mesures pour veiller à ce que les forces de sécurité comprennent et protègent le travail des acteurs de la société civile humanitaire.

En Guinée, les récentes manifestations organisées pour exiger justice et transparence lors des prochaines élections et pour protester contre un référendum constitutionnel controversé se sont soldées par des dizaines de morts. Des rapports indiquent également un approfondissement des divisions ethniques et une augmentation des incitations à la haine et à la violence sur les médias sociaux et lors de rassemblements politiques. Toute nouvelle escalade de la crise actuelle pourrait avoir de graves conséquences. Prenant note des graves irrégularités concernant l'inscription des électeurs signalées par l'Organisation internationale de la Francophonie, j'encourage vivement les autorités à prévenir davantage de troubles et à garantir un processus électoral transparent et inclusif.

Au Burundi, je suis préoccupée par la répression de l'opposition et des droits civils et politiques constatée dans le cadre des élections présidentielles, législatives et communales prévues en mai. 

Madame la Présidente,

En Syrie, les attaques sur Edleb, Alep, et Hama sont à l'origine des plus importants déplacements de masse de populations civiles de ces neuf dernières années, à la suite d'une offensive militaire lancée par le Gouvernement syrien, appuyé par ses alliés. Près d'un million de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer au cours des trois derniers mois. La première semaine du mois de février, le Haut-Commissariat a enregistré plusieurs incidents au cours desquels au moins 100 civils ont été tués et de nombreux autres blessés à la suite de frappes aériennes et au sol par les forces gouvernementales et leurs alliés. Sept civils ont été tués à la suite de frappes au sol par des groupes armés non étatiques. Depuis janvier, 10 établissements médicaux et 19 établissements d'enseignement ont été directement touchés ou affectés par des frappes proches. La situation humanitaire de centaines de milliers de familles a été encore aggravée par la fermeture de deux postes transfrontaliers, entravant l'acheminement de l'aide humanitaire.

En Irak, des balles réelles ont été tirées à plusieurs reprises sur des manifestants non armés, causant la mort de plus de 450 personnes depuis octobre. Les forces de sécurité ont également arrêté des milliers de personnes dans le cadre des manifestations, sans garantie d'une procédure régulière ; certains auraient subi de mauvais traitements. Des rancœurs politiques et économiques sont au cœur de l'actuelle vague de protestations, et j'encourage le Gouvernement à réellement prendre en compte ces revendications au lieu de répondre par la violence.

Dans le territoire palestinien occupé, les pertes humaines en 2019, ainsi que les milliers de blessés par balle  – dont de nombreux enfants – par les forces israéliennes sont inquiétants. Les nouveaux projets de colonies de peuplement israéliennes dans le territoire occupé ont plus que doublé au cours de l'année dernière. Les colonies dans les territoires occupés sont illégales en vertu du droit international. En outre, leur expansion a été accompagnée l'année dernière du plus haut niveau de violence enregistré depuis 2013 de la part des colons contre les Palestiniens.
Je suis préoccupée par l'augmentation des restrictions de l'espace civique dans le territoire palestinien occupé, où les défenseurs des droits de l'homme et les opposants politiques font l'objet d'arrestations, d'interdictions de voyager, de mauvais traitements, de campagnes de diffamation, de sanctions administratives et d'obstacles au financement.

L'utilisation croissante de la peine de mort en Égypte, où 37 personnes auraient été condamnées à mort ce mois-ci, est un grave problème. Nous demeurons très préoccupés par l'existence de l'article 122 de la loi sur l'enfance, qui permet d'imposer la peine de mort à des mineurs au moment de l'infraction présumée. Les restrictions continuent de s'intensifier sur la liberté d'expression et la liberté des médias, ainsi que sur le droit de réunion pacifique, comme l'illustrent l'arrestation et la détention de plus de 4 000 personnes dans le cadre des manifestations pacifiques depuis septembre.  Le signalement de disparitions forcées, et du harcèlement systématique des défenseurs des droits de l'homme, des avocats, des syndicalistes et des membres de leur famille, sont également inquiétants.  

J'encourage l'Arabie saoudite à saisir l'occasion que présente le Sommet du G20 à Riyad pour montrer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ses obligations internationales en matière de droits de l'homme. J'encourage les cadres législatifs à respecter la liberté d'expression, de réunion pacifique et d'association pour tous, ainsi que le réexamen des décisions prises concernant les personnes condamnées pour avoir exprimé leurs opinions, y compris les défenseurs des droits de l'homme, les chefs religieux et les journalistes. J'appelle à la libération de plusieurs femmes qui ont légitimement et pacifiquement exigé des réformes de politiques discriminatoires dans le pays. J'appelle également à une totale transparence des procédures judiciaires en cours, et à l'établissement des responsabilités concernant le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Madame la Présidente,

Dans de nombreux pays, les manifestations sont alimentées par de profondes inégalités. Les réponses violentes des forces de sécurité peuvent miner encore davantage la confiance du public dans les systèmes économiques et politiques.

Au Chili et en Équateur, comme ailleurs, il est nécessaire de garantir le principe de responsabilité concernant les violations des droits de l'homme dans le cadre de manifestations, et de lutter contre les causes profondes de ces démonstrations, à savoir les inégalités. Dans ces deux pays, le HCDH a formulé des recommandations à l'intention des gouvernements et de la société civile pour instaurer un plan d'action durable axé sur les normes des droits de l'homme.

J'ai récemment envoyé une mission en Bolivie, et le Haut-Commissariat y renforce ses activités pour soutenir les efforts des Nations Unies pour résoudre la crise politique et sociale actuelle. La crise postélectorale de l'année dernière a fait au moins 35 morts et 800 blessés, la plupart d'entre eux pendant des opérations militaires et de police. La répression à l'encontre de dizaines d'anciens fonctionnaires et d'individus liés à l'ancienne administration est préoccupante.

Au Brésil, des attaques contre les défenseurs des droits de l'homme, notamment des meurtres – ciblant en grande partie des dirigeants autochtones – ont lieu alors que des réductions significatives des politiques visant à protéger l'environnement et les droits des peuples autochtones sont opérées. On observe également une augmentation de l'appropriation des terres appartenant aux peuples autochtones et aux personnes d'ascendance africaine, et des tentatives visant à discréditer les activités de la société civile et des mouvements sociaux.

Les États-Unis font également reculer les protections environnementales, y compris pour les voies navigables et les zones humides. Des polluants non traités peuvent désormais être versés directement dans des millions de kilomètres de ruisseaux et de rivières, mettant ainsi en danger les écosystèmes, l'eau potable et la santé humaine. Les normes plus souples concernant les émissions de carburant et la réduction des règlements sur les industries gazières et pétrolières pourraient également nuire aux droits de l'homme.

Les politiques restrictives mises en place par les États-Unis en matière de migration sont particulièrement inquiétantes pour les droits de l'homme.  La réduction du nombre de personnes tentant d'entrer dans le pays ne devrait pas se faire au détriment du droit d'asile et de la protection des migrants. La situation des enfants en détention est particulièrement préoccupante.

Madame la Présidente,

Au Jammu-et-Cachemire, bien que certains dirigeants politiques aient été libérés, et que la vie semble avoir repris son cours à bien des égards, environ 800 personnes seraient toujours en détention, y compris des dirigeants politiques et des militants. La forte présence militaire a affecté les écoles, les entreprises et les moyens de subsistance, et aucune mesure n'a été prise pour faire face aux allégations de recours excessif à la force et d'autres violations graves des droits de l'homme par les membres des forces de sécurité. Le Gouvernement indien a partiellement rétabli les services Internet et de téléphonie mobile, à la suite d'une importante décision prise par la Cour suprême, mais les autorités continuent d'imposer des restrictions excessives sur l'utilisation des médias sociaux.

En Inde, la loi portant modification de la loi sur la citoyenneté adoptée en décembre dernier est très préoccupante. Un nombre considérable d'Indiens, toutes communautés confondues, ont exprimé – en grande partie de manière pacifique – leur opposition à la loi et leur soutien à la longue tradition de la laïcité dans le pays. Je suis préoccupée par des rapports faisant état de la passivité de la police face aux agressions contre des musulmans commises par d'autres groupes, ainsi que par des rapports précédents concernant l'usage excessif de la force par la police contre des manifestants pacifiques.  Ces agressions ont dégénéré en vastes attaques intercommunautaires et 34 personnes ont été tuées depuis le dimanche 23 février. Je lance un appel à tous les dirigeants politiques pour qu'ils mettent fin à cette violence. 

Les minorités religieuses au Pakistan continuent d'être victimes de violences, d'attaques répétées sur leurs lieux de culte, et de discrimination dans la législation et dans la pratique. Malgré les recommandations émises par les mécanismes internationaux des droits de l'homme, le Gouvernement n'a pas modifié ni abrogé les dispositions de la loi sur le blasphème, qui ont conduit à des actes de violence contre des minorités religieuses, ainsi qu'à des arrestations arbitraires et à des poursuites. La peine de mort demeurant obligatoire pour blasphème, le tribunal de Multan a condamné Junaid Hafeez à mort pour blasphème en décembre dernier, en violation du droit international des droits de l'homme. 

Au Cambodge, nous continuons de recevoir des rapports d'actes d'intimidation à l'encontre de la société civile et des organisations des droits de l'homme, ce qui entrave leur capacité à surveiller et à faire rapport – y compris au présent Conseil. Les détracteurs et opposants politiques continuent aussi d'être ciblés par des mesures répressives, y compris la détention arbitraire et l'utilisation abusive de la législation pénale. Même si la coopération des autorités avec le HCDH concernant les activités techniques et de renforcement des capacités est la bienvenue, j'appelle le Gouvernement à respecter son engagement de défendre les droits de l'homme de tous ses citoyens – y compris la liberté des médias, l'état de droit impartial et le droit de participer librement aux affaires publiques sans crainte de persécution.

Au Bangladesh, j'encourage les actions visant à renforcer l'indépendance et l'impartialité du pouvoir judiciaire et de la Commission nationale des droits de l'homme. Les allégations persistantes d'actes de torture, d'arrestations arbitraires et de presque 400 exécutions extrajudiciaires l'année dernière sont préoccupantes, tout comme les rapports faisant état d'actes d'intimidation envers des défenseurs des droits de l'homme, des journalistes et des syndicalistes, et de contraintes dans le contexte des récentes élections locales. Une réforme de la loi sur la sécurité numérique est nécessaire. Le Bangladesh a collaboré avec succès à de nombreuses reprises avec les Nations Unies – notamment concernant l'accueil des réfugiés Rohingya – et nous nous efforcerons d'appuyer toutes ces réformes.

En Mongolie, l'initiative visant à créer une loi générale sur les défenseurs des droits de l'homme avec l'aide de la société civile est prometteuse et j'attends avec impatience sa présentation au Parlement. Je salue également l'approbation le mois dernier par le Parlement de la législation établissant un mécanisme national de prévention indépendant en vertu de la Commission nationale des droits de l'homme de Mongolie.

Le Népal a atteint une autre étape cruciale dans son processus de justice transitionnelle. J'encourage vivement les autorités à renforcer la confiance dans ces processus en consultant un large éventail de parties prenantes, y compris des groupes de victimes et la société civile.

Je me félicite de l'adoption du plan d'action national pour les entreprises et les droits de l'homme en Thaïlande, une première en Asie. Je suis préoccupée par le fait que des défenseurs des droits de l'homme continuent d'être victimes de harcèlement judiciaire. Je remarque qu'un projet de loi sur la torture et les disparitions forcées est à l'étude ; il sera important de s'assurer de sa conformité avec les normes internationales des droits de l'homme.

Je me réjouis d'avoir été invitée à me rendre en Chine, y compris au Xinjiang, par le Gouvernement chinois cette année. Nous continuerons de demander à ce qu'une équipe préparatoire obtienne un accès sans entrave, en vue de cette visite proposée. Nous nous efforcerons d'analyser en profondeur la situation des droits de l'homme en Chine, y compris la situation des membres de la minorité ouïghoure.

L'épidémie de coronavirus a déclenché une vague inquiétante de préjugés à l'égard des personnes d'origine chinoise et d'Asie de l'Est, et je lance un appel aux États Membres de faire tout leur possible pour lutter contre ce problème et d'autres formes de discrimination.

Madame la Présidente,

La protection de notre environnement est essentielle à l'exercice de tous les droits de l'homme. Je salue la conduite adoptée par l'Union européenne concernant l'instauration de son Pacte vert en décembre dernier. Il regroupe des mesures ambitieuses menées au sein de l'UE et une action extérieure solide, en mobilisant la diplomatie climatique et en instaurant une coopération verte. La mise en œuvre de ce pacte permettra d'améliorer grandement l'exercice du droit à un environnement sain, et j'encourage fortement l'instauration de mesures sociales pour encourager des transitions justes ne laissant personne de côté.

Au Kazakhstan, je prends note des projets du Président d'introduire d'importants changements législatifs et politiques afin d'assurer une plus grande liberté civile et politique, y compris une nouvelle loi sur les réunions pacifiques. Le Haut-Commissariat pourrait fournir son expertise concernant les normes relatives aux droits de l'homme en ce qui concerne les réformes annoncées. Le Président s'est également engagé à signer le deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques sur la peine de mort. Je me réjouis de la mise en œuvre de ces réformes et j'exhorte le Gouvernement à ne pas faire appel à des pratiques répressives qui portent atteinte aux droits à la liberté de réunion pacifique et à la protection contre la détention arbitraire.

Je me réjouis également des prochaines discussions avec les responsables au Turkménistan, à la suite de la déclaration récente du Président selon laquelle le pays renforcera sa collaboration avec le HCDH et d'autres organismes des Nations Unies. J'ai bon espoir que nous serons en mesure d'appuyer les prochaines mesures en faveur de la protection des libertés fondamentales.

En Turquie, des défenseurs des droits de l'homme, des professionnels des médias et des personnes perçues comme critiquant le Gouvernement continuent d'être poursuivis en raison de la législation et des politiques introduites pendant et après l'état d'urgence. Plus particulièrement, la législation antiterroriste et les mesures connexes qui ne respectent pas les normes internationales continuent de restreindre les droits des citoyens à la participation et à la liberté d'expression, d'information et de réunion. Je note l'intention du Gouvernement de modifier la loi antiterroriste pour régler ses effets néfastes, bien qu'il y ait encore peu de preuves d'actions menées dans ce sens. La seconde arrestation récente de M. Osman Kavala, de même que la poursuite du procès emblématique de onze défenseurs des droits de l'homme, y compris d'anciens membres d'Amnesty, sont les exemples les plus récents illustrant l'environnement hostile aux défenseurs des droits de l'homme en Turquie. J'encourage une action rapide et décisive pour défendre les droits de l'homme – notamment en assurant l'indépendance du système judiciaire, en particulier lorsque des problèmes persistent concernant la séparation des pouvoirs. Je me réjouis de poursuivre notre collaboration avec la Turquie pour mettre en place une institution nationale des droits de l'homme efficace et indépendante et élaborer un plan d'action national pour les droits de l'homme.

En Pologne, la législation récemment adoptée restreint l'indépendance des juges et des avocats ; permet la révocation des juges ; et impose des sanctions sévères aux procureurs, avocats et juges qui expriment des opinions critiques à l'égard des changements apportés au système judiciaire. Le nombre de procédures disciplinaires contre des juges a fortement augmenté, et plusieurs litiges ont été soumis à l'encontre de journalistes et de médias non affiliés au Gouvernement. Plusieurs dizaines de municipalités ont adopté des résolutions déclarant être des « zones libres de toute idéologie LGBTI ».

Dans la Fédération de Russie, de nouvelles modifications apportées à la loi de 2012 sur la société civile, connue sous le nom de « loi sur les agents étrangers », ont élargi son champ d'application aux personnes qui distribuent des médias étrangers, ou publient du matériel, tout en recevant de l'argent de l'extérieur du pays. Elles auront un effet dissuasif sur l'exercice de la liberté d'expression et d'autres formes de participation du public dans le processus décisionnel. En novembre, la Cour suprême a estimé que l'association « Mouvement pour les droits de l'homme », l'une des plus anciennes organisations russes de défense des droits de l'homme, devait être dissoute, après avoir refusé de prendre des mesures requises en vertu de la « loi sur les agents étrangers ».

En ce qui concerne les personnes étrangères ayant des liens présumés avec l'EIIL : comme je l'ai déjà souligné à d'autres occasions, à moins que ces personnes ne soient poursuivies pour des crimes reconnus en vertu des normes internationales, elles devraient être rapatriées dans leur pays d'origine. Certains États ont commencé à rapatrier leurs ressortissants, et je lance un appel à la communauté internationale pour qu'elle les soutienne. Les enfants, en particulier, ont subi de graves violations de leurs droits. Leur réadaptation, leur protection et leurs intérêts devraient être notre principale préoccupation. En consultation avec d'autres organismes des Nations Unies, le HCDH a fourni des orientations sur l'établissement de mesures fondées sur les droits de l'homme concernant la situation des combattants étrangers et leurs familles, accompagnées de recommandations précises selon leur sexe et leur âge. Nous sommes prêts à apporter notre aide. 

En Europe, dans de nombreux États de première ligne et le long de leurs frontières, nous continuons de constater les souffrances évitables des migrants. Tous les États de première ligne, y compris ceux sur la route des Balkans, devraient pleinement respecter leurs engagements internationaux et supprimer les obstacles juridiques et procéduraux qui empêchent d'identifier les besoins de protection de tous les migrants.

Les refoulements – qui portent atteinte au droit de demander l'asile et au principe de non-refoulement – sont en hausse à de nombreuses frontières. De plus, des dizaines de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants migrants sont séquestrés dans des conditions déplorables, sans système adapté pour identifier les vulnérabilités. Nous devons faire mieux.

Madame la Présidente, je tiens enfin à exprimer mon plus profond respect envers les équipes médicales luttant à travers le monde contre le coronavirus (COVID-19), qui constitue une grave menace pour les droits à la vie et à la santé des peuples du monde entier. Une crise sanitaire comme cette épidémie met à l'épreuve la résilience de nos sociétés – et le cadre des droits de l'homme fournit des repères indispensables qui peuvent renforcer l'efficacité de nos actions.

Pour lutter efficacement contre le virus, toutes les mesures de santé publique devraient être prises sans discrimination d'aucune sorte, en mettant l'accent sur la transparence et le partage d'informations, de manière à donner aux citoyens les moyens de participer à la protection de la santé. Les quarantaines, qui limitent le droit à la liberté de circulation, devraient être proportionnées au risque, limitées dans le temps et sûres. Les droits de ceux en quarantaine doivent être protégés, y compris le droit à l'alimentation et à l'eau propre, le droit d'être traité humainement, à accéder aux soins de santé et d'être informé, et la liberté d'expression.

Nos présences sur le terrain encourageront toutes les parties prenantes à faire respecter les droits de tous les individus touchés. Les personnes vivant dans des institutions collectives, y compris de nombreuses personnes âgées et les personnes privées de leur liberté, sont susceptibles d'être plus vulnérables à l'infection, et nous exprimerons nos préoccupations les concernant et concernant d'autres groupes vulnérables.

Excellences,

Mon présent compte rendu sur la situation actuelle met en évidence plusieurs préoccupations très sérieuses, qui seront examinées plus en détail au cours de cette session. Je demande aux États Membres d'aborder ces situations ensemble, de manière concertée et en adoptant des mesures efficaces – et d'aider les pays qui ont réalisé des progrès louables dans la défense des droits de l'homme.

Je vous remercie, Madame la Présidente.