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COVID-19 : « bouleversée » par le sort des migrants internes en Inde, Michelle Bachelet salue les mesures prises pour limiter les effets du confinement

GENÈVE (2 avril 2020) – La Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme Michelle Bachelet s'est déclarée aujourd'hui bouleversée par le sort des millions de migrants internes touchés par l'annonce soudaine du confinement en Inde. Elle a salué les mesures prises par la suite pour remédier à cette situation, tout en soulignant que certains problèmes persistent.

« Le confinement en Inde représente un énorme défi logistique et opérationnel, étant donné la taille de la population et sa densité, et nous espérons tous que la propagation du virus puisse être contrôlée », a déclaré la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme. « Il est toutefois important de veiller à ce que les mesures prises contre la COVID-19 ne soient pas appliquées de manière discriminatoire et n'exacerbent pas les inégalités et les vulnérabilités existantes. »

À la suite de l'annonce du confinement pour limiter la propagation de la COVID-19, de nombreux migrants défavorisés se sont retrouvés sans emploi et dans l'incapacité de payer leur loyer et leur nourriture. Incapables de subvenir à leurs besoins dans les centres urbains, et face à l'arrêt presque total des transports publics, des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants migrants ont été forcés de parcourir à pied des centaines de kilomètres pour tenter de regagner leur village et leur État d'origine. Certains ont trouvé la mort durant leur périple.

Le 29 mars, pour tenter de contenir la propagation du virus, le Ministère des affaires intérieures a ordonné aux États d'intercepter ces migrants et de les placer en quarantaine pendant deux semaines. La Haute-Commissaire se félicite de la décision de la Cour suprême indienne du 31 mars, selon laquelle les migrants doivent se voir garantir un accès suffisant à la nourriture, à l'eau, à des lits et à des équipements, ainsi qu'à une aide psychosociale dans les refuges, qui doivent être gérés par des bénévoles et non pas par les forces de sécurité, et doivent être traités humainement.

« La décision de la Cour suprême et sa mise en œuvre contribueront grandement à assurer la sécurité et les droits de ces migrants vulnérables. Bon nombre de ces personnes ont vu leur vie chamboulée par le confinement et se retrouvent dans une situation très précaire », a-t-elle indiqué.

Le Gouvernement a pris plusieurs autres mesures pour remédier à la situation, notamment en organisant la distribution de services alimentaires à grande échelle et en incitant les employeurs à payer les salaires, et les locataires à geler les loyers. « En dépit de tous ces efforts importants, il reste encore beaucoup à faire face à la tragédie humaine qui continue de se dérouler sous nos yeux », a alerté la Haute-Commissaire. Les mesures spéciales adoptées doivent également prendre en compte la situation particulière des femmes migrantes, qui font partie des personnes les plus économiquement vulnérables et les plus touchées par cette situation.

Plus tôt cette semaine, plusieurs rapports et images ont montré des policiers frappant des personnes, notamment des migrants, à l'aide de matraques pour avoir enfreint les règles de quarantaine, ainsi que des migrants se faisant asperger de désinfectant. « Nous comprenons les pressions exercées actuellement sur les services de police, mais les policiers doivent faire preuve de retenue et respecter les normes internationales concernant l'usage de la force et le traitement humain dans leurs efforts pour lutter contre cette pandémie, conformément à la décision de la Cour suprême. » Plusieurs États ont depuis ordonné explicitement à leurs forces de police de s'abstenir de recourir à la force pour contenir la propagation du virus.

La Haute-Commissaire déplore également les mesures qui ont pour effet de stigmatiser certains groupes de la société, notamment les migrants, telles que les pratiques dans certains États consistant à tamponner la main des personnes en quarantaine, sous prétexte de veiller à ce qu'elles ne quittent pas leur foyer, ou à afficher un avis devant la maison des personnes en quarantaine.  

« Il est important de mettre en balance ces mesures et le droit à la vie privée, et d'éviter de prendre des décisions qui stigmatiseraient certaines personnes au sein de la communauté déjà vulnérables en raison de leur situation sociale ou d'autres facteurs », a-t-elle indiqué. 

Contenir la propagation de la COVID-19 dans un pays qui abrite un sixième de la population mondiale nécessitera des efforts non seulement de la part du Gouvernement, mais aussi de l'ensemble de la population. La Haute-Commissaire a encouragé le Gouvernement à collaborer étroitement avec la société civile, notamment avec de nombreuses ONG qui apportent déjà leur aide pour lutter contre la pandémie.

« L'heure est à la solidarité et à l'unité nationale. J'encourage le Gouvernement à faire appel au dynamisme de la société civile indienne pour atteindre les groupes les plus vulnérables de la société, de manière à s'assurer que personne ne soit laissé pour compte en cette période de crise », a-t-elle indiqué.

FIN