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Déclaration de l'Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali et du Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles sur l'augmentation du pourcentage de femmes au Parlement malien

 

10 juin 2020

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L'Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali et le Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles se félicitent de l'augmentation de la représentation des femmes au sein du nouveau parlement du Mali. Après les élections des 29 mars et 19 avril 2020, le pourcentage des femmes parlementaires a triplé, passant de 9,52% lors de la précédente législature (2013 - 2010) à 27,89% aujourd'hui. Le Parlement du Mali compte désormais 41 femmes parmi ses 147 membres. Quatre cent vingt-sept (427) des 1 451 candidats en lice pour les 147 sièges de l'Assemblée nationale malienne étaient des femmes (29,44%). Cela représente un progrès significatif par rapport aux élections législatives précédentes.

Les experts félicitent les femmes du Mali pour avoir surmonté de multiples obstacles pour atteindre ce jalon. Les Experts félicitent le Mali pour toutes les mesures prises par le pays pour rendre possible cette évolution positive, notamment l'adoption de la loi n° 2015-052 du 18 décembre 2015 qui prévoit un minimum de 30% de représentation masculine et féminine dans les postes nominatifs et électifs. Les experts se félicitent également de l’adoption, le 22 mars 2019, du troisième plan d’action national pour la période 2019-2023 sur les femmes, la paix et la sécurité destiné à promouvoir la participation des femmes au processus de paix et à la gouvernance.

Tout en reconnaissant ces évolutions positives, les experts souhaitent souligner qu'il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à la pleine participation des femmes à la vie publique et politique du pays. Près de cinq ans après l'adoption de la loi sur les quotas de 2015, les femmes continuent d'être sous-représentées dans la sphère publique et politique au Mali. Par exemple, le Comité de suivi de l'Accord pour la paix et la réconciliation au Mali ne comprend pas une seule femme. Les femmes ne représentent que quatre (4) pour cent des membres des sous-comités du Comité de suivi de l’Accord. En outre, les femmes ne représentent que trois (3) pour cent de la Commission nationale du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration, six (6) pour cent du Conseil national pour la réforme du secteur de la sécurité, 20 pour cent de la Commission Vérité, justice et réconciliation; et respectivement un et cinq pour cent dans les administrations intérimaires aux niveaux régional et de district. Enfin, seuls neuf des 38 membres du gouvernement du Mali sont des femmes. Le pourcentage de femmes dans les conseils communaux est de 25,59%.

Les experts recommandent donc vivement au Mali de prendre toutes les mesures appropriées pour garantir que la loi sur les quotas électoraux soit comprise par tous et que le pays atteigne au moins la représentation minimale de 30% de femmes dans tous les organes de décision. Les experts encouragent le Mali à continuer de prendre toutes les mesures appropriées pour lutter contre les différents facteurs qui empêchent les femmes de participer à la vie publique. À cet égard, le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes a identifié des facteurs tels que: les traditions culturelles et les croyances religieuses qui confinent les femmes dans les sphères d'activité privées et les excluent de la participation active à la vie publique; la dépendance économique des femmes à l'égard des hommes, ce qui les empêche souvent de prendre des décisions politiques importantes et de participer activement à la vie publique; les stéréotypes, y compris ceux perpétrés par les médias, qui confinent les femmes dans la vie politique à des questions telles que l'environnement, les enfants et la santé, et les excluent de la responsabilité des finances, du contrôle budgétaire et de la résolution des conflits.

Les experts en appellent également au Mali de continuer d'identifier et de mettre en œuvre des mesures spéciales, qui sont nécessaires pour réaliser l'égalité entre les hommes et les femmes dans la vie politique et publique, afin de lutter contre les facteurs structurels sous-jacent défavorisant les femmes. Comme l'a souligné le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes « les politiques et les décisions, lorsqu’elles sont exclusivement le fait des hommes, ne témoignent que d’une partie de l’expérience et des possibilités de l’espèce humaine. Il faut donc, pour organiser la société avec justice et efficacité, que tous et toutes participent activement à la vie publique ».

Les experts exhortent le Mali à prendre toutes les mesures appropriées pour garantir que le pays atteigne la représentation minimale de 30% de femmes dans tous les organes de décision. En particulier, les experts recommandent que le Mali élabore des stratégies pour soutenir le développement des capacités des femmes dans la fonction publique, y compris par le biais de la coopération nationale et internationale entre pairs et améliore la capacité de suivre de manière cohérente et régulière les progrès à tous les niveaux de la prise de décision à travers l'ensemble du spectre des institutions de la vie publique et politique.

Les experts notent qu’il ne peut y avoir de véritable démocratie sans la participation pleine et égale des femmes à toutes ses institutions. Ils espèrent que l'augmentation du pourcentage de femmes au Parlement contribuera à l'adoption attendue depuis longtemps de textes législatifs clés tels qu'une loi pour lutter contre la violence basée sur le genre (comme le Mali s’y est engagé lors de son examen périodique universel en janvier 2018) et une législation interdisant les mutilations génitales féminines.

FIN

M. Alioune Tine (Sénégal) a pris ses fonctions d'Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali le 1er mai 2018.

Le Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles a été créé par le Conseil des droits de l'homme en septembre 2010. Il est composé de cinq expertes indépendantes: Mme Elizabeth Broderick (présidente), Mme Melissa Upreti (vice-présidente), Mme Alda Facio, Mme Ivana Radačić et Mme Meskerem Geset Techane.

Les Rapporteurs spéciaux, les Experts indépendants et les Groupes de travail relèvent de ce qu'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Le terme « procédures spéciales », qui désigne le plus grand corps d'experts indépendants au sein du système onusien des droits de l'homme, est généralement attribué aux mécanismes indépendants d'enquête et de supervision mis en place par le Conseil des droits de l'homme afin de traiter de la situation spécifique d'un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement ; ils n'appartiennent pas au personnel de l'ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou de toute organisation et exercent leurs fonctions à titre individuel. 

Pour plus d’informations et les demandes des médias, concernant l’Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali, veuillez contacter Jean-Claude Misenga (+41 22 917 9059/ jmisenga@ohchr.org).

Pour plus d’informations et les demandes des médias, concernant le Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles, veuillez contacter Hannah Wu (+ 41 22 917 9152 / hwu@ohchr.org)

Suivez les actualités des experts indépendants des droits de l'homme des Nations Unies sur Twitter : @UN_SPExperts.

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