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Il faut plus qu'un nouveau président pour briser le cycle de la violence au Burundi, selon les enquêteurs de l'ONU

Genève (14 juillet 2020) - Après une période de campagne caractérisée par de nombreux cas de détention arbitraire et même quelques exécutions de membres du CNL (Conseil national de la liberté), principal parti d'opposition burundais, ainsi que de nombreuses violations des libertés publiques, le Burundi se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. À l'issue des élections présidentielle, législatives et communales du 20 mai, le CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie - Forces pour la défense de la démocratie) reste le parti au pouvoir. Le principal changement par rapport au passé en est la figure dominante, Evariste Ndayishimiye, nouveau président et ancien général.

« Bien qu'aucune violence massive n'ait été documentée, le processus électoral a été caractérisé par l'intolérance politique et de multiples violations des droits de l'homme, avant et pendant la campagne électorale officielle, le jour du scrutin et après l'annonce des résultats officiels des élections", a résumé Doudou Diène, Président de la Commission d'enquête des Nations Unies sur le Burundilors de la présentation orale au Conseil des droits de l'homme qui s’est tenue aujourd'hui (14 juillet) à Genève.

Les Commissaires ont pris note que dans son discours d'investiture du 18 juin, le nouveau Président Ndayishimiye a souligné la nécessité d'améliorer la situation des droits de l'homme et la lutte contre l'impunité dans le pays, ainsi que l’importance d'œuvrer à la réconciliation politique et au retour de tous les réfugiés burundais. Cependant, ils ont également souligné que les politiques du nouveau Président seront mises en œuvre par un gouvernement composé essentiellement de caciques du régime du défunt Président Nkurunziza, dont certains sont sous le coup de sanctions en raison de leur implication dans de graves violations des droits de l'homme.

Il convient de rappeler que depuis 2015, les forces de sécurité et les membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir CNDD-FDD, connue sous le nom d'Imbonerakure, ont commis des exécutions extrajudiciaires, arrêté arbitrairement des personnes et violé, menacé et harcelé ceux qu'ils percevaient comme étant des opposants politiques, avec une impunité quasi totale.

La COIB a appelé le nouveau Président de la République à démontrer sa volonté de changement en coopérant pleinement avec les mécanismes internationaux des droits de l'homme, dont la COIB, ou en rouvrant le Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme au Burundi. La libération immédiate des quatre journalistes d’Iwacu et des défenseurs des droits humains tels que Germain Rukuki et Nestor Nibitanga constituerait également un geste significatif.

La Commission s'est félicitée du fait que, suite à la mort inopinée de Pierre Nkurunziza le 8 juin 2020, le nouveau Président burundais a décidé de s'attaquer sérieusement à la pandémie de la Covid-19 après des mois de déni.

Néanmoins, les Commissaires ont mis en garde la communauté internationale contre un relâchement prématuré et à tourner la page «comme si… une élection et une transition politique suffisaient à garantir automatiquement l'amélioration de la situation des droits de l'homme à l'avenir». Le système de gouvernance mis en place au profit du parti CNDD-FDD est toujours présent, ainsi que de nombreux facteurs de risque. «Cette transition pourrait devenir une opportunité d'amélioration si le gouvernement prend des mesures concrètes pour y remédier.  La communauté internationale doit rester vigilante et mobilisée pour encourager des actions qui s'attaquent aux causes profondes des violations des droits de l’homme », a souligné Doudou Diène.

Actuellement, la COIB est le seul mécanisme international menant des enquêtes approfondies sur les graves violations des droits de l'homme au Burundi. Bien que le gouvernement n'ait jamais accordé aux enquêteurs l’accès au pays, ils ont collecté des informations de diverses sources, à la fois dans le pays et à l'extérieur. La Commission doit présenter son rapport final au Conseil en septembre 2020.

FIN

Contact pour les médias : (Geneva) Sandra Miller, Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme  (HCDH), Commission d’enquête sur le Burundi + 41 22 917 3426 / miller1@un.org

De plus amples informations sur le travail de la Commission d'enquête sur le Burundi sont disponibles à l'adresse suivante:
https://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/CoIBurundi/Pages/CoIBurundi.aspx