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Atelier sur les changements climatiques et la menace existentielle qu’ils représentent pour les droits de l’homme des citoyens des nations atolls de faible altitude
Message de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme


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Bienvenue et merci à tous d'assister à cet atelier sur la protection des droits des habitants des nations atolls de faible altitude contre la menace existentielle que posent les changements climatiques.

La pandémie de COVID-19 et la crise climatique ont en commun certaines caractéristiques dangereuses.

Elles sont mondiales et ne respectent aucune frontière.

Elles sont multidimensionnelles : au-delà de leur impact immédiat – sur la santé humaine ou sur l'environnement – elles ont aussi un impact énorme sur les droits économiques, sociaux, civils et politiques, ainsi que sur le droit au développement.

Ces deux catastrophes font déjà reculer les progrès accomplis en faveur des objectifs de développement durable.

Ceux qui en souffrent le plus sont ceux qui sont laissés pour compte : les pauvres, les personnes souffrant de discrimination et celles qui sont déjà contraintes à quitter leur foyer.

Et pour répondre efficacement à la fois à la pandémie et à la crise climatique, il est nécessaire d'adopter des mesures immédiates et à l'échelle mondiale afin de protéger les droits de l'homme.

Nous sommes tous concernés.  Et ce n'est que par une action puissante, coordonnée et transformatrice visant à soutenir les droits fondamentaux – tels que le droit à un environnement sûr, propre, sain et durable – que nous pourrons assurer la santé et le bien-être de tous.

Pour les habitants des nations atolls, la crise climatique compromet le fondement même de la dignité humaine. Elle menace leurs modes de vie et leurs moyens de subsistance, leur intégrité territoriale, leurs cultures et leur existence en tant que nations.

Des îles entières sont sur le point d'être submergées par la montée des eaux, un processus qui s'accélère à mesure que les écosystèmes des récifs, qui fournissent une protection naturelle contre les ondes de tempête et les marées hautes, continuent de se détériorer. Les vulnérabilités croissantes dans tous les domaines de la vie – y compris l'eau, l'alimentation, l'assainissement, les infrastructures, la pêche et le tourisme – ainsi que la perte des habitations, ont déjà forcé de nombreux habitants des nations atolls à quitter les terres qu'ils occupaient depuis longtemps.

Cela est injuste. La part de responsabilité des nations atolls envers les changements climatiques est tout à fait minime. Il est essentiel qu'en tant que communauté internationale, nous soyons aux côtés des habitants des nations atolls et que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre leurs droits de l'homme, y compris leurs droits à un environnement sain, à la culture et à la vie elle-même.

Nous devons maintenir le réchauffement climatique en deçà de l'objectif de 1,5°C pour lequel les nations atolls se sont tant battues à Paris. Chaque pays doit revoir sa contribution nationale et s'attaquer sérieusement aux problèmes liés au climat. Le renforcement de notre ambition climatique doit être considéré comme une obligation fondamentale en matière de droits de l'homme envers les générations futures – et envers tous ceux qui sont injustement touchés par une crise climatique dont ils ne sont pas responsables.

En outre, nous avons le devoir envers les personnes les plus touchées de remédier aux pertes et aux dommages qu'elles ont subis et de veiller à ce qu'elles aient accès à des recours efficaces qui obligent les responsables des changements climatiques à rendre des comptes.

Nous devons également financer de manière adéquate les mesures d'adaptation et de résilience adoptées en faveur des personnes les plus touchées par les changements climatiques.

Et nous devons inscrire notre travail dans un cadre plus large qui englobe les liens entre un climat sûr et la protection de la biodiversité et des écosystèmes. Les prochaines négociations mondiales sur le climat et la biodiversité offrent l'occasion de nous y atteler, en intégrant les droits de l'homme dans les travaux essentiels de la CCNUCC et de la Convention sur la diversité biologique.

J'appelle les nations atolls de faible altitude à poursuivre leur travail en première ligne de la lutte mondiale pour la justice climatique.

Je félicite Kiribati, les Maldives, les Îles Marshall et les Tuvalu pour avoir lancé le Dialogue sur l'adaptation des atolls et identifié huit priorités concrètes d'adaptation dans les nations atolls. Je suis également heureuse de voir les Îles Marshall prendre place au sein du Conseil des droits de l'homme, se joignant ainsi aux Fidji pour sonner l'alerte climatique au sein du principal organisme intergouvernemental mondial de défense des droits de l'homme.

Je suis convaincue qu'une approche fondée sur le droit international des droits de l'homme peut conduire à une action mondiale et régionale plus forte contre les changements climatiques.

Une approche fondée sur les droits de l'homme permet de garantir que les États mènent une action climatique reposant sur le principe de responsabilité, la non-discrimination, la transparence, la solidarité, l'égalité, l'équité, l'autonomisation et l'état de droit.

Elle s'appuie également sur le droit à un recours efficace en cas de pertes et de dommages – un point essentiel pour les États insulaires du Pacifique.

En particulier, une approche fondée sur les droits de l'homme favorise une participation significative de toutes les parties prenantes. Les peuples autochtones, les personnes âgées, les enfants, les personnes handicapées, les personnes vivant dans la pauvreté et les femmes sont souvent marginalisés et exposés aux risques les plus importants. Ils doivent faire partie de la solution climatique.

Je suis très heureuse de voir que les organisations de la société civile et les jeunes sont impliqués dans cet atelier. Nous devrions également souligner la contribution de nos aînés. Les connaissances traditionnelles, transmises de génération en génération et accumulées tout au long de l'histoire, peuvent aider à sauver la planète et les nations atolls si ces connaissances et les droits de leurs détenteurs sont protégés et respectés.

Chers amis,

J'ai commencé ce message en soulignant l'impact supplémentaire de la COVID-19 sur notre crise climatique catastrophique.

Mais le travail de relèvement suite à la COVID-19 – que chaque État sera amené à faire – est aussi l'occasion de s'attaquer aux changements climatiques en construisant de nouveaux systèmes plus équitables et plus résilients, dans un monde plus propre et plus sûr.

Dans les mois à venir, alors que les gouvernements et les entreprises adopteront des mesures pour relancer leurs économies et leurs sociétés, ils auront le devoir de s'attaquer aux inégalités – et de passer à des processus écologiques, sans émissions.

Nous devons agir dès maintenant, avec un plaidoyer puissant et des recommandations détaillées pouvant conduire aux meilleures décisions possibles. Et nous avons besoin de vos capacités de direction, en tant que représentants du peuple et du gouvernement des nations atolls, pour nous aider à montrer la voie.

Le Haut-Commissariat est prêt à appuyer vos efforts et les conclusions de cet atelier.

Merci.