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Le Conseil des droits de l’homme tient un débat urgent sur la situation des droits de l’homme au Bélarus

Conseil des droits de l’homme

18 septembre 2020

Il entend notamment les déclarations de nombreux Ministres des affaires étrangères

Les informations disponibles indiquent que le processus électoral a été grossièrement manipulé, affirme Mme Marin

Conformément à la décision qu’il a prise en début de semaine sur demande de l’Allemagne (au nom des pays membres du Conseil qui sont également membres de l’Union européenne), le Conseil des droits de l’homme a entamé, ce matin, un débat urgent sur la situation des droits de l’homme au Bélarus.

Ouvrant ce débat, Mme Nada Al Nashif, Haute-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, a donné lecture d’une déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l’homme, qui invite les autorités du Bélarus à faciliter la réalisation d'enquêtes indépendantes et impartiales sur les allégations de violations graves des droits de l'homme, en vue de garantir la responsabilisation et l'accès à un recours effectif pour les victimes.  Dans cette déclaration, la Haute-Commissaire invite instamment le Conseil à favoriser la recherche de solutions pour l'ensemble de la population et à empêcher que le cycle de violence ne s'aggrave encore. 

Outre l’intervention de Mme Al Nashif, ce débat urgent a notamment permis d’entendre des déclarations liminaires de Mme Anaïs Marin, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l'homme au Bélarus, de Mme Sviatlana Tsikhanouskaya, candidate de l’opposition aux élections présidentielles au Bélarus en 2020, et de Mme Ekaterina Novikava, manifestante bélarussienne.

Suite à ces déclarations, le Bélarus est intervenu en tant que pays concerné – exprimant son désaccord quant à l’organisation de ce débat – avant que n’interviennent les Ministres des affaires étrangères du Danemark, de la Slovaquie, de la Pologne, des Pays-Bas, de l’Ukraine, de l’Estonie, de la Lettonie, du Luxembourg, de la Lituanie, de la Roumanie et de l’Irlande, ainsi que la Ministre du voisinage européen et des Amériques du Royaume-Uni et le Ministre adjoint des affaires étrangères de la Bulgarie.

De très nombreuses délégations* ont également pris part à ce débat.

Dans ses remarques liminaires, Mme Marin a déclaré que les informations disponibles indiquent que le processus électoral a été grossièrement manipulé.  Le champ électoral avait été « nettoyé » au préalable pour empêcher trois des candidats les plus populaires de se présenter, a-t-elle affirmé.  Cette opération a été suivie d'une fraude au stade du décompte des voix qui met en question la légitimité électorale du président sortant.  L'empressement de M. Loukachenko à rester au pouvoir après la fin de son mandat actuel semble être la principale cause de l'impasse politique actuelle, a déclaré la Rapporteuse spéciale. 

Mme Tsikhanouskaya, pour sa part, a demandé la libération immédiate de tous les détenus politiques, l’entrée et la libre circulation de la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme au Bélarus et la tenue d’élections libres. 

Mme Novikava a, quant à elle, témoigné d’événements survenus le soir du 10 août 2020 sur la place Myasnikov, à Minsk.

En début de séance, dans des motions d’ordre, le Bélarus, la Fédération de Russie, la Chine et le Venezuela ont estimé que la diffusion par vidéo de déclarations d’intervenants autres que les États constituait une violation du Règlement intérieur du Conseil.  L’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark ont estimé que la procédure choisie par la présidence autrichienne du Conseil des droits de l’homme était conforme à la pratique établie du Conseil pour la tenue de ses débats urgents.

 

Le Conseil poursuivra ce débat urgent cet après-midi, à 15 heures, en se prononçant sur le projet de résolution proposée par l’Allemagne au nom de l’Union européenne. 

Les séances de la quarante-quatrième session du Conseil sont retransmises sur le site UN Web TV.

 

Débat urgent sur la situation des droits de l’homme au Bélarus

Déclarations liminaires

Donnant lecture d’une déclaration transmise par la Haute-Commissaire aux droits de l’homme, Mme Michelle Bachelet, MME NADA AL-NASHIF, Haute-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, a fait observer que malgré la violente répression par les forces de sécurité bélarussiennes et des milliers d'arrestations, les manifestants pacifiques continuent de contester en masse le résultat de l'élection présidentielle du mois dernier.  Les manifestations appellent à la fin de la violence policière et à la résolution de problèmes plus généraux liés aux droits de l'homme au Bélarus.

Les titulaires successifs du mandat de Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme au Bélarus ont constamment décrit un environnement profondément oppressif pour les droits de l'homme, poursuit la Haute-Commissaire dans sa déclaration.  C'est en réaction à la crise qui avait suivi l'élection présidentielle de décembre 2010 que le Conseil avait créé le mandat, rappelle-t-elle. 

Les autorités bélarussiennes poursuivent agressivement des procédures pénales et administratives à l’encontre des personnes perçues comme soutenant l'opposition : il s'agit notamment de membres du Conseil de coordination de l'opposition - tous ses dirigeants sauf un se trouvent actuellement en détention ou à l'étranger -, ainsi que de dirigeants ouvriers et d'autres manifestants.  Les personnes visées peuvent être accusées d'avoir participé à des «troubles de masse» ou à d'autres crimes passibles de lourdes peines de prison.

Les journalistes qui font des reportages sur les manifestations ont été arbitrairement arrêtés, maltraités, dépouillés de leur accréditation ou de leur équipement, et soumis à un harcèlement judiciaire, poursuit la Haute-Commissaire.  Depuis les élections [présidentielles] de cette année, les autorités ont également restreint à plusieurs reprises l'accès à Internet, ajoute-t-elle. 

Dans cette déclaration dont Mme Al-Nashif a donné lecture, la Haute-Commissaire aux droits de l’homme invite les autorités du Bélarus à faciliter la réalisation d'enquêtes indépendantes et impartiales sur les allégations de violations graves des droits de l'homme, en vue de garantir l’obligation redditionnelle et l'accès à un recours effectif pour les victimes.  Elle invite en outre instamment le Conseil à favoriser la recherche de solutions pour l'ensemble de la population et à empêcher que le cycle de violence ne s'aggrave encore. 

MME ANAÏS MARIN, Rapporteuse spéciale (des Nations unies) sur la situation des droits de l'homme au Bélarus, a relevé que si la situation au Bélarus était entachée de lacunes systémiques depuis plusieurs décennies, la crise actuelle révèle toute l'ampleur du problème : pendant tout le processus électoral, les autorités ont refusé aux citoyens bélarussiens leur droit légitime de participer à la vie publique. 

Les informations disponibles indiquent que le processus [électoral] a été grossièrement manipulé : le champ électoral avait été « nettoyé » au préalable pour empêcher trois des candidats les plus populaires de se présenter, a expliqué la Rapporteuse spéciale.  Cette opération a été suivie, au stade du décompte des voix, d’une fraude qui met en question la légitimité électorale du Président sortant, a-t-elle ajouté.  L'empressement de M. Loukachenko à rester au pouvoir après la fin de son mandat actuel semble être la principale cause de l'impasse politique actuelle, a-t-elle déclaré.  En outre, le Président et ses partisans refusent obstinément d'engager un dialogue avec l'opposition et la société civile, ce qui serait la seule façon de réconcilier la société bélarussienne avec son gouvernement. 

Selon tous les témoignages disponibles, le mouvement populaire déclenché par la prétendue victoire de M. Loukachenko est authentique, spontané et pacifique, a poursuivi Mme Marin.  Les Bélarussiens sont descendus massivement dans la rue dans tout le pays pour exprimer leur rejet des résultats officiels.  Comme lors de la précédente élection contestée, en décembre 2010, ils ont été violemment empêchés d'exercer leur droit de réunion pacifique, a regretté la Rapporteuse spéciale.  La réaction des forces de l'ordre a été à nouveau violente et disproportionnée.  Plus de dix mille personnes ont été abusivement arrêtées pour avoir participé à des manifestations pacifiques.  Les policiers font un usage excessif de la force pour arrêter sans discernement les manifestants, les journalistes, les passants, les femmes et même les enfants.  Certains ont été capturés de manière choquante dans la rue par des hommes masqués en civil. 

Durant la semaine du 10 août, des centaines de détenus ont été soumis à des conditions et à des traitements humiliants et dégradants, a ajouté la Rapporteuse spéciale.  Elle a indiqué avoir été informée d'allégations de viols, d'électrocutions et d'autres formes de torture physique et psychologique.  Les auteurs de ces actes semblent convaincus qu'ils ne seront pas poursuivis, en raison de l'anarchie et de l'impunité qui règnent.

La société bélarussienne a considérablement changé au cours des dernières années et elle a développé ces derniers mois une capacité de résilience civile et des moyens inventifs pour exiger le respect de ses droits fondamentaux.  Les Bélarussiens sont impatients de voir des changements démocratiques et d’y participer, afin de construire un pays meilleur pour eux et leurs enfants.  La seule solution est le dialogue, a conclu la Rapporteuse spéciale.

Mme Sviatlana Tsikhanouskaya, candidate de l’opposition aux élections présidentielles au Bélarus en 2020, a affirmé que la situation au Bélarus demande une attention internationale immédiate.  Certains manifestants sont décédés et de nombreux autres sont en prison, a-t-elle ajouté.  Même en comparaison de la longue liste de violations des droits de l’homme déjà à l’actif du Président Loukachenko, les événements d’aujourd’hui dans le pays sont sans commune mesure ; l’ampleur de la force utilisée par le « régime » est sans précédent, a affirmé Mme Tsikhanouskaya. 

Le Bélarus a une obligation vis-à-vis de la communauté internationale de respecter la dignité humaine et les droits humains fondamentaux et la communauté internationale a le droit de réagir le plus fermement possible lorsque ces droits ne sont pas respectés, a déclaré Mme Tsikhanouskaya, avant d’affirmer que la société civile est prête à négocier une solution pacifique à la crise.  Mme Tsikhanouskaya a demandé la libération immédiate de tous les détenus politiques, l’entrée et la libre circulation dans le pays du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Bélarus et la tenue d’élections libres. 

MME EKATERINA NOVIKAVA, manifestante bélarussienne, a témoigné d’événements survenus le soir du 10 août 2020 sur la place Myasnikov, à Minsk.  « J'ai rencontré des employés en uniforme noir, sans insigne.  (…) L'homme m'a attrapée par le cou et m'a traînée dans un bus civil, m'a pris mon téléphone.  Dans le bus, on (…) m'a ordonné de m'allonger sur le sol.  J'ai refusé.  Après cela, il m'a frappé plusieurs fois à l'arrière de la tête.  Puis, sous la menace de violence, il m'a forcée à déverrouiller mon téléphone et a pris toutes mes affaires.

J'ai demandé un protocole de détention, sur quoi l'homme qui m'a battu a ordonné aux officiers subalternes en uniforme noir de me frapper à nouveau à la tête.  (…) Pendant cinq heures, nous n'avons pas pu aller aux toilettes.  (…) Après minuit, (…) nous avons vu un véhicule militaire et des gens en gilet pare-balles, avec des armes.  (…) Le sang coulait sur l'herbe.  Des hommes ont été battus par des hommes en noir, des policiers anti-émeutes, des officiers en noir sans insigne avec un symbole triangulaire dans le dos et des numéros. 

(…) Dans une cellule de quatre lits, il y avait de 23 à 53 personnes.  On ne nous a pas donné de linge ni de produits d'hygiène, et on ne nous a pas donné d'eau potable.  On ne nous a pas fourni d'assistance médicale, bien que beaucoup l'aient demandée. 

(…) Le soir du 11 août, nous avons été invités à signer un protocole, qui disait que nous avions été détenus ailleurs et que nous avions participé à un rassemblement illégal.  (…) Nous n'avons pas été autorisés à lire les documents, ils nous ont ordonné de signer sans les lire, ils nous ont menacés d'une cellule de punition.  Les autorités ont légalisé le banditisme des forces de sécurité, nous privant ainsi de la possibilité de nous défendre par des moyens légaux.  »

Pays concerné

Le Bélarus a exprimé son désaccord quant à l’organisation de ce débat.  Elle a rejeté toute observation extérieure qui remette en question les résultats des élections présidentielles dans le pays.  Les États qui tentent de le faire font preuve d’ingérence, a déclaré la délégation du Bélarus, rappelant que la cour électorale du pays a avalisé les résultats de ces élections.  Il ne saurait être question de discuter les élections dans un pays au sein du Conseil des droits de l’homme, a-t-elle ajouté. 

Contrairement à ce qui a pu être dit, la situation ne s’aggrave pas suite aux élections au Bélarus, a poursuivi la délégation.  De telles accusations ne sont que des allégations qui ne sont pas étayées, a-t-elle insisté, dénonçant les médias et les réseaux sociaux qui, selon elle, ont présenté un tableau partial des élections.  C’est juste une minorité qui n’est pas d’accord avec les [résultats de ces] élections, a affirmé la délégation. 

Les événements après les élections ont montré une ingérence de l’extérieur pour organiser des actions de rue, a par ailleurs déclaré la délégation du Bélarus.  Elle a dénoncé dans ce contexte les violations de la loi sur les manifestations, expliquant qu’il n’y a pas eu d’interdiction du droit de manifester librement, mais que les manifestants ont violé la loi, raison pour laquelle certains ont été arrêtés.  Nombre de membres des forces de l’ordre ont été blessés grièvement, a ajouté la délégation.  Le Bélarus rejette les accusations d’agressions sexuelles contre les détenues ; il n’y a aucune plainte officielle dans ce domaine, a-t-elle d’autre part affirmé.

Malgré la poursuite des manifestations, la situation est contrôlée par le Gouvernement, sans recours excessif à la force, a poursuivi la délégation.  La sortie de la crise se fera par un large dialogue avec la population, a-t-elle déclaré.  Le Bélarus a tout ce qu’il faut pour un règlement autonome et pacifique des affrontements sociaux actuels, a conclu la délégation.

Débat

A l’origine de la convocation du présent débat urgent, l’Allemagne, au nom de l’Union européenne, s’est dite très préoccupée par la situation des droits de l’homme au Bélarus après des élections qui, selon elle, n’ont été « ni justes, ni libres » et dont les suites sont marquées par des violations des droits aux libertés d’expression et de réunion.  L’Union européenne est aussi préoccupée par les traitements inhumains et dégradants, voire les actes de torture, commis par les forces de l’ordre, ainsi que par les expulsions forcées de personnes hors du Bélarus. 

L’Union européenne demande la libération immédiate des personnes injustement privées de liberté et demande qu’une enquête indépendante soit menée sur tous ces faits, a indiqué l’Allemagne.

Plusieurs Ministres, en majorité Ministres des affaires étrangères, ont ensuite fait des déclarations.

M. JEPPE KOFOD, Ministère des affaires étrangères du Danemark, s’exprimant au nom des pays nordiques, a dénoncé la répression systématique exercée par les autorités bélarussiennes.  La population exige le respect des droits de l’homme.  Les dernières élections n’ont pas parmi à la population de décider librement de l’avenir du pays, a affirmé le Ministre.  Les autorités bélarussiennes bafouent la liberté de réunion et d’expression, a-t-il insisté.  Les pays nordiques sont préoccupés par les allégations crédibles d’actes généralisés de torture ou de traitement inhumains et dégradants, a ajouté le Ministre danois, avant de saluer la création d’une mission d’établissement des faits au Bélarus par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

M. Ivan KORČOK, Ministre des Affaires étrangères et européennes de la Slovaquie, a souligné que des élections démocratiques, justes et libres sont essentielles pour que le peuple ait confiance en son Gouvernement ; or, les élections au Bélarus étaient truquées, a-t-il affirmé.  Plusieurs milliers de manifestants ont été détenus parce qu’ils voulaient utiliser leur droit à la liberté d’expression.  La brutalité du régime ne fait qu’augmenter ; il faut que cela cesse immédiatement et éviter l’escalade, a conclu le Ministre. 

M. Zbigniew Rau, Ministre des affaires étrangères de la Pologne, a dénoncé la situation alarmante au Bélarus.  La Pologne n’a cessé de manifester son inquiétude face aux multiples violations des droits de l’homme au Bélarus et la situation aujourd’hui est alarmante, a-t-il déclaré.  La Pologne est préoccupée par les allégations de torture et de mauvais traitements, entre autres.  Le présent débat urgent est un signe clair que les pays doivent respecter leurs engagements en matière des droits de l’homme.  Les autorités bélarussiennes doivent nouer un dialogue inclusif avec la société et coopérer avec les mécanismes des droits de l’homme, a ajouté le Ministre. 

Pour M. STEPHANUS BLOK, Ministre des affaires étrangères des Pays-Bas, le message des manifestants pacifiques au Bélarus est clair : les autorités doivent entendre leur appel pour des élections libres.  Le Ministre néerlandais a condamné la violence exercée contre les manifestants et contre les membres du Conseil de coordination [créé par la candidate à la présidence Sviatlana Tsikhanouskaya lors des manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle de cette année].  La situation au Bélarus exige une réponse forte et crédible du Conseil, a souligné le Ministre.  La résolution présentée ce jour au Conseil des droits de l’homme demande pour cela aux autorités de mettre un terme à la violence et que soient menées des enquêtes pour que les auteurs de cette violence rendent compte de leurs actes.

M. DMYTRO KULEBA, Ministère des affaires étrangères de l’Ukraine, a dit avoir le cœur brisé par les violences subies par les Bélarussiens.  Les membres du Conseil des droits de l’homme sont engagés à défendre des droits fondamentaux comme le droit à vivre sans crainte, a-t-il souligné.  La répression et l’oppression alimentent la résistance, alors que l’aspiration du peuple bélarussien est légitime, a ajouté M. Kuleba.  Il a demandé que les autorités bélarussiennes libèrent les manifestants détenus.  La Haute-Commissaire et les procédures spéciales du Conseil doivent rester saisies de la situation sur le terrain, a recommandé le Ministre ukrainien.

M. Georg Georgiev, Ministre adjoint des affaires étrangères de la Bulgarie, a indiqué que son pays suit la situation au Bélarus de très près, avec une inquiétude qui ne fait que croître.  L’utilisation de la violence contre des manifestants pacifiques et la pression contre les médias sont inacceptables, a-t-il déclaré.  Des enquêtes complètes et transparentes doivent être ouvertes pour que les auteurs de violations des droits de l’homme rendent compte de leurs actes., a-t-il ajouté. 

Mme Wendy Morton, Ministre du voisinage européen et des Amériques du Royaume-Uni, a salué ce débat urgent qui permet d’attirer l’attention s’agissant du Bélarus et d’agir.  Le Royaume-Uni n’accepte pas les résultats des dernières élections présidentielles frauduleuses au Bélarus, a-t-elle indiqué.  Le Gouvernement bélarussiens doit respecter les droits fondamentaux.  Le Royaume-Uni demande des comptes aux autorités du Bélarus et double son soutien aux médias indépendants du pays, a ajouté Mme Morton.

M. URLMAS REINSALU, Ministre des affaires étrangères de l’Estonie, a condamné la répression à l’encontre des manifestants pacifiques au Bélarus.  La violence massive exercée par les autorités bélarussiennes est un crime contre les citoyens, a-t-il dénoncé.  Le Bélarus doit permettre au Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Bélarus d’accéder au pays. 

M. Edgars Rinkēvičs, Ministre des affaires étrangères de la Lettonie, a rappelé que le Bélarus est tenu de protéger les droits de ses citoyens.  Les autorités bélarussiennes doivent cesser l’emprisonnement des journalistes ainsi que les pressions à l’encontre de la société civile.  Les rapporteurs spéciaux pertinents doivent organiser des missions au Bélarus, a ajouté le Ministre letton, avant de demander à la Haute-Commissaire d’établir un rapport sur cette situation.

M. JEAN ASSELBORN, Ministre des affaires étrangères et européennes du Luxembourg, a déclaré que toute la lumière doit être faite sur les violations des droits de l’homme au Bélarus.  Le peuple du Bélarus mérite d’être protégé, a-t-il souligné.  Le Luxembourg a salué la proposition de résolution sur le Bélarus soumise aujourd’hui au Conseil.  Le Conseil doit faire entendre sa voix pour ceux qui s’engagent en faveur des droits humains au Bélarus, a insisté M. Asselborn.

M. Linas Linkevičius, Ministre des affaires étrangères de la Lituanie, a dénoncé la torture institutionnalisée au Bélarus.  La torture généralisée et les meurtres dans ce pays doivent cesser et faire l’objet d’enquêtes impartiales, a-t-il insisté.  Les policiers qui ont humilié les manifestants doivent être traduits en justice.  Une enquête internationale doit être menée pour enquêter sur les violations des droits de l’homme au Bélarus. 

M. BOGDAN AURESCU, Ministre des affaires étrangères de la Roumanie, a salué le courage dont fait preuve le peuple du Bélarus pour demander que soient respectés ses droits civils et politiques.  La Roumanie a apporté une contribution pour soutenir la société civile et les journalistes indépendants au Bélarus.  Les autorités bélarussiennes doivent permettre des enquêtes transparentes et impartiales sur toutes les violations des droits de l’homme commises dans le pays et apporter réparation aux victimes. 

M. SIMON COVENEY, Ministre des affaires étrangères de l’Irlande, a dénoncé le mépris total des autorités du Bélarus envers les principes de la Charte des Nations Unies et les droits de l’homme.  Les restrictions aux libertés d’association et de réunion au Bélarus sont inacceptables, a-t-il déclaré.  Les autorités bélarussiennes doivent permettre l’inclusion des femmes dans les négociations futures, a-t-il ajouté. 

De nombreuses délégations ont ensuite pris la parole.

Un grand nombre de délégations se sont félicitées de l’organisation de ce débat urgent en raison des graves violations des droits de l’homme à l’encontre de la société civile du Bélarus depuis les élections présidentielles.  Les délégations se sont dites alarmées par la situation après les élections au Bélarus, en particulier par le recours excessif à la violence par les forces de l'ordre contre des manifestants pacifiques, y compris des mineurs et des journalistes, ainsi que par les limitations drastiques imposées aux activités de la société civile et à la liberté des médias.  Ont aussi été mentionnés des détentions arbitraires, des traitements cruels, inhumains et dégradants, ou encore des menaces à l’encontre de la presse.  Nombre de délégations ont appelé les autorités du Bélarus à assurer la sécurité des journalistes et à respecter la liberté d’expression. 

Le Gouvernement bélarussien, a-t-il été souligné, ne doit pas bloquer ou entraver la connectivité à Internet, car les fermetures d’Internet portent atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales, notamment aux droits de réunion pacifique et aux libertés d'association et d'expression, qui constituent le fondement d'une société démocratique. 

Les autorités bélarussiennes ont aussi été appelées à respecter leurs obligations internationales en matière de droits de l'homme, notamment en vertu des articles 19 (lequel stipule que nul ne peut être inquiété pour ses opinions) et 21 (qui reconnaît le droit de réunion pacifique) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ; elles ont en outre été appelées à respecter l'espace civique, les droits de l'homme et les libertés fondamentales, la démocratie et l'état de droit.

Plusieurs intervenants ont demandé que des enquêtes indépendantes soient menées sur toutes les allégations de violations des droits de l'homme suite à l’élection présidentielle de cette année et que les auteurs de ces violations soient traduits en justice.  Le refus des autorités bélarussiennes de donner suite aux plaintes déposées par des victimes de violence a été dénoncé à plusieurs reprises.

A aussi été mentionné le rôle central joué par les femmes dans la demande visant à ce que l’obligation de rendre des comptes prévale au Bélarus.  De nombreuses délégations ont plaidé pour la tenue d’un dialogue inclusif au niveau national pour sortir de la crise.  Les autorités du Bélarus ont été appelées à coopérer avec les mécanismes des droits de l’homme et plus particulièrement avec la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme au Bélarus.

Des organisations non gouvernementales (ONG) ont alerté le Conseil au sujet de la poursuite au Bélarus des représailles, des arrestations à caractère politique, des violences policières et des cas de torture contre des manifestants, ainsi qu’au sujet des restrictions imposées aux activités de la société civile.  Elles ont appelé à la libération des personnes détenues illégalement.  La Haute-Commissaire aux droits de l’homme a été priée d’établir les circonstances de toutes ces exactions pour contribuer à ce que justice soit rendue.

Pour leur part, un certain nombre d’autres délégations ont jugé ce débat urgent superflu, estimant que la situation au Bélarus ne devrait pas faire l’objet d’ingérence extérieure et affirmant que le peuple bélarussien pouvait prendre seul les décisions relatives à son environnement politique.  Ces délégations ont dit craindre que le présent débat ne déstabilise le pays.  Elles ont apporté leur soutien au Président Loukachenko – lequel, a relevé une délégation, a assuré qu’il allait mettre en place des transformations politiques dans le cadre d’un dialogue national pour aboutir à la pacification du pays. 

Une délégation a déclaré que le rôle du Conseil ne saurait être de s’exprimer sur les résultats d’élections, ni d’exercer des pressions politiques sur des pays.  Le programme des droits de l’homme doit éviter toute politisation et tenir compte des spécificités de chaque pays, a-t-il été ajouté.  Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a été appelé à prodiguer son assistance au Bélarus dans un esprit de coopération.

*Ont participé au débat : Allemagne (au nom de l’Union européenne), Canada (au nom d’un groupe de pays), Australie, Autriche, Venezuela, Îles Marshall, Espagne, Allemagne, Mexique, Uruguay, République tchèque, Brésil, Pérou, Indonésie, Japon, Italie, Philippines, ONU-Femmes, Finlande, Slovénie, Liechtenstein, Canada, Fédération de Russie, Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Belgique, Cuba, Nicaragua, Chine, Bélarus, Suède, Suisse, Albanie, Égypte, Iran, Turquie, République populaire démocratique de Corée, Islande, Norvège, République démocratique populaire lao, République de Moldova, Myanmar, Portugal, Nouvelle-Zélande, Tadjikistan, Grèce, Cambodge, Croatie, Iraq, Syrie, Azerbaïdjan, Équateur, Malte, Saint-Siège, Burundi, Kazakhstan, Fédération internationale des ligues de droits de l’homme, Commission internationale de juristes, Human Rights Watch, Fondation de la Maison des droits de l'homme, UN Watch, Organisation mondiale contre la torture, Article 19,  Amnesty International et Civicus.

 

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Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

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