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RCA : Les violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire doivent être sanctionnées pour prévenir la violence et les conflits en cours

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GENÈVE (15 janvier 2021) - Un expert des Nations unies a déclaré aujourd'hui que l'impunité continuera d'alimenter la violence et le conflit en République Centrafricaine si les auteurs, coauteurs et complices de violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire ne sont pas arrêtés, poursuivis et jugés.

Yao Agbetse, l'expert indépendant sur la situation des droits de l'homme en RCA, a déclaré que la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) avait fait obstruction à la campagne électorale dans le pays en décembre, empêché le déploiement du matériel électoral, perturbé la mobilisation des électeurs pour exercer leur droit démocratique et incendié des bureaux de vote.

"Je déplore le fait que des milliers de centrafricains n'aient pas pu exercer leur droit de vote et que beaucoup aient été victimes de torture ou de mauvais traitements et de menaces de mort pour avoir exercé leur droit de vote au premier tour des élections le 27 décembre 2020", a déclaré l'expert. "Le CPC a attaqué plusieurs localités, dont Kaga Bandoro, Bossangoa, Batangafo, Bozoum, Bocaranga, Koui, Carnot, et d'autres localités du centre, de l'ouest et de l'est du pays.  La capitale Bangui a également été attaquée le 13 janvier".

L'expert indépendant a déclaré qu'il condamnait les pertes en vies humaines parmi la population civile et les soldats de la paix de la MINUSCA de l'ONU, et a déploré les nombreuses victimes.

"Le recrutement et l'utilisation d'enfants par le CPC est un crime en vertu du droit international. Des milliers de civils ont été contraints de fuir leurs maisons dans la brousse, tandis que des milliers d'autres ont fui les violences pour se réfugier dans les pays voisins. La population vit dans la peur et l'effroi", a-t-il déclaré.

La situation humanitaire déjà fragile s'est encore détériorée, plus de la moitié de la population ayant un besoin vital d'aide humanitaire. Les locaux de certaines organisations humanitaires ont été saccagés dans le but de priver la population de l'aide humanitaire.

"Les produits de première nécessité se raréfient et leurs prix s'envolent à Bangui en raison de l'insécurité des voies d'approvisionnement vers la capitale, ce qui a un impact considérable sur les moyens de subsistance de la population. Les écoles et les centres de formation sont fermés dans l'arrière-pays et les éleveurs et les agriculteurs ne peuvent plus exercer leurs activités en raison de l'insécurité et de la peur. En fin de compte, l'insécurité alimentaire et l'extrême pauvreté risquent de s'aggraver", a déclaré Mr. Agbetse.

L'expert indépendant a déclaré que les groupes armés et leurs partisans n'échapperont pas à la justice et seront tenus responsables devant les tribunaux centrafricains et internationaux.

"J'exhorte la MINUSCA, le Tribunal pénal spécial (CPS) et la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter rapidement sur les graves violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire commises par le CPS et d'autres groupes armés".

L'expert indépendant a condamné le soutien de l'ancien président François Bozizé au CPC et a déploré le fait qu'un ancien chef d'État ait incité à la violence, entravé le processus électoral et mis en danger la vie de civils.

"J'appelle le Conseil de sécurité, y compris le Comité des sanctions de la RCA, qui a inscrit des individus sur sa liste de sanctions, dont François Bozizé et Nourredine Adam en 2014, Abdoulaye Hissène en 2017, Martin Koumtamadji [alias Abdoulaye Miskine] et Bi Sidi Souleman [alias Sidiki] en 2020, à contribuer à la lutte contre l'impunité en RCA en tirant les conséquences des récents événements dans lesquels certains de ces individus sont à nouveau impliqués.

"Sans un message fort combiné à des actions dissuasives, y compris la coercition le cas échéant, le pire pourrait arriver : l'implosion du pays et des violations et abus massifs des droits de l'homme et du droit international humanitaire", a déclaré l'expert. 
  
Il a exhorté la communauté internationale, y compris les pays voisins, à tout mettre en œuvre pour sevrer les groupes armés de toute fourniture d'armes, de logistique ou de soutien technique militaire et a appelé le Gouvernement de la RCA et l'ensemble de la classe politique à donner la priorité à un dialogue politique inclusif pour promouvoir la paix et la stabilité dans le pays.

L'Expert indépendant rappelle la responsabilité des autorités centrafricaines, avec l'appui de la MINUSCA et de ses partenaires, de protéger sa population, y compris les populations déplacées à l'intérieur du pays, tout en soulignant que les forces de défense et de sécurité doivent continuer à remplir leurs missions régaliennes dans le respect des droits de l'homme et du droit international humanitaire.

FIN

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Page du HCDH sur le pays : République centrafricaine

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