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Vingt-huitième session du Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine

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La justice environnementale, la crise climatique et les personnes d’ascendance africaine

Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Le 24 mars 2021

Mesdames et Messieurs les membres du Groupe de travail,
Excellences,
Chers collègues,

Ce débat lancé par le Groupe de travail est une occasion importante et idéale de concevoir des orientations sur les moyens de répondre efficacement à l’injustice environnementale, aux disparités raciales, aux inégalités en matière de protection et à l’impact unique de la crise climatique et du racisme environnemental sur les personnes d’ascendance africaine. J’attends avec impatience vos conclusions et recommandations à ce sujet.

Je tiens à remercier le Groupe de travail pour avoir suivi et documenté la situation des droits de l’homme des personnes d’ascendance africaine, pour les recommandations de ses experts par thème et par pays, ainsi que pour ses activités de plaidoyer efficaces.

Les directives opérationnelles du Groupe de travail sur l’inclusion des personnes d’ascendance africaine dans le Programme 2030 comprennent une approche des programmes de développement fondée sur les droits de l’homme qui ne laissera personne de côté.

Le meurtre de George Floyd en mai dernier a déclenché un mouvement mondial contre la brutalité et l’injustice raciale systémique dont sont victimes les personnes d’ascendance africaine à travers le monde.

Alimenté également par les impacts disproportionnés de la COVID-19 sur les personnes d’ascendance africaine, ce mouvement de protestation s’est accompagné d’un débat mondial d’une ampleur inhabituelle questionnant dans quelle mesure le racisme, et en particulier le racisme anti-Noirs, imprègne les structures sociales, économiques et de gouvernance.

La crise climatique a également des répercussions immenses et disproportionnées sur les droits des personnes d’ascendance africaine à la vie, à la santé, au logement, à l’alimentation, à l’éducation et aux moyens de subsistance, comme l’a souligné ce Groupe de travail. Ces répercussions sont liées au racisme historique et structurel, qui a poussé les communautés d’ascendance africaine dans des situations de marginalisation et de pauvreté.

À cause d’une discrimination raciale ancrée depuis des générations, de nombreuses personnes d’ascendance africaine, comme d’autres peuples et communautés victimes de discrimination, sont contraintes de vivre dans des zones menacées par la dégradation de l’environnement, où leur droit à un environnement sûr, propre, sain et durable n’est souvent pas respecté. L’implantation de décharges, de centres de stockage de déchets toxiques, d’usines et de centrales électriques, de même que l’application inadéquate des réglementations environnementales sont monnaie courante dans les communautés comptant une forte population d’ascendance africaine. Ces personnes sont alors souvent confrontées à des taux élevés d’asthme, de cancer et d’autres maladies liées à l’environnement, ainsi qu’à des effets moins visibles et à plus long terme.

Les impacts négatifs des changements climatiques affectent tout particulièrement les personnes qui vivent dans les situations les plus désavantageuses, que ces situations soient géographiques ou professionnelles, dans le cas des emplois en marge de l’économie formelle. Les personnes d’ascendance africaine, comme d’autres peuples et communautés, sont souvent victimes de violations des droits de l’homme par les industries extractives et d’autres secteurs commerciaux.

Le racisme environnemental constitue une menace grave et disproportionnée pour la jouissance de nombreux droits de l’homme, dont le droit à la vie, le droit à la santé, le droit à un niveau de vie suffisant et les droits culturels.

Dans de nombreuses régions du monde, les personnes d’ascendance africaine qui cherchent à défendre leurs droits de l’homme liés à l’environnement sont confrontées à des violences, des menaces et des intimidations inacceptables. Dans certains cas, les intérêts économiques peuvent engendrer des attaques, lorsque les activités commerciales sont privilégiées au détriment des intérêts des travailleurs locaux. Les attentes envers les entreprises sont claires : conformément aux Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, les entreprises doivent se garder de porter atteinte aux droits d’autrui. En outre, ces dernières doivent faire appel à l’expertise des défenseurs des droits de l’homme dans le cadre de leur processus de diligence raisonnable en matière de droits de l’homme, car ces défenseurs jouent un rôle déterminant en tant que mécanismes de suivi, militants et porte-paroles des parties prenantes concernées.

Chers experts,

Le travail de relèvement suite à la COVID-19 – que chaque État sera amené à faire – est l’occasion de construire de nouveaux systèmes plus équitables et plus résilients, dans un monde plus propre, plus respectueux de l’environnement et plus sûr.

Cela nécessitera une approche fondée sur les droits de l’homme favorisant la participation significative de tous, y compris de ceux les plus à risque. Les personnes d’ascendance africaine doivent faire partie de la solution climatique.

Les organisateurs de la COP26, la prochaine Conférence sur le climat à Glasgow, se sont engagés à faire de cette Conférence « la plus inclusive jamais organisée ». Il est important que les acteurs de l’ONU et les États se joignent à la société civile pour les aider à tenir cette promesse. Il est essentiel de garantir l’inclusion – et de reconnaître le leadership – des personnes d’ascendance africaine dans la prise de décision à tous les stades de l’action environnementale.

Nous devons nous pencher sur les manières dont le racisme systémique et historique, ainsi que les systèmes de discrimination multiples et croisés, ont affecté de façon disproportionnée les personnes d’ascendance africaine.

Nous devons notamment orienter le financement des stratégies d’adaptation aux changements climatiques et d’atténuation de leurs effets vers les communautés qui ont historiquement été victimes de discrimination. Cela implique d’analyser les impacts raciaux dans nos efforts de diligence raisonnable en matière de droits de l’homme pour toute action climatique et environnementale. Cela implique de faire respecter le principe de responsabilité pour les violations des droits de l’homme et les dommages causés à l’environnement, ainsi que d’exiger des réparations. Cela implique de veiller à ce que les personnes d’ascendance africaine soient consultées et puissent tirer parti des bénéfices liés à l’utilisation des terres. Et cela implique de véritablement prendre en compte les pertes et les dommages liés aux changements climatiques subis par les communautés marginalisées.

La semaine dernière, j’ai rappelé au Conseil que pour mettre fin à l’injustice raciale au sein des forces de l’ordre et dans tous les domaines de la vie, nous devons nous attaquer aux séquelles de l’esclavage et du colonialisme.

Nous devons nous attaquer aux causes profondes du problème actuel : la discrimination raciale systémique.

Cette année marque le vingtième anniversaire de la Conférence mondiale de Durban contre le racisme, durant laquelle les États ont reconnu que l’esclavage et la traite des esclaves constituaient un crime contre l’humanité. Et une source de racisme aujourd’hui.

Il est temps de tenir les promesses faites en matière de justice raciale.

À l’instar du vingtième anniversaire de la Conférence de Durban, l’examen à mi-parcours de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine de cette année est une occasion importante pour les États de renouveler leur engagement en faveur d’une action qui s’attaque aux causes profondes et aux manifestations actuelles du racisme, y compris du racisme environnemental.

En tant que coordinatrice de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, je tiens à souligner qu’il est nécessaire de conclure des négociations pour établir l’Instance permanente pour les personnes d’ascendance africaine et élaborer une déclaration des Nations Unies sur la promotion et le plein respect des droits de l’homme des personnes d’ascendance africaine, en collaborant étroitement avec ces dernières.

Le HCDH est profondément engagé à mettre fin à la discrimination raciale à l’encontre des personnes d’ascendance africaine, sous toutes ses formes, et à promouvoir la réalisation de leurs droits de l’homme. Nous continuerons de travailler avec les États Membres, les personnes d’ascendance africaine, la société civile, les institutions nationales des droits de l’homme les organismes chargés de promouvoir l’égalité afin de mettre en œuvre les normes internationales relatives aux droits de l’homme et vos recommandations, entre autres. Vous pouvez compter sur mon soutien inconditionnel.

Je vous souhaite une session fructueuse.

Merci.