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Suisse: Deux jeunes filles enlevées et détenues dans un camp sordide en Syrie doivent être rapatriées chez elles - experts de l'ONU

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GENÈVE (21 avril 2021) - Un groupe d’experts indépendants des droits de l'homme de l'ONU* enjoint aujourd'hui la Suisse à rapatrier deux sœurs, âgées de 9 et 14 ans, qui sont détenues dans un camp sordide du nord-est de la Syrie après avoir été prétendument enlevées par leur mère il y a cinq ans, lorsque celle-ci est allée rejoindre les combattants de l'État islamique.

Les deux pères des filles, qui habitent à Genève, ont demandé au gouvernement suisse de prendre les mesures nécessaires pour rapatrier leurs filles qui auraient été emmenées par leur mère, ostensiblement pour des vacances en août 2016, mais se sont retrouvées en Syrie.

« Les enfants ne devraient pas avoir à supporter le terrible fardeau d'être simplement nés d'individus prétendument liés ou associés à des groupes terroristes désignés » ont déclaré les experts.

« Privées de liberté depuis plusieurs années déjà dans le camp d'Al-Hol puis dans celui de Roj, privées de leur droit de retourner en Suisse et d'être réunies avec leur familles, la détention de ces deux enfants les expose de plus en plus à toutes sortes d'abus. »

La situation médicale des demi-sœurs est très préoccupante, selon les experts. L'aînée souffre d'anémie et aurait été gravement blessée à la jambe par un éclat d'obus. Elle aurait subi trois opérations. La cadette serait également en mauvaise santé. Il est fort à craindre qu’elles ne bénéficient pas de soins médicaux adéquats, notamment des services de santé spécifiques et des appareils orthopédiques pour l’aînée.

Les experts ont exprimé leur profonde inquiétude quant à la situation humanitaire de ces deux jeunes filles dont la vulnérabilité est exacerbée par l'environnement complexe et incertain, ainsi que par les conditions de fortune, sordides et précaires des camps du nord-est de la Syrie.

Les enfants détenus pour association avec des groupes armés doivent être reconnus comme des victimes de violations graves des droits de l'homme et du droit humanitaire ; leur réhabilitation et leur réintégration et, si possible, la réunification familiale doivent toujours être une priorité, ont-ils déclaré. 

La mère des filles a été arrêtée par les Forces démocratiques syriennes et transférée, avec ses filles, dans le camp de Roj à l'été 2019, où elles seraient encore détenues aujourd'hui.

« La détention de ces deux jeunes suissesses dans ces conditions est contraire à leur intérêt supérieur et contrevient aux conventions internationales relatives aux droits de l'homme auxquelles la Suisse est partie », ont déclaré les experts. « A cet égard, la position de la Suisse de ne pas intervenir activement pour rapatrier la mère des deux enfants ne devrait pas être une raison pour laisser les deux filles dans une situation aussi pénible que celle dans laquelle elles sont détenues actuellement. »

Les autorités suisses ont le devoir d'assurer une protection efficace de leurs ressortissants à l'étranger, en particulier de ceux qui se trouvent en situation de vulnérabilité, y compris les enfants, et dans ce cas en particulier des filles, lorsqu'ils risquent de subir de graves violations des droits de l'homme ou des abus, ont-ils déclaré.

Plusieurs milliers d’enfants vivent dans les camps du nord-est de la Syrie dans une situation similaire à celle de ces deux jeunes filles. « Le retour des enfants dans leur pays d'origine est un impératif humanitaire et une obligation en matière de droits de l'homme. Le rapatriement de ces deux enfants ne devrait pas être retardé davantage », ont déclaré les experts.
FIN
* Les experts : Fionnuala Ní Aoláin, Special Rapporteur on the promotion and protection of human rights while countering terrorismSiobhán Mullally, Special Rapporteur on trafficking in persons, especially women and children, Morris Tidball-Binz, Special Rapporteur on extrajudicial, summary or arbitrary executions; Nils Melzer, Special Rapporteur on torture and other cruel, inhuman or degrading treatment or punishment; Fernand de Varennes, Special Rapporteur on minority issues; Michael Fakhri, Special Rapporteur on Right to Food; Leigh Toomey (Chair-Rapporteur), Elina Steinerte (Vice-Chair), Miriam Estrada-Castillo, Mumba Malila and Seong-Phil Hong, Working Group on Arbitrary Detention; Elizabeth Broderick (Chair), Melissa Upreti (Vice Chair), Dorothy Estrada-Tanck, Ivana Radačić, and Meskerem Geset Techane, Working Group on discrimination against women and girls; Balakrishnan Rajagopal, Special Rapporteur on adequate housing as a component of the right to an adequate standard of living, and on the right to non-discrimination in this context; Pedro Arrojo-Agudo, Special Rapporteur on the human rights to safe drinking water and sanitation; Dubravka Simonovic, Special Rapporteur on violence against women, its causes and consequences;and Tlaleng Mofokeng,Special Rapporteur on the right of everyone to the enjoyment of the highest attainable standard of physical and mental health.

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