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Lancement virtuel du rapport "Advancing Justice for Children: innovations to strengthen accountability for violations and crimes affecting children in conflict" de Save the Children et de la Blavatnik School of Government de l’Université d’Oxford

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Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Le 19 mai 2021

Excellences,
Chers intervenants,
Chers collègues,

Je suis heureuse de me joindre à vous aujourd’hui.

Cet important rapport de Save the Children et de la Blavatnik School of Government de l’Université d’Oxford attire l’attention sur la grave réalité à laquelle sont confrontés des millions d’enfants dans des situations de conflit à travers le monde.

Malgré tous les engagements pris et les lois conçues à l’échelle internationale pour leur protection et leur accès à la justice, la réalité sur le terrain est dure : nous manquons à notre devoir envers eux, du Yémen à la Syrie, au Myanmar et au-delà, dans une longue liste de conflits qui se prolongent de plus en plus.

Bon nombre d’entre eux ne connaissent dans leur vie que des conflits et des crises qui leur ont fait perdre tout espoir en leur avenir.

À l’heure actuelle, un enfant sur cinq dans le monde vit dans une zone affectée par un conflit armé. La pandémie de COVID-19 a rendu ces enfants et bien d’autres encore plus vulnérables. Les mesures restrictives ont souvent affecté l’accès à l’aide humanitaire et la fermeture des écoles a accru le risque de recrutement par les forces armées.

Comme la Déclaration des droits de l’enfant le stipule, les enfants ont besoin « d’une protection spéciale et de soins spéciaux ». Les préjudices qu’ils subissent ont un impact extrêmement profond et durable ; sans une protection et un engagement forts en faveur des enfants, nous compromettons leur avenir ainsi que celui de l’ensemble de la société.

Cependant, selon la Représentante spéciale du Secrétaire général pour la question des enfants et des conflits armés, les crimes et les violations des droits de l’homme commis à l’encontre des enfants sont en augmentation. Cela inclut les violences sexuelles, les enlèvements et les attaques contre les écoles et les hôpitaux, ce qui est particulièrement choquant compte tenu de la pandémie actuelle.

Il est essentiel que les enfants ne soient plus relégués au second plan dans les crises et les conflits ni exclus des processus d’établissement des responsabilités.

Et ils ne doivent pas être considérés comme formant un groupe homogène face à la quête de justice.

Il est essentiel de comprendre l’étendue de leurs expériences pour mieux comprendre pourquoi ils sont ciblés. Les enfants déjà marginalisés – à cause de leur origine ethnique, religieuse ou nationale, de leur handicap, de leur statut migratoire ou pour toute autre raison – sont généralement les plus menacés. Les filles en particulier paient le prix fort.

Chers collègues,

Nous savons tous que la meilleure façon de protéger les enfants est d’empêcher que des conflits et des crises ne se produisent. Nous disposons pour cela d’une série d’outils fondés sur les droits de l’homme, comme notre feuille de route pour le développement durable, le Programme 2030.

Nous savons également qu’en cas de préjudices, le principe de responsabilité et l’accès à la justice, notamment les voies de recours et les réparations, font partie des principaux moyens dont disposent les enfants pour commencer à se remettre de leurs traumatismes et de leurs souffrances.

La Convention relative aux droits de l’enfant exprime des engagements forts visant à faire respecter les droits de chaque enfant, partout.

Pourtant, encore et encore, les promesses faites aux enfants sont rompues et leurs vies sont brisées.

Le rapport publié aujourd’hui nous montre les lacunes qui existent en matière de protection et de responsabilité et les mesures que nous pouvons prendre pour rendre justice aux enfants.

Nous devons intensifier nos bonnes pratiques, les appliquer de manière plus systématique et les adapter à différents contextes.

Le Haut-Commissariat s’engage à soutenir des enquêtes et à recueillir des informations de manière plus systématique sur les violations et les crimes touchant les enfants, notamment par le biais de commissions d’enquête, d’autres missions d’établissement des faits et des mécanismes des droits de l’homme.

En outre, le rapport souligne qu’il est nécessaire d’exiger et d’intégrer de manière plus systématique des compétences en matière de justice pour enfants dans les commissions d’enquête et les missions d’établissement des faits.

La commission d’enquête sur la Syrie, par exemple, a montré l’importance d’une telle démarche.

Son rapport axé sur les enfants attire l’attention sur le fait que la fin de l’impunité pour les violations commises à l’encontre des enfants, notamment à travers la responsabilité et la justice, est une composante essentielle d’une paix durable. Il souligne également que tout processus visant à instaurer une paix durable devrait inclure une approche centrée sur l’enfant.

Chers collègues,

La justice a un fort pouvoir de dissuasion.

Nous devons de toute urgence travailler ensemble et combler les lacunes qui subsistent dans notre dispositif de responsabilité à l’échelle internationale.

La protection des droits et du bien-être des enfants n’est pas seulement une obligation en vertu du droit international ; elle est le reflet de la condition humaine.

Il est totalement inacceptable que les enfants continuent d’être les victimes invisibles des violations massives des droits de l’homme. Et que leurs auteurs continuent d’agir en toute impunité.

Ce n’est pas le moment de relâcher nos efforts.

Nous devons tous défendre les droits de l’homme, y compris ceux des enfants. Les lois, les traités et les institutions judiciaires internationaux ont besoin de puissants défenseurs et d’un soutien toujours plus fort.

Nous devons nous servir de leurs accomplissements pour définir de nouveaux moyens de protéger et de garantir la justice pour tous les enfants, partout dans le monde.

Merci.