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Michelle Bachelet demande que les soins de santé mentale reposent sur les droits de l’homme

Consultation intersessions du Conseil des droits de l’homme sur la santé mentale et les droits de l’homme

Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme


Le 15 novembre 2021

Excellences,
Chers participants,

C’est un réel honneur pour moi d’ouvrir la séance d’aujourd’hui.

Alors que nous continuons à faire face à la COVID-19, la santé mentale apparaît enfin comme une priorité mondiale.

Comme cela aurait dû être le cas dès le début.

La pandémie a eu un impact majeur sur la santé mentale et le bien-être de toutes les sociétés. Comme ce fut le cas pour d’autres groupes en situation de vulnérabilité, la COVID-19 a eu un impact disproportionné sur les personnes ayant des problèmes de santé mentale ou un handicap psychosocial.

Les personnes vivant en institution ont été confrontées à une aggravation de leurs conditions et à un risque accru de contagion, de confinement, de surmédicalisation, d’isolement, voire de décès.

Les quelques services communautaires de santé mentale qui existaient dans certains pays ont souvent été interrompus et ont souffert de coupes budgétaires.  

La pandémie a creusé les écarts qui existaient déjà en matière de soutien psychosocial. Ils sont devenus plus évidents. Tout comme l’est à présent l’urgence pour nous, en tant que communauté mondiale, de « promouvoir une nouvelle approche de la santé mentale et d’adopter, d’appliquer, d’actualiser, de renforcer ou de suivre l’application de toutes les lois, politiques et pratiques existantes, selon qu’il convient ».

C’est ce que la résolution 43/13 de ce Conseil nous demande de faire.

Les systèmes de santé mentale existants sont encore souvent incapables de répondre aux besoins de ceux qui demandent de l’aide.

Soit parce que de nombreuses personnes ayant un handicap psychosocial et des problèmes de santé mentale n’ont toujours pas accès à des services d’aide fondés sur le rétablissement, soit parce qu’elles se retrouvent dans un cercle vicieux de violence lorsqu’elles interagissent avec eux.

Selon certaines estimations par exemple, plus de 10 % des personnes ont un problème de santé mentale à un moment donné de leur vie. La couverture du traitement est d’une faiblesse inacceptable, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Historiquement, les personnes ayant un handicap psychosocial et des problèmes de santé mentale ont été considérées à tort comme dangereuses pour elles-mêmes et pour autrui. Elles sont encore souvent placées en institution, parfois à vie, criminalisées et incarcérées en raison de leur état.

Demanderiez-vous de l’aide pour votre santé mentale auprès d’un système qui vous empêche de choisir et de prendre des décisions qui vous concernent, qui vous enferme et vous interdit d’avoir des contacts avec vos amis et votre famille ? Si vous arriviez à surmonter ces obstacles, pourriez-vous revenir à ce système ?

Prenons deux cas de figure.

Si une personne en détresse émotionnelle subit des violences alors qu’elle cherche à obtenir des soins de santé, il est évident qu’elle ne voudra plus jamais faire appel à un tel service. Le manque récurrent de soutien augmente le risque d’exclusion, de sans-abrisme et de nouvelles violences.

D’un autre côté, que se passe-t-il lorsqu’une personne est traitée avec dignité et que ses droits sont respectés par le système de santé mentale ? Lorsque les professionnels concernés comprennent que les identités croisées de ces personnes ont un impact sur la façon dont elles ont accès au système et l’utilisent ? Un système qui non seulement donnera à chaque individu les moyens d’être responsable de son propre rétablissement, mais qui le soutiendra dans son parcours de santé et de bien-être ?

Un tel système repose sur les droits de l’homme.

Il s’agit d’une approche qui favorise la confiance, aide à se rétablir et offre aux bénéficiaires et aux professionnels un cadre dans lequel leur dignité et leurs droits sont reconnus et respectés.

Conformément à la Convention relative aux droits des personnes handicapées, il est urgent d’abandonner le placement en institution au profit de l’inclusion et du droit à une vie indépendante dans la communauté.

Il faut pour cela investir davantage dans les services d’aide communautaires qui répondent aux besoins de la population. 

Les gouvernements doivent également accroître leurs investissements pour combler les lacunes en matière de droits de l’homme qui peuvent entraîner une mauvaise santé mentale, comme la violence, la discrimination et l’accès insuffisant à la nourriture, à l’eau et à l’assainissement, à la protection sociale et à l’éducation.  

Excellences,

La consultation d’aujourd’hui est l’occasion de partager des expériences positives en matière de promotion et de protection des droits des personnes ayant des problèmes de santé mentale ou un handicap psychosocial grâce aux lois et aux politiques publiques. 

Les droits de l’homme et les principes généraux consacrés par la Convention relative aux droits des personnes handicapées nous guideront tout au long de ce parcours.

Je me réjouis de l’engagement pris par les gouvernements lors de la dernière Assemblée mondiale de la Santé de mettre en place des services de santé mentale de qualité à tous les niveaux. Il est également encourageant d’entendre que certains pays ont trouvé de nouveaux moyens de fournir des soins de santé mentale, notamment en réformant leur législation et leurs politiques pour proposer des solutions davantage fondées sur les droits.

Je suis particulièrement heureuse de constater que l’initiative QualityRights de l’OMS, une approche des soins de santé mentale fondée sur les droits et axée sur le rétablissement, est de plus en plus mise en œuvre, de même que les orientations de l’organisation sur les services communautaires de santé mentale.

Le HCDH se réjouit de renforcer encore sa collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé et d’autres partenaires pour promouvoir cette approche fondée sur les droits de l’homme.

Chers amis,

Nous avons à portée de main une occasion unique : celle de sortir plus forts de la pandémie.

Pour cela, il est clair que les pays doivent accorder une plus grande priorité à la santé mentale.

Cela signifie qu’il faut investir davantage pour transformer les systèmes d’aide et de soins et les rendre pleinement conformes aux droits de l’homme.

La réalisation du droit à la santé, notamment à la santé mentale, peut renforcer et restaurer la dignité de l’individu et contribuer à des sociétés plus tolérantes, pacifiques et justes.

Dans cette optique, je vous souhaite une discussion fructueuse et constructive.