Quand le sport devient un terrain dangereux pour les enfants


Le Forum Sporting Chance 2019, qui se tient cette semaine à Genève (Suisse), sera l'occasion d'aborder de nombreuses questions relatives aux droits de l'homme, dont la situation actuelle des droits de l'enfant dans le monde du sport.

 Des garçons jouent au football au Burundi, 2019 © UNICEF En préparation de ce Forum, Maud de Boer-Buquicchio, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la vente et l'exploitation sexuelle d'enfants, a publié une version adaptée de son rapport de 2018 intitulée Playing it Safe* (jouer la sécurité).

« Depuis leur plus jeune âge, les enfants envahissent les terrains de jeu, plongent dans des piscines, roulent sur des tapis de sol, courent sur des pistes... en quête d'amusement, d'exercice, de camaraderie et d'esprit d'équipe », a expliqué Maud de Boer-Buquicchio. « Que les enfants rêvent d'exploits qui changeront leur vie ou cherchent seulement à profiter des joies que peut leur apporter la pratique d'un sport, la vie d'un enfant est changée à jamais si cet enfant est victime d'abus sexuels ou d'exploitation. Leurs rêves sont brisés, leur joie s'éteint et leur cœur, leur esprit et leur corps sont anéantis. »

Cette publication s'intéresse à plusieurs types de violations des droits de l'enfant – notamment la traite, les abus, l'exploitation et la vente – dans le contexte du sport. Alors que de nombreuses conclusions du rapport sont inquiétantes, plusieurs exemples encourageants montrent que le « monde du sport » est en train d'agir afin de protéger les enfants et réparer les préjudices qu'ils ont déjà subis.

« Dans le sport, quel que soit le niveau, les enfants ont le droit d'être protégés et en sécurité. Et la plupart des enfants le sont », a ajouté Mme de Boer-Buquicchio. « Toutefois, beaucoup se retrouvent sans protection durant leurs activités sportives. Les enfants sont les plus vulnérables dans des situations telles que les vestiaires, les terrains de jeu, les voyages, le domicile ou la voiture de l'entraîneur ou des événements sociaux. »

Des abus sexuels « généralisés »

Selon le rapport, l'exploitation sexuelle des enfants dans le monde du sport est omniprésente, généralisée et répandue, et continue d'échapper à tout contrôle. Les victimes n'osent pas parler, par crainte d'être reconnues, montrées du doigt ou blâmées, ou par peur de ne pas être crues.  D'autres enfants ne sont tout simplement pas capables de reconnaître des relations abusives.

Pour la Rapporteuse spéciale, c'est fréquemment la dynamique du pouvoir et l'absence d'une surveillance indépendante, inhérentes à l'industrie sportive, qui rendent les enfants vulnérables à l'horrible tragédie qu'est la maltraitance.

De multiples formes d'exploitation

Outre la violence sexuelle généralisée, de nombreuses autres violations des droits de l'enfant persistent. Le rapport examine plusieurs exemples, dont la traite de jeunes footballeurs d'Afrique de l'Ouest et d'Amérique latine pour des clubs européens et asiatiques, le travail des enfants (en particulier en préparation d'événements sportifs majeurs), la maltraitance d'enfants et l'exploitation économique.  

« Aucun cadre sportif ne devrait être à l'abri d'un examen minutieux et de l'établissement des responsabilités à l'égard de ces crimes odieux contre les enfants », a déclaré Mme de Boer-Buquicchio. « Il est crucial que les divers organismes sportifs normalisent leurs garanties et politiques afin d'éviter toute incohérence et de renforcer la protection des enfants. Toutes les institutions sportives devraient avoir pour obligation de vérifier les antécédents de toute personne travaillant avec des enfants. »

Maud de Boer-Buquicchio soutient fermement la création de mécanismes de signalement indépendants et adaptés aux enfants pour briser le silence autour des enfants victimes.

Mary Harvey, directrice du Centre pour le sport et les droits de l'homme, soutient les conclusions du rapport : « La plupart des enfants font du sport pour s'amuser. Pour certains, il peut s'agir de leur future carrière. Dans tous les cas, ils ont le droit de faire du sport en toute sécurité dans un environnement accueillant. Mais ce n'est pas toujours le cas. Le défi est de s'assurer que les États et toutes les autres parties prenantes exercent leurs obligations juridiques existantes et assurent la sécurité des enfants. »

Prévention et réparation : les États doivent davantage s'impliquer

Selon la Rapporteuse spéciale, l'intérêt supérieur de l'enfant est d'une importance cruciale à tout programme sportif. Elle appelle les États à garantir la mise en place de mécanismes de signalement et de surveillance afin que les plaintes puissent être déposées sans crainte de représailles. Elle les appelle à ratifier et mettre en place des lois internationales qui protègent les enfants, et à établir des lois nationales claires et globales qui fournissent également la protection nécessaire.

« Il est essentiel que les organisations sportives instaurent des mesures permettant d'identifier, de prévenir, d'atténuer et de traiter ces crimes odieux. Il existe d'autres recommandations concrètes indiquant les mesures pouvant être prises par les responsables gouvernementaux, ainsi que par les entraîneurs, les parents, les membres d'un club ou d'une équipe, et les leaders sportifs », a-t-elle conclu.

Le Forum Sporting Chance 2019 (21-22 novembre) réunira des centaines de délégués pour discuter de la manière dont le monde du sport peut évoluer pour respecter pleinement les droits de l'homme. Le Forum de cette année comprend un discours d'ouverture de la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme Michelle Bachelet*.

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