Changer le discours sur la migration en apprenant les uns des autres


Fiona Servaes, militante des droits des migrants« En changeant un peu notre perspective et en découvrant les valeurs communes que nous partageons avec les migrants, nous pouvons commencer à changer le discours », explique Fiona Servaes. « Si nous nous concentrons sur l’humanité, nous pouvons vraiment faire évoluer les discours sur la migration. »

Fiona Servaes est née aux Pays-Bas d’un père belge et d’une mère thaïlandaise. Elle a passé son enfance dans de nombreux pays : aux Pays-Bas, en Belgique, en Australie et aux États-Unis. Elle vit à présent en Thaïlande.

Son expérience personnelle en tant que migrante a été l’un des facteurs déterminants qui l’ont conduite au travail qu’elle accomplit aujourd’hui. Elle a étudié et travaillé dans le domaine des migrations et elle est actuellement responsable des activités de plaidoyer et des campagnes sur les droits des réfugiés et des migrants au sein de l’organisation ASEAN Parliamentarians for Human Rights (APHR) basée à Bangkok, en Thaïlande.

Dans le cadre de ses fonctions, elle soutient les parlementaires sur les questions relatives aux migrants dans la région. Une grande partie de ce travail porte sur les droits des Rohingya au Myanmar, au Bangladesh et dans d’autres pays de l’ASEAN (association des nations de l’Asie du Sud-Est), ainsi que sur les droits des travailleurs migrants.

« Il y a eu tellement de discours de haine et de discrimination à l’encontre des migrants dans la région, notamment dans le contexte de la pandémie de COVID-19 », explique-t-elle. « Nous sommes convaincus que la promotion de messages positifs et porteurs d’espoir peut remettre en question la rhétorique dominante. »

Fiona Servaes et ses collègues préparent actuellement une campagne publique qui sera lancée en 2022 et qui vise à changer le discours sur les migrants en Malaisie. En promouvant des messages unificateurs et positifs, cette campagne encouragera également les parlementaires à prôner un contre-discours.

« Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres »

« La pandémie a été difficile pour tout le monde, mais les migrants ont souvent été particulièrement touchés », explique-t-elle.

C’est là que la gentillesse et la solidarité font toute la différence, ajoute Fiona.

« Nous sommes tous humains, nous sommes confrontés aux mêmes expériences et ressentons les mêmes émotions. Nous voulons tous ce qu’il y a de mieux pour notre famille et être capable de la soutenir. En faisant preuve de gentillesse à l’égard des migrants, nous montrons que nous nous soucions d’eux et que nous pouvons créer des liens ».

Fiona reconnaît qu’elle a de la chance : sa famille a pu choisir de changer de pays quand elle était enfant. En tant qu’adulte, elle peut faire ces mêmes choix.

« Tant de migrants n’ont pas cette chance », déplore-t-elle. « En parlant avec des migrants et des réfugiés qui ont été forcés de quitter leur foyer, j’ai pu mieux comprendre les défis auxquels ils sont confrontés et cela m’a donné les moyens d’aider davantage. »

Ce sont les conversations que nous avons avec les personnes autour de nous qui peuvent vraiment renforcer l’empathie et faire changer les choses, dit-elle.

« Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. »

L’importance de valeurs communes

Fiona Servaes est convaincue qu’il faut s’éloigner des discours alarmistes et mettre l’accent sur les valeurs communes. Selon elle, alimenter la peur et utiliser une rhétorique de haine ne feront que créer de nouvelles barrières et pousseront encore plus les gens à se méfier les uns des autres.

« Pour renforcer la confiance et bâtir une société plus inclusive, nous devons trouver ce que nous avons en commun », affirme-t-elle. « La résilience, la compassion, le dévouement, la détermination : tout le monde peut avoir ces caractéristiques et ces valeurs, et si nous gardons cela en tête, cela peut nous rapprocher, quelle que soit notre origine. »

Elle admet qu’il faudra peut-être du temps pour changer le discours sur la migration, mais souligne que cela est possible.

« Tout ce qui nécessite un changement social prend beaucoup de temps », dit-elle. « Mais en faisant preuve de plus d’humanité et d’empathie, en utilisant une terminologie inclusive et en permettant des perspectives diverses, nous pouvons à terme adopter à un discours porteur d’espoir. »

Pour y parvenir, Fiona estime que les voix des migrants et des réfugiés sont non seulement importantes, mais essentielles.

« Donner aux migrants et aux réfugiés l’espace nécessaire pour s’exprimer et leur permettre de participer aux décisions qui les concernent est crucial si nous voulons construire une société nouvelle et plus inclusive. »

La migration a toujours fait partie de l’histoire de l’humanité, explique-t-elle, et en reconnaissant cela, nous pouvons faire preuve de beaucoup plus d’empathie envers les migrants. 

« Nous ne pouvons créer un monde meilleur pour tous que si nous le faisons tous ensemble », affirme-t-elle. « Et cela passe par s’encourager mutuellement, se donner des moyens d’agir et de défendre les gens quand ils ne peuvent pas le faire eux-mêmes. » 

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a lancé la campagne #StandUp4Migrants en 2020 dans le but de changer le discours sur la migration.

En préparation de la Journée internationale des migrants le 18 décembre, partagez vos récits et votre vision du monde sur les médias sociaux avec #StandUp4Migrants.

Avertissement : les idées, informations et opinions exprimées dans le présent article sont celles des personnes y figurant ; elles ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

 

16 décembre 2021


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