Étude Going Further Together : l’importance cruciale des droits de l’homme pour les missions de paix de l’ONU


Un Casque bleu camerounais parle à une femme fuyant le village de Zike à son arrivée au village de Bambara, en République centrafricaine, 2017. © REUTERS/Baz Ratner

« Pour moi, les droits de l’homme et le maintien de la paix sont inséparables. Il ne peut y avoir de paix sans justice et sans égalité, et sans réparation en cas de préjudices. »

Huma Khan, qui travaille pour la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), fait partie des 110 000 membres du personnel de maintien de la paix présents dans 13 zones sensibles à travers le monde. Jour après jour, elle et ses collègues aident les pays à faire face aux conflits et à créer les conditions propices à une paix durable.

Ces personnes ont notamment pour responsabilités de protéger les civils, de prévenir activement les conflits, de renforcer la sécurité et d’aider les autorités à faire de même.

Une nouvelle étude publiée aujourd’hui et intitulée Going Further Together (aller plus loin ensemble) met en évidence le rôle primordial des droits de l’homme dans ces opérations. Cette publication, qui a fait l’objet d’un lancement virtuel le 12 octobre, décrit la place décisive qu’occupent les composantes droits de l’homme dans la mise en œuvre des mandats des missions de l’ONU opérant dans des contextes divers et en constante évolution, du déploiement au retrait des Casques bleus, en passant par la période de transition.

Huma Khan a débuté sa carrière en tant que Casque bleu en 2005. Avant cela, elle a travaillé dans le domaine des droits de l’homme en Inde, son pays d’origine, notamment dans le cadre d’une affaire de violence sexuelle à grande échelle contre des femmes musulmanes. Depuis qu’elle travaille au service du maintien de la paix dans le domaine des droits de l’homme, elle recueille les témoignages de victimes et d’auteurs de violences sexuelles au Darfour, au Soudan. Au Soudan du Sud, où elle exerce à présent en tant que conseillère principale pour la protection des femmes pour la MINUSS, elle et ses collègues ont récemment mené des négociations avec un groupe armé afin d’assurer la libération de plusieurs femmes enlevées en 2018. Ces femmes sont à présent de retour dans leurs communautés et reconstruisent leur vie et leurs moyens de subsistance.

« Les gens pensent souvent que garantir les droits de l’homme consiste à surveiller la situation et à en rendre compte. » « Mais avec ce projet, nous allons bien plus loin et nous contribuons directement aux efforts de paix et au renforcement de la résilience et de la cohésion dans les communautés. »

Les droits de l’homme et les missions de paix à travers le monde

À l’heure actuelle, 573 spécialistes des droits de l’homme font partie de 12 missions de paix de l’ONU en Afrique, en Europe, en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique centrale.

« Les opérations de paix de l’ONU sont parmi les réalisations les plus importantes de l’Organisation et un outil puissant pour protéger et promouvoir les droits de l’homme », a déclaré Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. « Elles ont besoin de ressources pour rassembler toutes les opérations des Nations Unies autour d’une approche commune efficace des crises, allant de la prévention à la reprise. »

Selon l’étude, alors que la pandémie de COVID-19 fait naître dans le monde entier des inquiétudes croissantes envers les personnes les plus vulnérables, les composantes droits de l’homme des missions de paix sont encore plus cruciales.

Du Soudan du Sud à l’Afghanistan, des équipes viennent en aide aux autorités afin de décongestionner les prisons et ainsi limiter la propagation du virus. En Guinée-Bissau et en Iraq, le personnel des droits de l’homme œuvre à la diffusion de messages de santé publique fiables et d’informations concernant l’impact de la pandémie du point de vue des droits de l’homme, à l’aide de campagnes de communication innovantes.

Faire la lumière sur les atrocités commises et maintenir une paix durable

Au-delà de la pandémie, le personnel des droits de l’homme a pour responsabilité d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les abus et les violations des droits de l’homme, dans le but de prévenir, dissuader et atténuer les conflits. En 2016 en République démocratique du Congo par exemple, le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme (la composante droits de l’homme de la MONUSCO, qui est la mission de paix de l’ONU dans le pays) a recueilli des informations détaillées sur les conséquences de l’extrême violence dans la région du Kasaï en matière de droits de l’homme, contribuant ainsi à une réduction significative de la violence contre les civils.

« La communauté internationale n’aurait pas compris la situation au Kasaï si notre composante droits de l’homme n’avait pas été là », a déclaré David Gressly, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général de la MONUSCO.

En République centrafricaine, la composante droits de l’homme de la MINUSCA, la mission de paix de l’ONU dans le pays, contrôle les discours haineux sur les médias sociaux et travaille en collaboration avec Facebook pour retirer tout contenu incitant à la discrimination, aux hostilités ou à la violence.

En Iraq, la composante droits de l’homme de la MANUI (Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq) s’attaque aux causes profondes de la violence à travers son appui à l’état de droit, en garantissant que les normes relatives à un procès équitable sont respectées et que les normes internationales en matière de sanctions sont suivies, y compris l’interdiction de la torture et des traitements inhumains.

« Cette étude montre l’importance des composantes droits de l’homme pour faire face à de nouveaux défis, alors que les missions de paix s’adaptent à un monde en évolution », a indiqué Ilze Brands-Kehris, Sous-Secrétaire générale aux droits de l’homme, lors du lancement du rapport durant l’événement virtuel. « En s’appuyant sur les conclusions de ce rapport, le HCDH travaillera avec diverses parties prenantes sur le terrain et au Siège pour veiller à ce que les composantes droits de l’homme des missions de paix de l’ONU aident à soutenir leur mandat important et fassent progresser la protection et la promotion effectives des droits de l’homme de la population que nous servons. »

Huma Khan et Wilfredo Santamaria Diaz travaillent tous deux dans le cadre de missions de paix de l’ONU. Regardez leurs témoignages.  

12 octobre 2020

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