Selon un expert, la crise de l’eau a « une incidence majeure sur les droits de l’homme »


Une rive du fleuve sacré du Gange jonchée de détritus - Photo de Dipayan Bose / SOPA Images/Sipa USA

« L’eau est l’élément vital de l’être humain et la source de vie sur terre », a déclaré David E. Boyd, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et l’environnement, lors de la présentation de son dernier rapport au Conseil des droits de l’homme à Genève, en Suisse.

« Pourtant, plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité. Plus de 4 milliards de personnes n’ont pas accès à un service d’assainissement géré en toute sécurité. Plus de 3 milliards de personnes sont aujourd’hui touchées par des pénuries d’eau. Les trois quarts des catastrophes naturelles survenues au cours des vingt dernières années étaient liées à l’eau, y compris les inondations, les glissements de terrain et d’autres événements météorologiques extrêmes. »

Dans ce rapport, M. Boyd décrit les causes et les conséquences de la crise mondiale de l’eau et centre son attention sur les effets négatifs qu’ont la pollution de l’eau, la pénurie d’eau et les catastrophes liées à l’eau sur l’exercice de nombreux droits de l’homme, notamment les droits à la vie, à la santé, à l’eau, à l’assainissement, à l’alimentation, à un environnement sain, à un niveau de vie suffisant, au développement, à la culture, ainsi que sur l’exercice des droits de l’enfant.

« Environ 80 % des eaux usées sont relâchées dans l’environnement sans avoir été traitées, contaminant les eaux de surface, les nappes phréatiques, les sols et les océans. Les maladies d’origine hydrique provoquent chaque année dans le monde près de 2 millions de décès évitables, les premières victimes étant les enfants de moins de 5 ans.

Le Rapporteur spécial a également expliqué que les incidences de la crise mondiale de l’eau affectent de manière disproportionnée les groupes vulnérables ou marginalisés, notamment les femmes, les peuples autochtones, les groupes minoritaires, les réfugiés, les personnes handicapées, les personnes âgées et les personnes vivant dans la pauvreté, et sont aggravées par certains facteurs, comme l’âge, le genre, le handicap et les origines culturelles ou ethniques.

En outre, il a indiqué qu’en protégeant les droits des personnes marginalisées, ces dernières pourraient contribuer de manière significative à la mise en place de solutions adaptées en matière d’eau. Il a spécifié que les femmes et les peuples autochtones pouvaient mener une action décisive en vue d’améliorer la façon dont l’eau était utilisée, allouée et gérée dans les foyers urbains et ruraux et dans les communautés locales.

M. Boyd a cependant rappelé qu’il incombe en priorité aux États d’assurer l’accès à une eau potable en quantité suffisante, et leur a suggéré d’appliquer une approche fondée sur les droits de l’homme à tous les aspects de la répartition des ressources en eau, de leur utilisation, de leur préservation, de leur protection et de leur remise en état.

Il décrit dans son rapport sept étapes clefs que les États devraient suivre pour respecter leurs obligations en matière de droits de l’homme, à savoir produire une évaluation de l’état de l’eau ; concevoir un projet d’analyse et de renforcement juridiques pour s’assurer que les droits de l’homme sont intégrés dans les lois, les règlements et les politiques concernant l’eau et la gestion des eaux usées ; élaborer des plans relatifs à l’eau, ou réviser les plans existants, en y intégrant une approche fondée sur les droits de l’homme ; exécuter les plans relatifs à l’eau et faire respecter la législation, la réglementation et les normes relatives à l’eau ; évaluer les progrès accomplis ; renforcer les capacités humaines, financières et institutionnelles ; et informer et faire participer le public, en particulier les femmes, les jeunes et d’autres groupes vulnérables et marginalisés.

Ce rapport met également en évidence les responsabilités des entreprises et indique que ces derniers contribuent largement à la pollution de l’eau et à sa surutilisation, ainsi qu’à la dégradation des écosystèmes d’eau douce, par la déforestation, la construction de barrages sur les fleuves, l’extraction, le transport et la combustion de combustibles fossiles, l’agriculture industrielle, l’élevage intensif, la pêche industrielle, les secteurs de la mode et du textile, l’exploitation minière à grande échelle et la marchandisation de l’eau et de la nature.

« Profitant de normes relatives à la protection de l’environnement et aux droits de l’homme qui sont moins strictes ou ne sont pas appliquées, les entreprises ont externalisé depuis les pays à revenu élevé vers les pays à faible revenu de nombreuses activités qui polluent et surexploitent l’eau et qui endommagent les écosystèmes d’eau douce », a expliqué M. Boyd.

« Les entreprises doivent adopter des politiques relatives aux droits de l’homme, faire preuve de diligence raisonnable en matière de droits de l’homme, mettre en place des mécanismes de plainte transparents et efficaces, remédier aux violations des droits de l’homme dont elles sont directement responsables et s’efforcer d’influencer les autres acteurs pour qu’ils respectent les droits de l’homme lorsque des rapports de force existent. »

Le Rapporteur spécial a également soulevé la question des défenseurs de l’environnement – y compris ceux qui militent pour la propreté de l’eau – qui continuent à être assassinés, poursuivis en justice et intimidés. Il a exhorté les États à redoubler d’efforts pour les protéger.

Fondamentalement, a-t-il ajouté, il est essentiel d’assurer l’accès à une eau potable en quantité suffisante pour protéger de nombreux droits de l’homme et pour réaliser les objectifs de développement durable.

15 mars 2021

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