Sans-abrisme : survivre aux périphéries


« Se retrouver sans abri n’est pas seulement une des formes les plus extrêmes de privation matérielle. Cela définit aussi un groupe qui est sujet à des formes extrêmes de discrimination, de stigmatisation et de violence », a indiqué Leilani Farha, expert de l’ONU sur le droit à un logement convenable. « Pour les sans-abri, c’est une double peine : les lois et les politiques créent des sans-abri et criminalisent ensuite les sans-abri pour être sans abri ».

Farha a présenté au cours de ce mois son dernier rapport au Conseil des droits de l’homme. Ce document offre une approche tridimensionnelle pour comprendre le sans-abrisme sous l’angle des droits de l’homme. Mme Farha explique qu’être sans abri, ce n’est pas seulement ne pas avoir un toit au-dessus de sa tête ou vivre temporairement avec des amis et de la famille dans un refuge ; c’est aussi faire partie d’un groupe de personnes qui sont exclues de la société et n’ont pas accès et ne peuvent jouir de leurs droits au logement, à la santé, voire, dans certains cas, à la vie.

Mme Farha relève que les personnes qui sont sans abri font preuve de résilience en se battant pour leur survie et leur dignité, et qu’elles peuvent devenir des agents de leur propre changement en tant que titulaires de droits.

« Le sans-abrisme est souvent considéré comme une question qui relève uniquement des politiques sociales et non comme une violation des droits de l’homme à laquelle il est possible et nécessaire de remédier avec des réponses sur le plan des droits de l’homme », a-t-elle fait remarquer. « Le point de départ de toute approche fondée sur les droits de l’homme devrait être axé sur les vies et les luttes personnelles pour la dignité ».

L’expert de l’ONU a expliqué que les politiques des pouvoirs publics qui ne sont pas compatibles avec les droits de l’homme sont les causes structurelles du phénomène du sans-abrisme. S’ils veulent apporter des réponses stratégiques à ce problème, les pouvoirs publics devraient mettre fin à la pratique des expulsions forcées et veiller à ce que des voies de recours soient offertes aux personnes qui se retrouvent sans abri parce que leurs droits ont été violés.

Les pouvoirs publics devraient aussi lutter contre les inégalités : en assurant la protection sociale des populations vulnérables ; en encadrant l’urbanisation spéculative rapide qui réduit la disponibilité de logements abordables et en accordant une attention particulière aux femmes, aux personnes handicapées, aux migrants et aux réfugiés qui sont contraints à ne plus avoir de domicile en raison de facteurs tels que la violence familiale, un accès inégal à la terre et à la propriété et des acteurs privés non réglementés.

Mme Farha a appelé à l’organisation d’une campagne mondiale visant à éliminer le problème du sans-abrisme dans les mêmes délais que ceux définis pour le Programme de développement durable à l’horizon 2030, qui s’est fixé pour objectif d’assurer un logement convenable pour tous.

« Des sans-abri m’ont souvent dit, en pleurs, que plus que n’importe quelle sécurité matérielle, ce à quoi ils aspiraient, c’est d’être “vus”, reconnus et traités par la société comme des êtres humains avec la dignité et le respect que cela implique ».

21 mars 2016

Voir aussi