Le personnel du HCDH au Kenya s’associe à plusieurs partenaires pour appuyer la prévention et les actions face à la COVID-19


Li Fung, conseillère principale pour les droits de l’homme du Bureau du Coordonnateur résident des Nations Unies au Kenya, lors d’une célébration de la Journée des droits de l’homme en décembre 2019, Nairobi, Kenya. HCDH/Li Fung

Le 13 mars 2020, le Ministère de la santé du Kenya a confirmé le premier cas d'infection à la COVID-19 à Nairobi, la capitale du Kenya. Depuis, 582 cas ont été confirmés dans 16 comtés du pays, avec 26 décès et 190 cas de guérison.

Dès le début de l'épidémie, les effets sur les droits de l'homme, y compris les aspects socio-économiques et sexospécifiques, ont été rapidement ressentis par les communautés, en particulier dans les établissements informels et les ménages vulnérables. Depuis l'imposition du couvre-feu nocturne le 27 mars 2020, la manière dont la police fait appliquer les mesures d'urgence a amplifié les effets négatifs sur les droits de l'homme et a entraîné des décès, des blessures, des violences sexuelles et fondées sur le genre, ainsi que des centaines d'arrestations.

Li Fung est la conseillère principale pour les droits de l'homme auprès du Coordonnateur résident des Nations Unies au Kenya. Depuis la mi-mars, elle et ses collègues ont travaillé avec l'équipe de pays des Nations Unies, la société civile, l'institution nationale des droits de l'homme et les parties prenantes gouvernementales pour explorer les perspectives des droits de l'homme dans le cadre de la crise due à la COVID-19 et y répondre.

Nous avons demandé à Li d'expliquer comment la pandémie a affecté le travail lié aux droits de l'homme et comment le HCDH et ses partenaires appuient la réponse du gouvernement kenyan à la pandémie.

Comment la COVID-19 a-t-elle affecté votre travail ?

Individuellement et au sein de l'équipe, nous avons dû nous adapter très rapidement aux différentes façons de travailler. Par exemple, travailler à distance de chez nous – même si nous ne sommes pas confinés, nous nous déplaçons peu. Dans ce contexte, nos principales préoccupations sont de savoir comment garder l'esprit d'équipe, maintenir une bonne communication, travailler ensemble et rester concentrés sur les mêmes objectifs. Il est également important d'essayer de se soutenir durant cette période difficile, et de soutenir en particulier ceux qui ne peuvent pas travailler à distance.

Cela a été difficile, car certaines des activités que nous avions prévues, notamment les activités de renforcement des capacités pour les organisations de défense des droits de l'homme et leurs défenseurs, n'ont pas pu avoir lieu en raison des restrictions de mouvement. Nous avons donc dû examiner comment redéfinir les priorités et adapter ce que nous faisions déjà pour répondre à ce nouveau contexte.

Que fait le HCDH pour protéger les droits de la population pendant cette pandémie ?

Nous avons essayé de perfectionner ce que nous faisions déjà pour être en mesure de réagir rapidement et de renforcer les partenariats existants. En tant que conseillère principale pour les droits de l'homme auprès du Coordonnateur résident, une grande partie de mon travail consiste à utiliser les analyses relatives aux droits de l'homme pour influencer l'approche et la réponse de l'équipe de pays de l'ONU. Le HCDH a fait partie de l'Appel éclair pour le Kenya lancé début avril, et je constate avec plaisir que le suivi, la documentation et la communication en matière de droits de l'homme sont un domaine clé de la réponse de la gouvernance et font partie de la réponse globale face à la COVID-19. Il est très important de reconnaître que nous ne pouvons pas lutter efficacement contre cette pandémie et combattre ses effets si nous ne savons pas quelle est la situation sur le terrain et comment elle touche les différentes communautés et les différents groupes.

Nous avons également renforcé un partenariat existant avec un réseau communautaire de défenseurs des droits de l'homme, le Groupe de travail des centres de justice sociale. Nous avions travaillé avec eux il y a quelques mois pour faire le suivi du droit à l'eau dans les établissements informels du Kenya. Cela est venu à point nommé, car, comme nous le savons, se laver les mains et le droit à l'eau sont essentiels pour prévenir la COVID-19. À l'heure actuelle, nous collaborons avec ce réseau pour surveiller l'impact de la crise sur les droits de l'homme dans 24 établissements informels répartis dans huit comtés, en examinant les droits à l'eau, au logement et à la santé, les impacts socio-économiques et comment les familles s'en sortent, les incidences pour les hommes et les femmes et l'augmentation de la violence sexuelle et fondée sur le genre. L'une des questions clés est l'usage excessif de la force et la violence par la police – une préoccupation de longue date dans les établissements informels – et l'analyse de la manière dont cela joue dans l'application du couvre-feu nocturne et des mesures d'urgence.

Nous poursuivons également notre travail existant sur la violence sexuelle et fondée sur le genre. Notre travail s'est concentré sur la prévention et la lutte contre la violence sexuelle et fondée sur le genre dans les contextes électoraux*, mais nous avons essayé de l'adapter au contexte actuel de la COVID-19. Nous avons malheureusement connu une flambée de violences sexuelles et fondées sur le genre, y compris de violence domestique. Pour les survivants, il n'y a pas beaucoup d'endroits sûrs où aller ni d'informations claires sur les mécanismes d'intervention disponibles. Nous travaillons à présent avec des réseaux de survivants de violence sexuelle pour faciliter ces mécanismes.

Avant la COVID-19, nous collaborions de manière continue avec la police, le parquet et les autorités de surveillance de la police pour renforcer les enquêtes et les poursuites relatives aux violations des droits de l'homme. Ces partenariats ont été vitaux pour permettre des discussions ouvertes sur des questions telles que les lignes directrices régissant l'application des mesures d'urgence, et pour s'assurer que les enquêtes sur les plaintes concernant les excès de la police vont de l'avant.

Nous travaillons également en étroite collaboration avec l'institution nationale des droits de l'homme et la société civile pour soutenir les efforts de coordination, de suivi et de réponses opportunes– et pour défendre l'importance de leur rôle dans la réponse à la COVID-19 fondée sur les droits de l'homme.

Quels ont été les principaux défis et leçons tirées jusqu'à présent pendant la pandémie ?

La COVID-19 vient de mettre en évidence les problèmes existants en matière de droits de l'homme au Kenya, tels que les énormes inégalités, l'usage excessif de la force par la police, les arrestations arbitraires – en lien avec la corruption, à petite échelle –, les actes généralisés de violence sexuelle et fondée sur le genre, et l'impunité. Pour ce qui est des leçons que nous en avons tirées, je pense qu'il s'agit d'un point clé pour le Gouvernement et la communauté internationale – si, en temps normal, nous ne nous attaquons pas aux problèmes systémiques liés aux droits de l'homme, ces problèmes ne seront que plus graves en temps de crise, comme durant la pandémie de COVID-19, lors de catastrophes naturelles ou en temps de troubles politiques et civils.

L'importance des partenariats est l'une des leçons clés pour notre équipe et moi-même. Avoir un éventail de partenariats s'est avéré crucial pour comprendre les réalités sur le terrain, pour influencer les actions à différents niveaux et pour soulever des problèmes difficiles avec des acteurs qui, autrement, ne seraient pas ouverts à de telles conversations.

La flexibilité et l'adaptabilité font également partie des leçons tirées, car si nous avons une façon fixe de faire les choses, nous ne serons pas en mesure de répondre à l'évolution de la situation sur le terrain. Nous avons dû examiner différentes façons de travailler, non seulement personnellement en termes de travail à distance tout en assurant l'enseignement à domicile, mais également pour être en mesure d'obtenir des résultats en tant qu'équipe et de soutenir nos partenaires.

Pourquoi est-il important de soutenir ensemble les droits de l'homme pendant cette pandémie ?

Seule une approche fondée sur les droits de l'homme permettra de lutter efficacement contre cette pandémie, à l'échelle mondiale et dans un contexte national. Les mesures prises en réponse à la crise ne seront efficaces que si elles adoptent une approche englobant l'ensemble de la société, traitant des questions de santé publique et de protection sociale et tenant compte des besoins des plus vulnérables, qui n'ont pas accès à l'eau, qui ne peuvent pas s'isoler et qui ne peuvent pas se permettre de se nourrir s'ils ne travaillent pas. Une approche fondée sur les droits de l'homme est essentielle pour mieux équiper les communautés afin de sortir de la crise et de venir à bout de cette pandémie, sans pour autant affaiblir les avancées en matière de développement faites par les pays durant plusieurs décennies.

Il est également évident que la réponse doit être menée dans le plein respect des droits de l'homme et de l'état de droit. Si les mesures d'urgence finissent par exposer les communautés et les individus à un plus haut risque ou à des difficultés économiques, elles seront inefficaces et pourraient même augmenter le risque de troubles sociaux plus larges.

Personnellement, je crois qu'il est important de s'unir pour montrer que nous travaillons tous en partenariat – au sein de la famille des Nations Unies, avec le Gouvernement, les partenaires internationaux, la société civile et directement avec les défenseurs des droits de l'homme au niveau communautaire pour faire entendre leur voix, faire compter leurs opinions et s'assurer qu'ils sont capables de participer aux mesures et de les adapter dans leurs communautés.

8 mai 2020



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