Au Sénégal, le fait de connaître ses droits peut protéger des abus


Maïmouna Gaye* avait tout juste 15 ans lorsqu’elle a décroché, pour l’été, un travail d’employée de maison à Dakar (Sénégal).

« Je vis avec mes parents et mes frères et sœurs et notre situation a toujours été très difficile. Je voulais aider mes parents parce que je suis l’aînée », explique-t-elle.

L’employeuse de Maïmouna semblait gentille, au premier abord. Elle lui a offert une place d’employée de maison logée et nourrie, avec un week-end de congé sur deux pour aller voir sa famille, qui vit à Pikine, l’un des faubourgs de la capitale. Elle lui a proposé de la payer 25 000 francs CFA (50 dollars E.-U.) par mois, soit la moitié de ce que l’adolescente avait demandé. « J’ai songé à la situation dans laquelle se trouvait ma famille et j’ai accepté son offre sur-le-champ, pour aider mes parents. »

Sa première journée de travail a commencé à sept heures du matin. C’est quand on lui a demandé de préparer le repas de midi qu’elle a appris que son employeuse avait sept enfants, dont six à la maison pour les vacances et le septième qui rentrait de l’école pour la pause-déjeuner.

« Elle n’arrêtait pas de me houspiller, en me disant que je travaillais lentement et que son fils devait déjeuner tôt pour repartir à l’école. Elle ne se demandait pas un instant si j’avais faim, n’ayant rien mangé de la journée, se souvient-elle avec anxiété. « Quand ils ont terminé leur repas, il ne restait que quelques légumes et un tout petit bout de poisson. Pour finir, je n’ai rien mangé ; je suis allé me coucher à 10 heures du soir et j’ai dormi dans la même pièce que le chien, à côté de la cuisine. »

Le deuxième jour de travail de Maïmouna coïncidait avec le premier jour du ramadan, la principale célébration religieuse du Sénégal, qui impose aux musulmans de jeûner de l’aube au crépuscule pendant un mois. La patronne de Maïmouna lui a demandé de faire la lessive de la famille.

« Je ne pouvais pas laver tout ce linge toute seule. Je me suis dit : ‘Je ne peux pas vivre une autre journée comme celle d’hier’. C’est alors que j’ai décidé d’appeler ma mère et de lui expliquer la situation. Elle m’a dit de rentrer à la maison. »

À la différence de bon nombre de jeunes domestiques victimes d’abus similaires dans le monde entier, Maïmouna connaît désormais ses droits. Elle est devenue un membre actif du club Citoyenneté et droits de l’homme, créé en décembre 2014 dans son collège, le CEM Les Martyrs de Thiaroye.

Elle a adhéré au club parce qu’elle voulait « participer à la lutte contre les abus à l’égard des bonnes et des filles qui n’ont pas été à l’école ».

Le club compte 20 membres, choisis en raison de leur attachement aux droits de l’homme, qui se réunissent toutes les semaines. Ils ont fait preuve d’un intérêt croissant pour le militantisme, ce qui a encouragé de nouveaux comportements. Bon nombre de jeunes filles ont fait l’expérience de la réalité de la violence à l’école ou chez elles, ainsi que du risque élevé de grossesse précoce. Le club leur offre un cadre privilégié pour parler de ces problèmes, un accès aux informations et à la documentation susceptibles de les aider et un réseau d’entraide pour adolescents – autant d’éléments qui permettent aux jeunes filles de mieux connaître leurs droits et les incitent à poursuivre leurs études.

« Le club organise des séances d’information et d’éducation au moyen d’activités de dessin, de projections de films et de débats thématiques. Nous organisons aussi des réunions autour d’une tasse d’‘ataya’ (thé en wolof) avec les élèves de niveau 3 et 4 », raconte Maïmouna. « Les professeurs qui souhaitent participer au club peuvent intervenir comme modérateurs dans ces réunions. Chaque semaine, on explique un article de la Déclaration des droits de l’homme et on en discute en classe, puis on l’affiche dans l’école. »

Le club sert aujourd’hui de modèle aux autres écoles désireuses de participer à la campagne. Un nouveau club consacré à l’environnement a été fondé au début de l’année dans l’école de Maïmouna.

Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) a appuyé le club dès sa création en lui offrant une aide financière et des instruments pour encourager ses membres à éduquer leurs camarades aux thèmes des droits de l’homme. Le HCDH s’efforce également de les sensibiliser à la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi qu’aux organes et traités onusiens de défense des droits de l’homme, en particulier ceux en lien avec l’accès à l’éducation pour tous.

« C’est une priorité pour nous de diffuser les droits de l’homme consacrés par la Déclaration universelle et de les intégrer à notre vie quotidienne et à notre comportement de tous les jours », déclare Andrea Ori, Représentant régional du HCDH en Afrique de l’Ouest.

« L’idée est de conduire les jeunes à changer leurs habitudes, à militer plus activement dans leur vie quotidienne. Les élèves font déjà campagne au sein de leurs associations de quartier. Cela les incitera à devenir des citoyens-modèles », observe Maïmouna. « On parle beaucoup d’eux dans la presse, ce qui encourage le débat public. Les élèves ont la chance de connaître leurs droits à présent et ils savent avec quelles autorités locales et nationales ils doivent collaborer pour promouvoir les droits de l’homme. »

* Nom fictif

17 février 2016

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