Experts : les défenseurs autochtones des droits de l’homme devraient être protégés au lieu d’être condamnés


Une personne autochtone lève les bras en signe de protestation face aux forces de l’ordre durant une manifestation sur les droits fonciers à Brasilia, au Brésil. © Joédson Alves/EPA

Les défenseurs autochtones des droits de l’homme qui militent pour leurs droits et protègent leurs terres, leur culture et leur mode de vie souvent victimes de harcèlement, de poursuites judiciaires, voire de meurtre.

« Les peuples autochtones de Colombie sont menacés d’extermination physique et culturelle et sont au bord du génocide, car malgré les accords de paix, les droits des peuples autochtones continuent d’être systématiquement violés », a déclaré Aida Quilcue Vivas, conseillère des droits de l’homme de l’Organisation nationale autochtone de Colombie.

Aida Quilcue Vivas fait partie de la communauté nasa, l’un des 115 groupes de peuples autochtones reconnus dans le pays. S’adressant au Conseil des droits de l’homme, elle a affirmé que ces attaques régulières contre les peuples autochtones constituaient un génocide. Aida Quilcue Vivas a participé à la discussion sur la protection des défenseurs autochtones des droits de l’homme durant le Conseil des droits de l’homme.

Les participants ont discuté des diverses manières dont ces « peuples extraordinaires, qui font partie des communautés les plus vulnérables au monde, sont encore plus menacés à l’heure actuelle », a déclaré la Haute-Commissaire adjointe aux droits de l’homme Nada Al-Nashif.

« La crise mondiale liée à la COVID-19 affecte de manière disproportionnée les peuples autochtones, révélant [...] des inégalités structurelles préexistantes », a-t-elle alerté. « Les peuples autochtones étaient déjà désavantagés du point de vue de leur santé et de leur accès à des soins de santé de qualité avant la pandémie. La crise n’a fait qu’aggraver la situation. Les rapports faisant état de l’augmentation des conflits et des empiétements sur les terres autochtones ces derniers mois illustrent les effets négatifs supplémentaires subis par les peuples autochtones. Il est peu probable que les conséquences socioéconomiques de la COVID-19 à court et à long terme améliorent leurs conditions de vie. »

L’une des raisons pour lesquelles les attaques et les meurtres de défenseurs autochtones des droits de l’homme sont si fréquents s’explique par le fait que leurs auteurs jouissent d’une impunité presque totale, a déclaré Andrew Anderson, directeur exécutif de Frontline Defenders, une association à but non lucratif de protection des défenseurs des droits de l’homme.

« D’après les informations que nous avons recueillies, 240 défenseurs autochtones des droits de l’homme ont été assassinés au cours des trois dernières années, soit un quart du nombre total de défenseurs des droits de l’homme tués », a annoncé M. Anderson. « Un chiffre incroyablement élevé, étant donné que les peuples autochtones représentent seulement environ 5 % de la population mondiale. »

Bon nombre de ces conflits sont liés à la terre. Les peuples autochtones voient sans cesse leurs territoires et leurs lieux ancestraux découpés et vendus, souvent sans consultation ou presque. Ceux qui s’y opposent font face à des brutalités et un grand nombre d’entre eux se retrouvent sans-abri ou sont tués.

C’est le cas des peuples autochtones pygmées de la République démocratique du Congo, a indiqué Joseph Itongwa, président du Réseau des populations autochtones pour la gestion durable des écosystèmes forestiers en République démocratique du Congo.

« Plusieurs menaces externes pèsent sur ces terres autochtones, où les peuples autochtones pygmées sont régulièrement dépossédés de leurs terres, souvent avec violence, et sont victimes d’expropriations et de réinstallations forcées, de conflits fonciers et d’expulsions, sans aucun consentement ni aucune consultation », a expliqué M. Itongwa. Il a appelé le Gouvernement congolais à appliquer le droit national et international des droits de l’homme dont il est signataire.

Selon Aida Quilcue Vivas, les peuples autochtones qui se battent pour défendre leurs droits sont souvent traités comme des criminels. Son organisation a recensé plus de 10 000 cas de victimisation et d’actes violents à l’encontre de défenseurs autochtones des droits de l’homme en Colombie, dont plusieurs se sont produits lors de manifestations.

« C’est pourquoi je tiens à être claire aujourd’hui sur le fait que puisque nous avons été forcés de faire preuve de résistance pour faire valoir nos droits, les gouvernements ont pour stratégie de nous traiter – à savoir les peuples autochtones, les étudiants et la société civile – comme des terroristes, des criminels », a énoncé Mme Vivas.

Les États doivent donc être davantage responsables de la protection de la vie des défenseurs autochtones des droits de l’homme, a déclaré Victoria Tauli-Corpuz, membre du peuple kankanaey igorot des Philippines et ancienne Rapporteuse spéciale sur les droits des peuples autochtones.

S’appuyant sur un rapport qu’elle avait présenté au Conseil en 2018, l’experte a formulé plusieurs recommandations à l’attention des États, notamment des enquêtes rapides et impartiales pour assurer des réparations effectives aux victimes d’incrimination et d’exécution extrajudiciaire, et l’adoption de lois soutenant explicitement la protection des défenseurs des droits de l’homme. Elle a également exhorté les entreprises souhaitant travailler dans des régions autochtones à adopter les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme comme cadre de référence en matière d’éthique.

« Il devrait y avoir davantage de dialogues constructifs entre les peuples autochtones d’une part, et les États et le secteur privé d’autre part, et ce à tous les niveaux, que ce soit à l’échelle locale, nationale ou mondiale ; par exemple, si le secteur privé est impliqué, des processus devraient aussi être mis en place permettant de tels dialogues », a-t-elle préconisé.

12 octobre 2020

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