Stérilisations forcées au Pérou : le combat d’une femme pour obtenir justice et réparation


« Nous en avons assez. Nous voulons que les femmes puissent continuer à survivre, physiquement et émotionnellement. »

Maria Elena Carbajal, survivant de la stérilisation forcée © OHCHR À la fin des années 1990, la vie de Maria Elena Carbajal Cepeda a basculé. Elle compte parmi les centaines de milliers de femmes qui ont été stérilisées dans le cadre d’un programme de planification familiale du gouvernement péruvien visant à lutter contre la pauvreté.

Le programme, qui s'est déroulé sur quatre ans, a ciblé environ 300 000 femmes. La grande majorité de ces femmes n'auraient pas donné leur consentement. Beaucoup d'entre elles étaient autochtones ou originaires de zones rurales.

Des milliers de femmes continuent d'attendre aujourd'hui d'obtenir réparation.

Le traumatisme physique et mental que Maria Elena Carbajal Cepeda a subi est incommensurable. Elle porte encore aujourd'hui la douleur du passé et des séquelles psychologiques qui ne disparaîtront peut-être jamais.

Elle a reçu ces dernières années un soutien psychologique grâce au CAPS Psychosocial Care Center, une organisation financée par le Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les victimes de la torture. Ce soutien lui a donné la force et le courage de continuer.

Depuis, elle est également devenue défenseuse des droits de la personne et présidente de l'ONG Association of Victims of Forced Sterilisation. Elle plaide pour l'accès à la justice et l'instauration de mesures de réparation pour les victimes.

Plus tôt cette année, elle a pris la parole lors d'un atelier d'experts sur la violence sexuelle et sexiste s'apparentant à des actes de torture organisé par le Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les victimes de la torture à Genève, en Suisse.

« Nous avons appris que souvent, dans les pires conditions, ils s'étaient même servis de produits à anesthésier les chevaux pour effectuer la ligature des trompes. La procédure n'était même pas effectuée dans un hôpital, car nous n'avons pas d'hôpitaux dans les provinces. » 

Maria Elena Carbajal Cepeda parle des énormes répercussions émotionnelles et insiste sur le fait qu'un soutien psychologique doit être fourni. « La santé est primordiale pour continuer à vivre », dit-elle.

 

Des poursuites judiciaires en cours

En 2015, le Gouvernement péruvien a créé un registre national des stérilisations forcées. Trois ans plus tard, le ministère public péruvien a ouvert une procédure formelle concernant quelque 2 000 victimes et a déposé une plainte pénale contre des médecins et de hauts fonctionnaires en exercice au moment des faits.

Le Comité contre la torture des Nations Unies s'est félicité de cette plainte déposée contre les auteurs présumés pour leur « implication indirecte dans les infractions commises contre la vie, l'intégrité physique et la santé de plus de 2 000 femmes ».

Depuis lors, le Comité a exhorté le Pérou à veiller à ce que les auteurs de ces crimes soient poursuivis et qu'ils soient condamnés à des peines proportionnées à la gravité de leurs actes. Il insiste également pour que les peines soient effectivement exécutées et que les victimes obtiennent réparation.


Un appel à la justice

Parallèlement à la pression internationale et nationale continue sur le Gouvernement péruvien, Maria Elena Carbajal Cepeda continue de mener son action, au nom des milliers de victimes.

Elle demande la justice, l'inclusion des femmes dans les programmes sociaux, ainsi que des compensations économiques.

« Nous voulons que le Gouvernement  prenne ses responsabilités et condamne l'ancien président Alberto Fujimori et les personnes impliquées, y compris les médecins et le personnel médical.

Il ne s'agit pas seulement de dire : "ces femmes veulent de l'argent".   Nous voulons obtenir justice, car ce qu'ils nous ont fait est de la torture et ils l'ont fait contre notre volonté. Ils nous ont traitées comme des animaux.

Nous demandons surtout au gouvernement de rendre justice, d'enquêter sur ces affaires et de les dénoncer une fois pour toutes. Les gens impliqués doivent payer pour ce qu'ils ont fait, car c'est un crime contre l'humanité. »

26 juin 2019


Voir aussi