Les enfants migrants sont confrontés à des conditions alarmantes en matière de droits de l’homme en Grèce


À première vue, le complexe, avec ses fils barbelés, ses portes fermées et ses conditions sordides dans un centre de rétention pour migrants situé sur l’île de Lesbos, en Grèce, a toutes les caractéristiques d’une prison.

Le complexe, le « hotspot » de Moria, héberge des milliers de migrants, notamment des enfants, qui ont effectué la traversée périlleuse en Grèce dans l’espoir d’échapper à une vie de discrimination, de guerre et d’extrême pauvreté.

Le hotspot de Moria, en Grèce, servait auparavant de centre où les migrants pouvaient se faire enregistrer, avoir accès à des services de base et reprendre leur route. Suite à l’accord conclu en mars entre l’Union européenne et la Turquie et à la fermeture des frontières, ce camp a été transformé en centre de rétention.

Cela fait maintenant plusieurs semaines qu’un groupe de garçons du Pakistan âgés de 14 à 17 ans vivent dans ce centre sans leur famille. Leurs parents ont payé des passeurs pour les faire venir en Grèce. Ils se retrouvent avec des enfants provenant d’autres pays, notamment l’Iran, la Sierra Leone et l’Afghanistan, dans un centre fermé, sans avoir accès à l’éducation, à de la nourriture en quantité suffisante ou à des activités adaptées à leur âge.

Aucune information ne leur a été fournie sur les raisons pour lesquelles ils ont été placés en « rétention à titre de protection » et sur ce qui les attend. Ils ont le sentiment d’avoir été abandonnés. Un garçon a dit qu’il avait l’impression d’être en prison.

Depuis début 2016, la Grèce a vu l’arrivée de 155 656 migrants. Environ un tiers des migrants qui sont arrivés en Grèce sont des enfants.

Voici certaines conclusions d’une récente mission de surveillance effectuée par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme sur la situation des droits de l’homme des migrants et des réfugiés en Grèce. En avril, le Haut-Commissariat a visité des hotspots sur les îles de Lesbos et de Chios et s’est rendu dans des camps formels et informels à Idomeni.

L’équipe a été particulièrement marquée par la situation des enfants vivant dans des camps avec lesquels elle s’est entretenue. Selon le Haut-Commissariat, les enfants migrants, qu’ils soient accompagnés ou non accompagnés, sont victimes de « graves violations de leurs droits fondamentaux ». Qu’ils se retrouvent dans des structures informelles, formelles, ouvertes ou fermées, les enfants n’ont pas accès à l’éducation, à des jeux et à de l’eau et de la nourriture en quantité suffisante. Ils peuvent également être victimes de violences et d’abus par des surveillants et des migrants adultes.

Pia Oberoi, conseillère pour la migration et les droits de l'homme au Haut-Commissariat aux droits de l’homme, faisait partie de l’équipe qui est allée rencontrer ces enfants migrants. Dans un camp situé au nord de la Grèce, elle a vu des enfants vivre dans des conditions épouvantables. Elle a également indiqué que les organismes de l’ONU et les organisations de la société civile s’efforçaient de leur trouver des lieux où ils seront en sécurité, tandis que les parents ont le sentiment qu’ils ne peuvent pas protéger leurs enfants.

« La situation des enfants non accompagnés – qui sont pour bon nombre d’entre eux des garçons adolescents – est particulièrement préoccupante », a souligné Mme Oberoi. « Le Gouvernement grec est censé les placer dans des foyers pour enfants, mais en raison d’un manque de structures et d’autres possibilités, les enfants sont placés en “rétention à titre de mesure de protection”, comme dans des locaux de garde à vue, ce qui constitue une détention de fait. »

« Les enfants avec lesquels nous nous sommes entretenus dans le centre de rétention de Moria étaient enfermés dans une “prison au sein d’une prison” », a témoigné Mme Oberoi. « Ils avaient peur, ils étaient isolés et vulnérables. Ils avaient le sentiment d’être traités comme des prisonniers voire des criminels, et non comme des individus en danger. Le fait que les personnes placées dans ces camps et ces centres n’aient quasiment aucune information sur ce qu’il va advenir d’eux aggrave le sentiment aigu d’incertitude qu’éprouvent de nombreux enfants et leurs parents, et exacerbe une situation déjà précaire. »

Le grave traumatisme qu’ont subi la majorité de ces enfants a des effets néfastes sur leur santé mentale et leur développement. Selon Mme Oberoi, les enfants avec lesquels les membres de l’équipe se sont entretenus ont indiqué qu’ils n’avaient bénéficié d’aucune aide psychologique depuis qu’ils étaient arrivés en Grèce.

Si la situation est alarmante, des réformes sont en cours et des foyers organisés par la société civile locale ou des dispositifs de prise en charge en famille d'accueil ont été mis en place afin d’offrir une tutelle provisoire à un petit nombre d’enfants migrants. Mais Mme Oberoi a souligné que les progrès étaient longs à venir et que ces réformes n’avaient pas encore eu d’effets concrets.

« Les progrès doivent être plus rapides », a-t-elle affirmé. « L’Europe abandonne ses enfants. » 

13 mai 2016

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