Rapport concernant les effets des changements climatiques sur les droits de l’homme des migrants de la région du Sahel


© Anouk Delafortrie / EU ECHOLes effets de la migration due aux changements climatiques sur les droits de l’homme sont au cœur d’un nouveau rapport  du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) présenté cette semaine à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26).

Ce rapport porte spécifiquement sur la région africaine du Sahel, qui englobe le Burkina Faso, le Cameroun, la Gambie, la Guinée, la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Nigéria, le Sénégal et le Tchad. Il souligne les principales difficultés liées aux droits de l’homme auxquelles est confrontée cette région en raison des liens profonds entre les changements climatiques et la migration, et préconise la mise en place de mesures de prévention et d’atténuation.

« À travers l’histoire, les êtres humains, les familles et les communautés se sont servis de la migration comme d’une stratégie pour s’adapter aux conditions environnementales changeantes », a déclaré Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, lors de la présentation du rapport. « Néanmoins, le réchauffement climatique rapide nécessite de nouvelles solutions pour veiller à ce que cette migration soit un choix et non pas une nécessité. »

Face à la crise climatique mondiale actuelle, les populations vivant dans la région du Sahel en subissent directement les effets néfastes lorsqu’elles migrent, et leur dignité et leurs droits de l’homme en sont par conséquent affectés.

Selon le rapport, les températures dans la région augmentent 1,5 fois plus vite que la moyenne mondiale. Si les précipitations sont irrégulières et les saisons des pluies sont de plus en plus courtes, les inondations sont cependant fréquentes.

Les moyens de subsistance disparaissent en raison de la réduction des récoltes et de la perte des pâturages. Les personnes qui vivent en ville, en particulier dans les zones côtières, sont également menacées par l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation des inondations.

Nombreux sont celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix que de déménager. Certains n’ont même pas la possibilité de partir, ce qui rend leur situation encore plus précaire. 

Selon Adenike Oladosu, une militante pour le climat et les droits des femmes au Nigéria, et l’une des nombreuses parties prenantes avec lesquelles le HCDH collabore dans le Sahel, la migration n’est plus une simple stratégie dont les gens peuvent se servir pour s’adapter aux circonstances changeantes.

« La migration forcée due aux changements climatiques affecte directement notre paix et notre sécurité », a-t-elle affirmé.

Mme Oladosu a mis en évidence les affrontements croissants entre les éleveurs nomades et les agriculteurs concernant l’utilisation et la propriété des terres dans la région du lac Tchad. Cette situation a de nombreuses conséquences, a-t-elle déclaré, notamment un impact significatif sur les droits humains des femmes et des filles.

« L’autonomisation des femmes et des filles est en train d’être réduite à néant », s’est-elle alarmée. « Elles sont sujettes à des violences sexuelles et le mariage d’enfants est désormais perçu par certains comme une stratégie pour s’en sortir face à la crise due aux changements climatiques. Pour couronner le tout, les filles et les jeunes femmes abandonnent l’école et perdent leurs moyens de subsistance. »

Pour Adenike Oladosu, la justice environnementale et climatique va plus loin que l’action climatique. Il s’agit de prendre des mesures concrètes pour garantir « la justice sociale, la justice de genre et l’égalité ».

Les effets des changements climatiques sur les droits de l’homme

Le rapport présente certains des effets nombreux, multidimensionnels et complexes des changements climatiques sur les droits de l’homme au Sahel, notamment sur les droits à la vie, à la santé, au logement, à l’alimentation, à l’eau et à l’assainissement, qui sont tous menacés par des catastrophes lentes et soudaines.

Les moyens de subsistance des populations de la région du Sahel reposent en grande partie sur l’agriculture, le pastoralisme ou la pêche, et ces moyens de subsistance sont profondément affectés par les changements climatiques. Par exemple, des scientifiques prévoient que les changements climatiques pourraient à terme entraîner au Mali une baisse de 30 à 40 % de la capacité agricole.  Au large des côtes du Sénégal, les stocks de poissons ont chuté de 80 % ne serait-ce qu’en 2017.

Adenike Oladosu a fait remarquer qu’au Nigéria, le déclin de la production agricole est une « arme contre la paix ».

Selon le rapport, les changements climatiques ont également des répercussions importantes sur les droits à la vie et à la santé dans la région du Sahel. L’élévation du niveau de la mer dans les zones côtières augmente le risque de mortalité, d’accidents, de maladies physiques et de problèmes de santé mentale. Les inondations et les fortes pluies peuvent accroître la vulnérabilité aux maladies transmises par l’eau ou les insectes, tandis que les saisons sèches et la sécheresse peuvent augmenter le risque de consommation d’eau insalubre.

Dans certains cas, les gens choisissent de quitter leur domicile pour éviter ces impacts. Cependant, ils ne disposent pas toujours de voies sûres, d’un plan ou d’un soutien adéquat, et ils peuvent être confrontés à des risques accrus pendant leur voyage et à leur arrivée.

D’autres n’ont parfois pas d’autre choix que de rester et deviennent encore plus exposés aux menaces qui pèsent sur les droits de l’homme.

Des mesures de prévention et d’atténuation indispensables

Comme l’indique le rapport, les effets des changements climatiques et des migrations dus aux changements climatiques sur les droits de l’homme au Sahel ne sont pas hypothétiques ou limités à l’avenir. Ils se manifestent dès à présent et nécessitent une action immédiate et ambitieuse.

« Il faut mettre en place de toute urgence des mesures d’adaptation et d’atténuation fondées sur les droits de l’homme et dirigées par les communautés dans le Sahel, notamment des voies permettant des migrations régulières en tant que stratégie d’adaptation aux changements climatiques », a déclaré Michelle Bachelet.

À travers son engagement auprès des migrants et des communautés locales, et grâce à une nouvelle bande dessinée, le HCDH cherche à mettre en lumière l’importance de ces mesures.

« Les communautés locales, y compris les migrants, devraient être au cœur des solutions mises en place en vue d’un avenir plus prometteur », a déclaré Mme Bachelet.

Le HCDH appelle tous les États, y compris ceux du Sahel, ainsi que les parties prenantes régionales et la communauté internationale, à prendre des mesures concernant les impacts actuels et futurs des changements climatiques sur les droits de l’homme.

Selon le rapport, le fait de ne pas prendre de mesures significatives peut constituer en soi une violation des obligations en matière de droits de l’homme.

« Il est évident que lorsque les droits de l’homme sont affectés par les changements climatiques, les États ont l’obligation d’agir, tant individuellement que collectivement, pour prévenir les préjudices lorsqu’ils le peuvent, ou pour y remédier lorsqu’ils ne le peuvent pas », a ajouté la Haute-Commissaire.

« Les principes fondamentaux de justice et d’équité exigent que les pays qui ont le plus contribué aux changements climatiques aident les pays les plus touchés, comme ceux du Sahel, à déployer les politiques, les ressources et les technologies dont ils ont besoin pour atténuer cette crise et s’y adapter. » 

11 novembre 2021

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