Le Sommet des Nations Unies sur la migration doit se pencher sur la situation des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, estime un expert de l’ONU


Alors que les dirigeants du monde se réunissent à New York pour se pencher sur la question des mouvements massifs transfrontières de réfugiés et de migrants, les participants devraient prêter attention à la protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et à des solutions durables axées sur les droits de l’homme pour leur venir en aide, a indiqué l’expert de l’ONU sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, Chaloka Beyani.
 
L’expert a fait remarquer que ceux qui ont été contraints de quitter leur foyer, mais qui sont restés dans leur pays – on estime que plus de 40 millions de personnes dans le monde ont été déplacées rien qu’en raison des conflits – constituent une population extrêmement vulnérable qui survit souvent longtemps dans des conditions extrêmement difficiles. Il souligne que si l’on ne s’attaque pas aux causes profondes de ce phénomène, et que si l’on ne met pas en place des mesures de prévention et une protection interne efficace, les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays aujourd’hui seront les réfugiés et les migrants victimes de la traite ou des passeurs de demain.
 
« Un grand nombre de ceux qui ont franchi des frontières internationales ont d’abord été déplacés dans leur propre pays par les conflits. Lorsque les personnes déplacées ne sont pas protégées physiquement de façon adéquate et vivent dans des conditions d’insécurité et de privation socio-économique, notamment en ce qui concerne le logement, l’alimentation, l’éducation, les soins de santé et les moyens de subsistance, et qu’elles ont peu de perspectives de solutions durables, en particulier dans des situations de conflit, elles cherchent généralement des solutions au-delà des frontières nationales », explique-t-il.
 
« La décision de fuir son pays n’est pas facile à prendre. Toute personne dont la vie ou la sécurité physique peut être menacée a le droit de demander asile dans un autre pays », a insisté M. Beyani. « Cependant, dans nombre de pays où j’ai effectué des visites auprès de populations déplacées massivement, davantage pouvait être fait pour fournir une protection dans le pays et créer des raisons de rester plus fortes que les raisons de partir. »
 
Selon l’expert, cela signifie créer aussi rapidement que possible des conditions de stabilité, de sécurité, de protection et d’assistance, et il faudrait pour cela que les autorités nationales prennent des mesures essentielles visant à associer l’action humanitaire et les approches axées sur le développement.
 
« Dans les situations d’après conflit et même pendant des conflits, des mesures importantes peuvent être prises pour aider les personnes déplacées à prendre des mesures destinées à renforcer leur résilience et leur autorésilience, notamment des formations techniques, des programmes de renforcement des moyens de subsistance et des programmes de travail contre rémunération en espèces, ou une aide pour créer une microentreprise », a-t-il affirmé. « Il est indispensable de consulter les personnes déplacées, de mieux connaître leurs capacités et leurs désirs et de les traiter comme des partenaires, et pas seulement comme des bénéficiaires. »
 
« Trop souvent, les personnes déplacées continuent de vivre dans des camps ou d’autres abris temporaires et n’ont aucun revenu depuis des mois ou même des années après leur déplacement. Elles me disent souvent qu’elles préféreraient rester et reconstruire leur maison et leurs moyens de subsistance, mais n’ont aucune perspective d’y parvenir ; lorsque leurs possibilités d’assurer leur sécurité et de rester en vie sont épuisées, elles optent pour d’autres solutions dans les pays voisins ou d’autres régions. »
 
M. Beyani, qui s’est notamment rendu en Afghanistan, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, en Iraq, au Nigéria, au Soudan du Sud et en Syrie, a reconnu que la volonté politique de prévenir les conflits et d’y mettre fin était essentielle pour réduire les déplacements internes forcés qui sont souvent la première étape d’un processus entraînant des flux de réfugiés et de migrants.
 
L’expert a appelé l’attention sur le Sommet mondial de l’aide humanitaire qui s’est tenu en mai 2016, à Istanbul. Ce Sommet a accordé une grande attention aux personnes déplacées et a appelé à mettre en place une nouvelle approche pour assurer leur protection. Il a également proposé une cible pour réduire de moitié les déplacements internes à l’horizon 2030, et s’assurer qu’ils s’effectuent dans la sûreté et la dignité.

Il présentera un rapport à la 71e session de l’Assemblée générale, en octobre 2016, dans lequel il formule des propositions à l’intention des États et des partenaires humanitaires et de développement sur les moyens d’atteindre cet objectif ambitieux par la prévention et la mise en œuvre de solutions durables pour les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays.

9 septembre 2016

Le 19 septembre 2016, l’Assemblée générale de l’ONU organisera un Sommet pour les réfugiés et les migrants au vu de la nécessité de renforcer la solidarité internationale en réponse aux mouvements massifs de migrants et de réfugiés. Cet article est le deuxième d’une série consacrée à la question de la migration et des droits de l’homme avant la tenue du Sommet des Nations Unies.

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