Monica Benicio, veuve de la conseillère municipale de Rio assassinée Marielle Franco, jure de continuer le combat


Il y a tout juste un an, Monica Benicio perdait l’amour de sa vie. Dans la nuit du 14 mars 2018, sa conjointe Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro, a été abattue de quatre tirs dans la tête alors qu’elle rentrait d’une réunion sur le thème des " femmes noires qui font bouger les choses ". Son chauffeur, Anderson Gomes, a également perdu la vie.

While Durant sa visite à Genève, Monica Benicio a participé à un événement organisé par Terra de Dereitos, Justiça Global, Conaq, l’OMCT, la FIDH et la DIDH. @ Camila Fontenele/Monica BenicioMarielle Franco critiquait ouvertement la brutalité policière et défendait les droits des femmes, des personnes LGBTI et des jeunes des périphéries urbaines de Rio.

Au cours des derniers mois, Monica Benicio a été vue plusieurs fois portant un t-shirt en l’honneur de sa partenaire décédée. Le slogan " Lute como Marielle Franco " (bats-toi comme Marielle Franco) qui y figure est un nouveau cri de ralliement pour des milliers de personnes.

" J’aperçois une lueur d’espoir. Cet espoir s’accompagne de beaucoup de résistance, il ne renaîtra pas sans entraves, mais j’espère que, contrairement à ce que nous avons pu constater continuellement dans notre histoire, il renaîtra sans que trop de sang ne soit versé ", a déclaré Mme Benicio. " C’est cela le combat du mouvement féministe. C’est un combat pour une société plus juste et égalitaire ", ajoute-t-elle.

Fin février, lors de la dernière session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Monica Benicio était à Genève pour parler de la situation des défenseuses des droits de la personne au Brésil, " et pour demander l’aide internationale afin que le monde sache ce qui se passe au Brésil ".

Ces défenseuses, comme la défunte Marielle Franco, sont victimes de la honte publique, du harcèlement en ligne, de menaces de mort et même d’assassinats, selon un nouveau rapport d’expert des Nations Unies. En 2017, 65 défenseurs des droits de la personne brésiliens auraient été tués, selon l’ONG Front Line Defenders. Monica Benicio elle-même a reçu de graves menaces de mort qui l’ont forcée à quitter le foyer qu’elle partageait avec sa compagne.

Être une défenseuse des droits de la personne

Architecte de métier et défenseuse des droits de la personne, Monica Benicio croit qu’il était fondamental pour la communauté internationale de comprendre que sa compagne se battait pour les droits de l’homme et contre le racisme, la discrimination sexuelle et la phobie envers les personnes LGBT.

Elle affirme que la participation des groupes marginalisés est essentielle pour transformer la société. Elle ajoute que la minorité au pouvoir mais la majorité en nombre ne veut plus d’une société chaotique et violente ; elle la déconstruit avec résistance.

" Nous nous faisons entendre de plus en plus. Prenons notre réaction face à l’exécution de Marielle : alors que nous, surtout les femmes noires, aurions toutes pu rester sans voix et nous retirer du combat, nous avons eu la réaction complètement opposée à celle attendue face à cette tentative de faire taire ce que Marielle représentait " dit-elle.

Les femmes noires brésiliennes ont réagi au meurtre de Marielle Franco en occupant des espaces plus démocratiques.

" Quand je vois le combat d’une femme quilombola par exemple, cette lutte est pour moi une véritable source d’inspiration. Les voix de ces minorités sont entendues par la communauté et motivent notre combat " déclare-t-elle.

Et d’ajouter: " Ce sont toujours les minorités qui cherchent à s’exprimer, non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour se construire collectivement. Je considère donc que si ces luttes m’inspirent, cela signifie que moi aussi, je veux que les choses changent. "

Au-delà du chagrin, le combat

Marielle Franco s’est battue pour sortir des favelas et devenir une élue du conseil municipal appréciée de la ville de Rio de Janeiro. Elle laisse derrière elle une famille et des amis, ainsi que d’autres survivants de la violence, qui doivent faire face à la perte d’une jeune femme dans la force de l’âge.

" C’est dur de continuer après une telle violence. Mais je pense qu’en fait, ce qui donne un nouveau sens à la vie, c’est l’essence même de la lutte... pour comprendre qu’il faut participer d’une manière ou d’une autre à une construction sociale solidaire, pour que personne ne ressente la même douleur que celle que l’on a ressenti soi-même " a déclaré Monica Benicio.

" C’est un de mes projets personnels. Ne pas vouloir que quelqu’un d’autre subisse une telle épreuve. Alors quand je pense que mon combat peut empêcher cela, ça m’aide à avancer. "

Après le meurtre de Marielle Franco, des protestations ont eu lieu partout dans le monde pour dénoncer son assassinat. Alors que nous approchons du premier anniversaire de sa mort, les protestations et les hommages locaux se poursuivent. L’enquête sur son meurtre aussi : le 12 mars 2019, deux anciens policiers soupçonnés d’avoir participé à l’assassinat ont été arrêtés. 

" Elle croyait qu’il était possible de transformer la société en ce pour quoi elle se battait. Donc, dans un sens, pour moi, c’est aussi une façon de continuer avec elle. Et de dire à ceux qui ont vécu des violences et des douleurs similaires que nous avons des raisons de continuer. Car sinon cela veut dire que la vie de ceux qui ont disparu était vaine et pour moi, c’est inadmissible ", a dit Monica Benicio.

" Donner un nouveau sens à l’histoire dans un mouvement de lutte est aussi un acte de solidarité et de transformation sociale ; c’est aussi un acte de lutte pour les droits de l’homme. C’est cela l’héritage de Marielle. "

14 mars 2019

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