La communauté musulmane va bien en Moldavie


Des hommes et des femmes sont rassemblés pour la prière du vendredi dans une mosquée située dans les faubourgs de Chisinau, en Moldavie.

La mosquée est hébergée dans un bâtiment simple et aéré qui est devenu plus qu’un simple lieu de prière. C’est aussi un sanctuaire où des musulmans de tous les âges peuvent passer du temps ensemble pour jouer au ping-pong, fêter des anniversaires et parler de leurs problèmes quotidiens en tant que communauté.

Avant 2011, les musulmans se heurtaient à des difficultés lorsqu’ils se rassemblaient dans des lieux publics pour prier en Moldavie. S’ils le faisaient, ils rencontraient l’opposition de la police. Le fait est que la liberté de prier dans les espaces publics ne pouvait être exercée par des entités religieuses non enregistrées.

En 2007, le Parlement moldave a adopté une nouvelle loi sur la liberté de pensée et de conscience qui était plus progressive que la précédente. La nouvelle loi a garanti la liberté de la pratique religieuse sous toutes ses formes, ce qui a permis à tous ceux qui le souhaitaient de créer un groupe confessionnel sans ingérence de la part du Gouvernement.

Aujourd’hui, plus de 2 600 communautés religieuses sont enregistrées dans le pays. En 2011, la Ligue islamique de Moldavie est devenue la seule organisation musulmane enregistrée. Elle compte actuellement environ 800 membres.

Sergui Sochirca, Président de la Ligue islamique, a indiqué que le processus d’enregistrement avait duré plusieurs années et fait l’objet d’une opposition intense de la part des membres de l’Église orthodoxe et de divers groupes chrétiens. Les opposants manifestaient dans les rues de la Moldavie contre l’enregistrement de la Ligue islamique et la loi elle-même.

C’est à ce moment-là que le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction, Heiner Bielefeldt, s’est rendu en Moldavie pour rencontrer les dirigeants religieux, des organisations de la société civile et des fonctionnaires du Gouvernement pour examiner cette loi, écouter ce qu’ils avaient à dire et formuler des recommandations.

M. Veaceslav Balan, le coordonnateur du Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme en Moldavie, a indiqué qu’à ce moment-là, les partisans de l’Église orthodoxe se sentaient menacés par cette nouvelle loi, en particulier par l’acceptation de la Ligue islamique. Ils avaient le sentiment, a expliqué M. Balan, que cela limitait l’espace et l’autorité morale de l’Église orthodoxe dans le pays. « L’enregistrement de la Ligue islamique a été l’une des plus grandes réalisations du Rapporteur spécial », s’est-il félicité. Mais il a fallu plus que la visite de M. Bielefeldt pour faire accepter l’enregistrement. Pour le Ministre de la justice, Alexandru Tonase, la question de l’enregistrement de la Ligue islamique a été l’une des priorités personnelles de son agenda et il a procédé lui-même à l’enregistrement de l’organisation religieuse.

Selon M. Sochirca, la visite de M. Bielefeldt a été importante, car elle a permis de réunir tout le monde à une même table pour écouter les besoins des parties et se pencher sur cette réforme. Le fait que M. Bielefeldt ait pu se rendre dans les communautés a également permis de calmer les protestations dans la rue.

Aujourd’hui, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme poursuit ses activités de promotion de la liberté religieuse en appliquant les recommandations formulées par Bielefeldt en 2011, et continue de soutenir les groupes minoritaires religieux en butte à la discrimination. M. Balan a indiqué que l’islamophobie était la principale difficulté à laquelle se heurtent les musulmans dans le pays aujourd’hui.

Natalia Tcacenco, qui porte un hijab rose pâle et gris, raconte que si elle n’a jamais été victime de discrimination, elle trouvait que les gens la regardaient bizarrement dans son hijab il y a quelques années, avant que les gens ne soient habitués à voir des musulmans à Chisinau. Mme Tcacenco est la Présidente de la Ligue islamique des femmes de la République de Moldavie, une organisation qui milite pour promouvoir les droits des femmes musulmanes et remédier aux difficultés particulières auxquelles elles se heurtent dans la société dans laquelle elles vivent et dans le pays.

Mais depuis que la Ligue islamique a été enregistrée, elle éprouve un sentiment de liberté et d’acceptation. Même sa carte d’identité, émise par le Gouvernement, contient une photographie d’elle portant le hijab. Elle n’aurait pas pu s’exprimer ainsi avant l’enregistrement.

« Je me sens plus libre maintenant, parce que je me sens mieux protégée », se réjouit-elle.  

L’enregistrement de la Ligue islamique de Moldavie est l’une des plus importantes réalisations du Conseil des droits de l’homme au cours des dix dernières années. Cette année, le Conseil des droits de l’homme célèbre son dixième anniversaire.

8 juillet 2016

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