Un rapport sur le Myanmar révèle de nouvelles violations des droits de l’homme


Des personnes déplacées en raison de la violence arrivent dans un camp à Kyauktaw, dans l’État rakhine, au Myanmar, en janvier 2019 © AFP Selon un nouveau rapport* publié ce mois-ci par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), de graves violations des droits de l’homme continuent d’être perpétrées dans plusieurs régions du Myanmar.

Selon la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Michelle Bachelet, qui a présenté son rapport lors de la 45e session du Conseil des droits de l’homme à Genève (Suisse), « aucune mesure concrète » n’a été prise par le Gouvernement du Myanmar en matière d’établissement des responsabilités et les initiatives nationales visant à remédier à la situation ont été « inadéquates et n’ont pas respecté les normes internationales ».

Le conflit continue de s’intensifier dans les États rakhine et chin avec la multiplication des affrontements entre l’armée du Myanmar et le groupe armé ethnique connu sous le nom d’Armée arakanaise. Dans cette région déjà fragile après des années de conflit et de crise, les civils continuent à payer un lourd tribut.

Ces dernières années, des milliers de personnes ont fui leur foyer en quête de sécurité. On compte encore aujourd’hui 860 000 réfugiés rohingya au Bangladesh, un pays voisin, et depuis 2018, environ 200 000 personnes de toutes les communautés ont été déplacées à l’intérieur de leur propre pays dans les États rakhine et chin. 

Le rapport du HCDH décrit les effets croissants du conflit armé sur les communautés rakhine, chin, mro, daignet et rohingya. Il fait notamment état de disparitions et d’exécutions extrajudiciaires de civils, de déplacements massifs de civils, d’arrestations arbitraires, de torture et de décès en détention, et de la destruction de biens civils. Les pertes civiles ont également augmenté.

Selon ce rapport, si la violence a touché toutes les communautés des États rakhine et chin, les civils d’origine ethnique rakhine et les Rohingya sont les principales victimes du conflit.

En 2020, au moins 500 civils auraient été tués, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées.

Une situation « complexe et délicate »

S’adressant au Conseil des droits de l’homme, l’Ambassadeur Kyaw Moe Tun, Représentant permanent du Myanmar, a déclaré que la question de l’État rakhine pose d’énormes défis au Gouvernement, décrivant la situation comme très « complexe et délicate ».

L’Ambassadeur a expliqué que le Gouvernement privilégiait la recherche d’une solution durable et qu’à l’approche des élections générales de novembre au Myanmar, il était nécessaire d’éviter toute pression politique indue sur le pays. Il a appelé la communauté internationale à « encourager une véritable coopération, faire preuve d’un engagement constructif et apporter son soutien » au Myanmar. 

Un appel à la responsabilité

Le Conseil des droits de l’homme et l’Assemblée générale des Nations Unies ont demandé à plusieurs reprises que le Gouvernement du Myanmar soit tenu responsable des violations des droits de l’homme commises, un appel soutenu par de nombreux membres de la communauté internationale.

« Nous suivons de près la situation et les auteurs de ces violences doivent être conscients que nous sommes en train de rassembler et conserver des preuves de ces actes », a déclaré Nicholas Koumjian, chef du Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar. M. Koumjian a présenté le second rapport annuel du Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar, un organisme chargé par le Conseil des droits de l’homme de recueillir des preuves des crimes internationaux les plus graves.

Khin Omar, l’un des intervenants du groupe et président de Progressive Voice, une organisation de défense des droits de l’homme au Myanmar, a également réitéré la nécessité de faire respecter le principe de responsabilité.

« Trois ans se sont écoulés depuis le génocide des Rohingya », a déclaré M. Omar. « Pourtant, aucune justice ni aucune responsabilité n’a été obtenue et rien ne laisse espérer leur retour en toute sécurité. Ceux qui restent dans l’État rakhine continuent d’endurer des conditions similaires à un apartheid » 

M. Omar a demandé que la communauté internationale renvoie le Myanmar devant la Cour pénale internationale ou mette en place un tribunal spécial, dans le but d’établir la responsabilité pénale du génocide contre les Rohingya, ainsi que des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis contre d’autres minorités ethniques.

Les élections de novembre, « une occasion importante »

Michelle Bachelet a spécifié que les élections de novembre seraient « une occasion importante pour tous les partis de démontrer leur engagement en faveur des normes démocratiques ». Elle s’est par ailleurs dite déçue que la grande majorité des Rohingya ne puisse pas voter, car ils ont été privés de ce droit.

Elle a également exprimé son inquiétude face à la répression qui se poursuit contre les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes et les critiques du Gouvernement et de l’armée, et a appelé à l’adoption rapide de mesures afin de « remédier correctement aux graves violations dont les Rohingya ont été victimes ».

« Étant donné la volonté affichée du Myanmar de défendre la démocratie, j’encourage également le Gouvernement à lever les obstacles qui entravent les libertés démocratiques et nuisent à l’exercice des droits de l’homme par tous dans des conditions d’égalité au Myanmar », a-t-elle conclu.


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17 septembre 2020

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