La lutte contre l’incitation à la haine et à la violence en République centrafricaine


En mai 2017, la Division des droits de l’homme de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) a constaté une accélération de la violence dans le sud-est du pays. Bien que la République centrafricaine ait été prise en otage par plusieurs groupes armés ces vingt dernières années, la région du sud-est n’avait jusqu’à présent pas été touchée par la violence.

Un jeune homme tient une pancarte contenant l’inscription « Paix » durant la Journée internationale de la paix à Bangui, en République centrafricaine, septembre 2016 © Photo ONU / Dany BalepeLors d’incidents qui se sont déroulés la même année à Bangassou, des membres de la communauté musulmane ont dû prendre la fuite après que plusieurs d’entre eux ont été pourchassés puis tués par des individus appartenant aux anti-balaka, un groupe d’autodéfense à majorité chrétienne. Les survivants avaient trouvé refuge dans la cathédrale de la ville. 

À la suite de ces incidents, plusieurs dirigeants faisant autorité dans cette ville et dans d’autres régions de la République centrafricaine ont commencé à tenir publiquement des discours d’incitation à la haine, à l’hostilité et à la violence à l’encontre de la communauté musulmane. Ces propos ont compromis les initiatives menées pour parvenir à la paix et à la cohésion sociale dans le pays.

" Nous avons réalisé que ces messages étaient à l’origine de la violence et agissaient comme un déclencheur, ou qu’ils alimentaient la violence déjà existante ", a expliqué Musa Gassama, le représentant du HCDH à la MINUSCA. " Cette tactique a été utilisée non seulement par des chefs des groupes armés, mais aussi par des dirigeants politiques, et elle a contribué à établir le profil de certaines communautés. "

Depuis, la Mission a noté une recrudescence de ces messages après chaque incident de sécurité majeur. Entre avril et décembre 2018, 44 articles contenant des appels à la haine, à la discrimination, à l’hostilité et à la violence ont été identifiés, impliquant 14 médias de presse écrite et en ligne.

" Les messages de haine qui se propagent par le biais des médias traditionnels et en ligne ont la particularité d’engendrer des violences physiques et psychologiques sur des individus ou des groupes d’individus ", a déclaré M. Gassama. 

" Les messages que nous avons analysés sont essentiellement des appels à la haine nationale, raciale ou religieuse, à la discrimination, à l’hostilité, à la violence, au tribalisme ou à la xénophobie. Parfois, ils sont aussi utilisés pour justifier des actes qui pourraient s’apparenter à un génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, ainsi que des stéréotypes religieux et ethniques négatifs ".

La prolifération de la propagande haineuse est une préoccupation majeure pour la Division des droits de l’homme, car la violence qu’elle alimente donne lieu à de graves violations des droits de l’homme et à des restrictions à l’exercice de tous les droits de l’homme par toutes les communautés. Pour M. Gassama, il est désormais évident que l’incitation à la haine est l’un des moteurs du conflit de longue date en République centrafricaine.

Selon lui, pour empêcher une nouvelle recrudescence, il est nécessaire de pouvoir détecter les premiers signes de cette incitation et d’impliquer les parties au conflit, ainsi que la communauté internationale, dans la mise en place de solutions. Des mesures ont été prises pour condamner ce type de discours, mais surtout pour prévenir sa prolifération et améliorer l’exercice des droits de l’homme.

La Division des droits de l’homme de la MINUSCA a produit un rapport interne évaluant la capacité des principaux instigateurs à porter atteinte aux droits de l’homme. Les conclusions de ce rapport ont été communiquées aux dirigeants de la Mission, au Groupe d’experts du Comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la République centrafricaine et à l’Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en République centrafricaine.

La Mission a également mobilisé des réponses aux niveaux mondial et national. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a lancé un avertissement aux principaux instigateurs de la violence à Bangassou et aux chefs des groupes armés identifiés qui menaçaient le processus de paix. En outre, la résolution 2399 du Conseil de sécurité de l’ONU a fait de l’incitation à la violence un critère de sanction. La Mission a également mené des activités d’appui, de formation, de sensibilisation et d’encadrement en matière de prévention et de gestion du discours de haine et de violence à l’intention des partenaires nationaux, notamment le Haut Conseil de la communication.

En outre, la Mission a renforcé ses capacités de suivi et d’enquête en créant un groupe de travail avec les différentes composantes de protection de la Mission. Elle a également établi des partenariats avec le centre de solutions mondiales d’assistance technique des Nations Unies et le laboratoire de recherche sur les droits de l’homme de l’Université de Californie (Berkeley) pour mettre en place une formation sur les outils pertinents de surveillance des communications en ligne.

La MINUSCA recommande au Gouvernement de la République centrafricaine de travailler à la mise en œuvre du Plan national pour la prévention de l’incitation à la haine et à la violence, par exemple en mettant en place des lois contre les discours haineux.

La Mission appelle également les organisations de la société civile à jouer un rôle décisif dans la promotion de la cohésion sociale en travaillant avec le Gouvernement.

Le 29 mai 2019

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