D’étudiante à défenseuse des droits de l’homme : le pouvoir de l’éducation aux droits de l’homme


« Avant, je ne connaissais pas mes droits. Maintenant, je les connais tous. J'ai le courage de m'exprimer et de défendre mes droits quand j'en suis privée ».

(Premalatha Tamilselvan, jeune défenseuse des droits de l’homme en Inde)

Premalatha Tamilselvan appartient à la communauté indienne minoritaire dalit. Originaire d'un village au sud de l'État de Tamil Nadu, elle a dû faire face à la discrimination depuis sa naissance : autrefois, les Dalits étaient appelés les « intouchables », une communauté exclue de la société et très souvent privée de ses droits de l'homme.

« Les gens des castes supérieures ne veulent pas que les Dalits réussissent dans la vie. Ils veulent encore nous réprimer », explique Premalatha.

Un programme a été mis en place dans l'école de Premalatha par People's Watch, une organisation non gouvernementale indienne, avec l'appui du HCDH alors qu'elle avait 8 ans. Les élèves et les enseignants ont pu découvrir les droits de l'enfant et les principes de non-discrimination et d'égalité.

L'éducation aux droits de l'homme – « le pouvoir de changer des vies »

Les programmes d'éducation aux droits de l'homme sont axés sur le développement des connaissances et des compétences et sur la promotion des valeurs, des croyances et des attitudes qui encouragent tous les individus à défendre leurs propres droits et ceux des autres.

« L'éducation aux droits de l'homme a le pouvoir de changer des vies », a déclaré Elena Ippoliti, de la Section de la méthodologie, de l'éducation et de la formation du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH). « Quand les gens se rendent compte que tout le monde a le droit d'être libre et de vivre dans la dignité, qu'ils peuvent analyser de manière critique les défis auxquels ils sont confrontés et qu'ils peuvent trouver des solutions qui respectent les valeurs des droits de l'homme, ils peuvent transformer leur vie et apporter des changements au sein de leurs communautés. »

Le Programme mondial en faveur de l'éducation aux droits de l'homme, lancé en 2005 par l'Assemblée générale des Nations Unies, vise à améliorer la mise en œuvre des programmes d'éducation aux droits de l'homme dans le monde. Il définit un cadre d'action et renforce les partenariats et les collaborations, que ce soit au sein des communautés ou à l'échelle internationale. 

Le HCDH est chargé de la coordination de ce programme. Cette année marque le début de sa quatrième phase quinquennale (2020-2024), qui est axée sur l'éducation aux droits de l'homme pour et par les jeunes, en reconnaissance de leur rôle en tant qu'éléments déterminants dans la réalisation des droits de l'homme.

Hier, une enfant. Aujourd'hui, une jeune femme qui connaît ses droits.

Grâce à l'éducation aux droits de l'homme qu'elle a reçue, Premalatha a trouvé l'élan nécessaire pour reconnaître et affirmer sa valeur, et pour défendre les droits d'autrui. Neuf ans après avoir participé au programme, Premalatha, désormais âgée de 21 ans, a pu se rendre à Genève, en Suisse, pour s'adresser au Forum social du Conseil des droits de l'homme. Elle y a parlé de la discrimination fondée sur les castes dans l'éducation.  

Aujourd'hui, elle a pour ambition de devenir une avocate et de défendre « ceux qui ont besoin de justice. » Elle détient un diplôme universitaire en histoire et tente actuellement d'intégrer une école de droit.

Pour elle, la généralisation de la discrimination fondée sur les castes est l'un des problèmes les plus importants en matière de droits de l'homme en Inde aujourd'hui. « Des gens de deux différentes castes ne sont pas censés tomber amoureux et se marier, et s'ils le font et qu'ils se font prendre, ils sont tués sur le champ "pour l'honneur" ».

Premalatha, qui tente de lutter contre cette discrimination structurelle profondément ancrée, est convaincue que toutes les écoles publiques et privées pourraient bénéficier d'un programme d'éducation aux droits de l'homme. « De cette manière, les enfants des castes supérieures et inférieures connaîtront leurs droits et leurs devoirs, et mettront fin à la discrimination qu'ils exercent les uns sur les autres. Ils se rendront mieux compte de la situation et pourront comprendre ce qui est bien ou mal. »

Premalatha croit fermement en la force de la jeunesse dans la lutte pour un avenir meilleur. Elle estime toutefois que les jeunes ont tout d'abord besoin qu'on leur enseigne leurs droits, pour ensuite être capables de les défendre progressivement.

« Nous devons nous efforcer de créer une société meilleure, où les gens sont libres et égaux, où ils ont le droit d'aimer et d'épouser qui ils veulent », insiste Premalatha. « Parfois, les gens plus âgés voient les choses de façon très arrêtée et ne veulent pas que les jeunes changent ; c'est donc aux jeunes qu'il revient de défendre nos droits. »

En 2012, Premalatha a figuré dans un documentaire, Une voie vers la dignité : le pouvoir de l'éducation aux droits de l'homme, coproduit par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.  

24 janvier 2020

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