La participation des jeunes est essentielle pour les droits humains des peuples autochtones


" Croyez-vous – croyez-vous vraiment – que tous les peuples bénéficient d’une égale protection du droit international? Croyez-vous – croyez-vous vraiment – que les engagements des traités doivent être respectés?"

Cinq danseuses de la tribu Naga s’apprêtent à se produire lors d’un festival de la jeunesse tribale dans le nord-est de l’Inde. © EPA/Jayanta DeyEn 1923, Levi General, Chef Cayuga Deskaheh de la nation iroquoise, s’est rendu à Genève et y a tenu ces propos. Il souhaitait s’adresser à la Société des Nations sur les droits des peuples autochtones au Canada, après avoir assisté au traitement cruel qui leur avait été infligé dans sa patrie. Pendant un an, il a essayé de se faire entendre par la Société des Nations pour se heurter finalement à ce qu’il appela plus tard une " cruelle indifférence."

Près de 100 ans plus tard, son arrière-petite fille Karla Kawenniioshta General s’est présentée devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies dans l’ancien bâtiment de la Société des Nations, aujourd’hui le Palais des Nations, posant la même question, car l’accès, à part entière, des peuples autochtones aux Nations Unies est toujours limité.

" Il est étonnant qu’en 2017… la parole authentique qui représente les autochtones n’ait pas accès aux Nations Unies," a-t-elle déclaré. " C’est le problème le plus urgent de notre époque. Sans la participation authentique des peuples autochtones, les décisions prises dans les instances internationales ne seront pas responsables des réalités quotidiennes vécues par les peuples autochtones dans leur pays."
 
La déclaration de Mme General s’inscrivait dans un débat marquant le dixième anniversaire de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et examinant le rôle des jeunes dans sa mise en œuvre.

10 ans d’action?

La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a été adoptée il y a 10 ans, après plus de deux décennies de querelles. La Déclaration définit un cadre universel de normes minimales pour la survie, la dignité, le bien-être et les droits des peuples autochtones du monde. Elle porte sur les droits individuels et collectifs, notamment la culture, l’identité, l’éducation, la santé et l’emploi.

Mais à peine dix ans après son adoption, elle n’a été reprise et appliquée par les États que de manière très inégale. Selon Kate Gilmore, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, ce n’est pas comme si nous ne savions pas ce qu’il faut faire.

" Les preuves ont été rassemblées même si nous devons faire beaucoup plus; des voix se sont élevées même s’il faut leur donner davantage d’écho; les situations ont été évaluées même si les peuples autochtones doivent participer davantage à ces analyses; la mise en œuvre avec les peuples autochtones et à leur profit – y compris au profit et avec la participation des jeunes – est la voie à suivre," a-t-elle déclaré.

L’un des moyens de mieux impliquer les jeunes est de leur donner un espace et les outils pour leur permettre de comprendre ce qu’implique de vivre dans les deux mondes qu’ils habitent –l’univers des autochtones et le monde globalisé, a déclaré Dalí Angel, la coordinatrice de Red de Jóvenes Indígenas de América Latina. Son groupe a récemment publié un rapport qui s’intéresse au statut de la jeunesse autochtone en Amérique latine et dans les Caraïbes. Parmi les conclusions du rapport figuraient les difficultés que vivent les jeunes avec leur identité – pouvoir s’identifier comme autochtone sur un formulaire de recensement, par exemple; avec la migration (ils sont nombreux à quitter les zones rurales pour les aires urbaines); et l’absence d’une éducation culturellement adaptée. Mme Angel a précisé que ces problèmes créaient des tensions chez la jeunesse autochtone.

" Les effets de la colonisation historique, de la discrimination et de l’exclusion mettent les jeunes en difficulté," a-t-elle ajouté. " Vivre et pouvoir recréer leur environnement culturel en appartenant à ces univers, le monde autochtone et le monde globalisé, est un défi assumé par les jeunes."

Albert K. Barume, Président-Rapporteur du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones a déclaré que l’on assistait à un " timide retournement de tendance" dans la promotion et l’utilisation de la Déclaration. Et alors que le renforcement des institutions et la définition des politiques sont satisfaisants, à terme, il est nécessaire d’en faire davantage pour améliorer la qualité de vie.

" Toutes ces choses ne changent pas la vie des gens," a-t-il dit. " Bien sûr, elles sont importantes, mais elles ne changent pas leurs conditions de vie au niveau communautaire. Le chantier est donc immense et s’il doit reposer sur les épaules des jeunes, ils devront avoir les épaules solides."

13 octobre 2017

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