« Sept actions » pour protéger les droits des femmes africaines durant la COVID-19


Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) et l'Union africaine ont élaboré conjointement de nouvelles orientations sur les mesures que les États africains peuvent prendre, conformément à leurs obligations en matière de droits de l'homme, pour éviter toute forme de discrimination à l'égard des femmes et des filles dans leurs réponses à la COVID-19.

Une femme se rendant à son travail se fait prendre la température avant de passer par un portail automatique qui vaporise du désinfectant pour lutter contre la propagation de la COVID-19 à Nairobi, le 20 avril 2020. © SIMON MAINA/AFP

Comme dans le cas des épidémies précédentes, dont les virus Ebola et Zika, les politiques et les efforts mondiaux de santé publique ne semblent pas répondre adéquatement aux différents effets à court et à long terme de la COVID-19 selon le sexe, notamment sur les droits humains des populations touchées. Les mesures prises risquent au contraire de perpétuer et d'approfondir les inégalités et la discrimination fondées sur le genre. Comme dans d'autres régions du monde, les femmes et les filles en Afrique risquent d'être davantage affectées par le virus.

Le Bureau régional du HCDH pour l'Afrique de l'Est collabore avec la Commission de l'Union africaine, notamment la Direction Femmes, genre et développement, dans ces efforts. Dans le cadre de la pandémie de COVID-19, les deux entités ont estimé qu'il était important de contextualiser les expériences vécues par les femmes africaines, en se concentrant sur les spécificités et les groupes de femmes en Afrique.

Selon la représentante régionale Nwanne Vwede-Obahor, « l'obligation de ne laisser personne de côté est présente non seulement dans les normes internationales des droits de l'homme, mais aussi dans les normes africaines en matière de droits de l'homme ».

La publication, intitulée Seven Possible Actions- Women's Rights and COVID-19 (Sept actions possibles : les droits de la femme et la COVID-19) vise à aider les ministères africains impliqués dans les mesures de planification et d'intervention face à la COVID-19 ainsi que les organisations de la société civile et les défenseurs et défenseuses des droits humains à mener des activités de sensibilisation auprès des gouvernements. « Les États et les acteurs de la société civile peuvent utiliser cet outil pour contrôler si les gouvernements respectent leurs obligations et leurs devoirs en vertu du droit international des droits de l'homme », a déclaré Adwoa Kufuor-Owusu, conseillère régionale pour l'égalité des sexes du bureau régional du HCDH pour l'Afrique de l'Est.

Pour chaque catégorie de réponse à la pandémie, cette publication présente les mesures pouvant être prises et les normes en matière de droits de l'homme que ces mesures doivent respecter. Par exemple, le document souligne que 74 % des femmes en Afrique font partie de la main-d'œuvre du secteur de l'économie informelle et des données croissantes font apparaître que les impacts économiques de la COVID-19 frappent plus durement ces femmes.

Le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique (Protocole de Maputo) reconnaît les droits économiques, sociaux et culturels des femmes, notant que le refus de ces droits rend souvent les femmes vulnérables à de nouveaux abus.

Afin de minimiser les conséquences à long terme sur l'autonomisation économique et sociale des femmes et leur vulnérabilité croissante, il est notamment conseillé aux États d'inclure le secteur informel dans les politiques et les mesures visant à atténuer les effets économiques de la pandémie ; de mettre en place des mesures directes d'indemnisation et d'autonomisation économique des femmes, y compris des aides financières et la fourniture de biens de base ; et d'étendre les mesures de sécurité de l'emploi pour les secteurs défavorisés.

Par ailleurs, du fait de leur situation, les femmes sont particulièrement vulnérables à l'infection. À l'échelle mondiale, les femmes représentent 70 % de la main-d'œuvre des secteurs de la santé et de la protection sociale ; en Afrique, la majorité des travailleurs de la santé communautaire sont des femmes, ce sont les premières intervenantes et elles sont en première ligne pour s'occuper des membres de leur famille malades.

L'Agenda 2063, qui est le cadre stratégique de l'Union africaine pour un développement inclusif et durable, invite les États à promouvoir des citoyens sains et bien nourris, notamment en élargissant l'accès à des services de santé de qualité, en particulier pour les femmes et les filles. La Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, le Protocole de Maputo et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels stipulent tous que le droit à la santé est le droit de tous.

Pour se conformer aux obligations qui leur incombent, les recommandations formulées à l'intention des États dans le document d'orientation comprennent la promotion d'une perspective de genre et des droits des femmes au sein du système de santé et dans le cadre de la gestion de la réponse à la COVID-19 ; la garantie de l'accès universel à la santé pour toutes les femmes, y compris aux services de santé sexuelle et procréative tels que les services de santé maternelle et l'accès aux contraceptifs ; et la protection des femmes aidantes et celles travaillant dans le secteur de la santé.

Outre les orientations portant sur la prise en compte des questions de genre dans les mesures économiques et l'accès aux soins de santé, le document fournit également des conseils aux États sur la violence fondée sur le genre ; l'accès à l'alimentation, à l'eau et à l'assainissement ; la participation aux prises de décision ; les situations de crise humanitaire ; et la collecte de données et d'informations.

« À travers toutes ces initiatives, il est essentiel de veiller à ce que toutes les mesures adoptées en réponse à la pandémie de COVID-19 soient intersectionnelles et répondent aux besoins de toutes les femmes, y compris des migrantes, des femmes rurales et des femmes handicapées », a déclaré Mme Kufuor-Owusu.

5 mai 2020


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