Combler le fossé entre les droits de l’homme et les changements climatiques dans le Pacifique et au-delà


Solomon Yeo, militant en faveur du climat et des droits de l’homme

Alors que la crise liée aux changements climatiques s'aggrave dans le Pacifique, les habitants des îles du Pacifique constatent déjà leurs effets tragiques sur leur vie quotidienne. Face à la réduction de l'accès à l'eau et à la nourriture, de plus en plus de personnes doivent vivre dans des conditions extrêmes et risquent de devoir abandonner leur foyer. 

Le Rapporteur spécial sur les droits de l'homme et l'extrême pauvreté prédit que nous nous dirigeons vers un « scénario d'apartheid climatique » dans lequel les nantis paient pour échapper à la chaleur excessive, à la faim et aux conflits, tandis que le reste du monde est laissé à sa souffrance. La crise climatique pourrait plonger 120 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté d'ici 2030 et l'impact se fera principalement sentir dans les pays et les régions pauvres, ainsi que dans les lieux où les pauvres vivent et travaillent.

Solomon Yeo est un jeune militant en faveur du climat et des droits de l'homme, qui travaille dans le Pacifique. Il est à la tête d'une organisation dirigée par des jeunes, appelée Pacific Islands Students Fighting Climate Change (les étudiants des îles du Pacifique luttant contre les changements climatiques). Leur but ? De « vivre dans la dignité et sans craindre que les changements climatiques nous privent et privent nos enfants de notre liberté ».

Comment vous êtes vous impliqués dans la lutte contre les changements climatiques ?

Mon désir d'aider mes frères et sœurs des îles Pacifiques découle en partie des expériences et des difficultés communes que nous rencontrons en grandissant dans le Pacifique. 

Les changements climatiques sont jouent un rôle dans presque tous les problèmes que nous connaissons dans le Pacifique et il constitue indéniablement une menace existentielle pour nos îles. 

Bien que ne contribuions pratiquement pas à ce problème, nous devons vivre avec cette injustice chaque jour.

Dans quelle mesure vos études de droit ont encouragé votre travail ?

Pendant mes études de droit, j'ai trouvé intéressant de voir comment le droit peut être un facteur pour accélérer le changement. Avec 26 autres étudiants en droit des îles du Pacifique, nous avons recherché des solutions juridiques pour faire face à cette crise climatique, et notre aventure a commencé.

Que faites-vous actuellement dans le Pacifique pour lutter contre les changements climatiques ?

Mon rôle principal est de diriger nos opérations dans les Îles Salomon, à Vanuatu et à Fidji. Avec nos membres, nous menons des campagnes de sensibilisation aux niveaux national, régional et international. 

Nous nous efforçons d'influencer les politiques et de sensibiliser la population, en nous concentrant sur la conservation, les changements climatiques, la gestion des risques de catastrophes et l'autonomisation des jeunes et des femmes.

De quelle manière la crise de la COVID-19 a-t-elle affecté le militantisme en faveur du climat ? Alors que nous habituons à cette « nouvelle normalité », espérez-vous que les gouvernements adoptent de meilleurs approches sur le climat ?

Beaucoup de choses ont changé à cause de la COVID-19 et la lutte contre les changements climatiques peut s'avérer difficile. Cependant, nous persévérons et faisons des compromis, par exemple en nous tournant sur vers les espaces virtuels. Avec d'autres jeunes militants, nous nous sommes fortement impliqués dans l'activisme en ligne à l'échelle régionale et internationale.

Le message provenant des jeunes militants du Pacifique est clair : malgré la crise de la COVID-19, la mobilisation en faveur du climat doit se poursuivre. L'espace numérique a ouvert des voies peu familières mais innovantes pour l'activisme climatique.  Nous pouvons citer par exemple les « guerriers du climat » du réseau 350 Pacific et leur bourse virtuelle « Pacific Pawa Up Fellowship », grâce à laquelle les jeunes participants renforcent leurs compétences et approfondissent leurs connaissances sur le militantisme et l'identité du Pacifique.

La pandémie de COVID-19 fait prendre conscience à la population et aux gouvernements l'importance de notre océan, de l'environnement, du système de santé, des secteurs alimentaires, des terres, du bien-être, des peuples autochtones et de l'éducation. Lorsque nous reviendrons à une situation normale, je suis convaincue que de nombreux gouvernements comprendront leurs réelles priorités.

Plus important encore, la COVID-19 nous apprend qu'il est possible de sacrifier une année et d'agir d'urgence pour apporter des changements transformationnels dans nos sociétés qui réorientent le développement vers un avenir durable. J'espère que ce sera la nouvelle norme que tout le monde s'efforcera d'atteindre.

Vous vous êtes récemment rendu à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Madrid, en Espagne (2-13 décembre 2019). Qu'en avez-vous retiré ?

Un jour après avoir obtenu mon diplôme, j'ai rejoint la délégation des Îles Salomon qui se rendait à Madrid, en Espagne, pour participer à la conférence. J'ai été chargé de suivre nos négociateurs principaux sur les pertes et dommages.

En fin de compte, l'accord final sur les pertes et dommages a été plus faible que prévu. Il était décevant de s'asseoir à la table des négociations et de voir les pays les plus pollueurs poursuivre leurs tactiques de blocage et ralentir les négociations.

J'ai donc compris que les négociations sur le climat ne devaient pas être notre seule méthode pour faire avancer les choses.

D'un autre côté, il était très encourageant de voir les pays du Pacifique, des Caraïbes, d'Amérique latine, d'Asie, d'Afrique et de certains pays de l'UE s'unir pour plaider en faveur du progrès. Il était remarquable de voir que les négociateurs, bien que frustrés, ne cédaient pas dans de telles circonstances car ils savaient que leur peuple, et leurs enfants, dépendaient d'eux.

Comment intégrez-vous les droits de l'homme dans la lutte contre les changements climatiques ?

L'incapacité des gouvernements à faire face de manière adéquate à la crise climatique signifie que nos droits de l'homme sont menacés. L'objectif principal de notre campagne est donc de porter les changements climatiques et les droits de l'homme devant la Cour internationale de justice. Nous voulons combler le fossé entre le droit international en matière de changements climatiques et le droit international des droits de l'homme, qui existent actuellement en parallèle. Nous considérons que la Cour internationale de justice peut y parvenir et contribuer à susciter d'autres actions indispensables pour apporter un changement transformationnel.

Quel serait votre meilleur conseil aux enfants et à la future génération dans le Pacifique ?
Ne doutez jamais de la puissance et de l'influence que vous pouvez avoir pour faire changer les choses. Soyez courageux, soyez responsables et honorez votre héritage du Pacifique en poursuivant la lutte du Pacifique contre le plus grand problème de notre génération.  

Avertissement : les idées, informations et opinions exprimées dans le présent article sont celles des personnes y figurant ; elles ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.

06 Août 2020


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