Venir en aide aux survivants de la torture grâce à des soins de santé mentale fondés sur les droits


L’impact de la torture sur la santé mentale des survivants peut durer toute une vie. Les réfugiés et les demandeurs d’asile qui ont été victimes d’actes de torture sont confrontés à des obstacles supplémentaires; ils ont subi de lourds préjudices et risquent d’être exposés à encore plus de traumatismes pendant leur fuite pour trouver la sécurité, et dans leur nouveau pays.

Docteur Sonali Gupta © HCDHDe nombreux demandeurs d’asile perdent également l’accès aux services de base en raison des lois sur l’immigration de leur nouveau pays. Ces lois peuvent limiter leur accès à des services tels que les soins de santé, l’emploi et le logement.

Spécialisée en traumatologie et en psychologie internationale, docteur Gupta est actuellement conseillère clinique en santé mentale auprès du Center for Victims of Torture, soutenant son programme en Jordanie. Ce centre, basé aux États-Unis, fournit des services directs aux survivants et bénéficie de l’aide financière du Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les victimes de la torture.

Le processus de demande d’asile peut déclencher un nouveau traumatisme chez les survivants de la torture, c’est pourquoi une partie importante du travail du docteur Gupta consiste à les soutenir durant ce processus.

"Quand un survivant vous raconte son histoire, c’est comme si vous étiez un témoin, et qu’ils venaient témoigner de leur expérience. Cela peut être très réconfortant de pouvoir partager son histoire avec quelqu’un d’autre."

L’histoire de Jane

Mme Gupta s’est récemment exprimée lors de l’atelier annuel d’experts sur le Fonds pour les victimes de la torture*, qui portait cette année sur l’aide offerte aux survivants de la violence sexuelle et sexiste, qui est considérée comme un acte de torture.

C’est à cette occasion qu’elle a raconté l’histoire de Jane1.

Jane, l’une des clientes du docteur Gupta, était une survivante de la torture et demandeuse d’asile âgée de 25ans. Dans son pays d’origine, Jane avait eu une relation avec un homme qui, sans qu’elle le sache, faisait partie d’un groupe d’opposition politique.

Plusieurs agents gouvernementaux l’ont prise pour cible et, dans les deux mois qui ont suivi, trois de ses quatre frères ont disparu, elle et sa mère ont été agressées physiquement et ont été forcées de se dénuder, et Jane a ensuite été détenue pendant trois jours. Pendant sa détention, elle a été interrogée au sujet de son petit ami, harcelée et agressée sexuellement, violée par plusieurs hommes et menacée de mort. Elle a réussi à s’évader avec l’aide d’une femme militaire.

"Jane a été profondément affectée, explique le docteur Gupta. Elle avait perdu le sommeil, elle faisait souvent des cauchemars, elle n’avait pas d’appétit et avait perdu tout sentiment de plaisir ou de bonheur. Elle souffrait d’hallucinations olfactives où elle pouvait sentir ses attaquants. Elle a eu des pensées suicidaires à deux reprises et souffrait du syndrome de stress post-traumatique, de dépression majeure et de trouble panique."

Même si Jane avait fait des progrès au fil du temps, elle avait encore des difficultés à chaque fois que quelque chose lui rappelait la torture qu’on lui avait infligée (comme le fait de voir des personnes en tenue militaire) et elle ressentait alors une peur intense. Alors qu’elle tentait d’obtenir l’asile, elle disait qu’elle se sentait "coincée", incapable de vivre sa vie. Elle pleurait la perte de son pays natal, de sa famille et de ses amis.

Environ six à huit mois après la fin de sa thérapie avec Jane, le docteur Gupta a appris qu’elle avait tragiquement été tuée par son compagnon à la suite de violences conjugales.

"Le décès de Jane m’a beaucoup affectée –ce qui témoigne de la relation que l’on peut développer avec ses patients– et je lui suis reconnaissante pour ce que j’ai appris durant notre temps passé ensemble: les prestataires de soins de santé mentale doivent être conscients non seulement des conséquences de la torture, mais aussi des défis à relever lorsque ces personnes demandent l’asile."

Mme Gupta pense que les prestataires de soins de santé mentale doivent assumer un rôle de plaidoyer au besoin, mais qu’ils doivent être prudents lorsqu’ils défendent les intérêts d’un survivant.

"Nous devons continuer à permettre aux survivants de se prendre en charge et à respecter leur autonomie", souligne-t-elle.

Elle estime également que les politiques d’immigration doivent permettre aux survivants qui demandent l’asile d’avoir accès à un logement et aux soins de santé ainsi qu’au droit légal de travailler tout au long de la procédure d’asile. "C’est crucial pour leur réadaptation. Ils ont besoin de stabilité, de sécurité et de normalité."

En quoi consiste une approche de la santé mentale fondée sur les droits?

Dans son travail, Sonali Gupta s’efforce d’adopter une approche de la santé mentale "fondée sur les droits". Pour elle, il s’agit notamment de donner aux survivants le choix de décider du type de thérapie et de services qu’ils souhaitent. "Il est impératif que les survivants donnent leur consentement éclairé concernant les services qui leur sont offerts, qu’ils aient la possibilité de prendre des décisions tout au long du processus thérapeutique."

Selon le docteur Gupta, si l’asile est accordé, il s’agit d’un "événement déterminant" dans le processus de réadaptation des survivants de la torture. "Ils sont alors en sécurité. Certains de leurs droits fondamentaux sont normalement rétablis."

"En tant que médecin, le fait de pouvoir contribuer à ce processus est très gratifiant."

Consultez la brochure sur le Fonds des Nations Unies pour les victimes de la torture* pour en savoir plus sur le Fonds et son travail avec des organisations telles que le Center for Victims of Torture afin de fournir chaque année une assistance directe à plus de 50000 survivants de la torture.

1. Le nom de cette personne a été changé pour protéger son identité. Son pays d’origine et son pays d’asile ne sont pas mentionnés pour les mêmes raisons.

24 avril 2019

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