Treize blessés civils par jour dans le conflit au Yémen


On estime que 3 799 civils ont été tués depuis mars 2015 dans le conflit qui s’intensifie au Yémen. Au moins 7,6 millions de personnes, dont trois millions de femmes et d’enfants, souffrent aujourd’hui de malnutrition, et au moins trois millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer.

Ces victimes ont été répertoriées par une équipe des droits de l'homme des Nations Unies déployée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour apporter une assistance technique à la commission nationale d’enquête mise en place au Yémen. La commission fait face à des difficultés pour mener ses enquêtes.

Un nouveau rapport couvrant la période allant du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016, établi à partir des témoignages des victimes et des témoins reçus par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, fait état d’attaques récurrentes menées contre des civils. Les régions de Taëz, Am Al Asimah et Aden seraient les plus touchées par l’utilisation de bombes à sous-munition et de mines antipersonnel, des attaques de tireurs embusqués et des attaques menées à l’aide de drones contre les civils, ainsi que des attaques visant des infrastructures publiques et privées comme des zones résidentielles, des services de santé et des écoles, et des places de marché.

Les autres violations du droit international sont notamment les privations de liberté, des assassinats ciblés, ainsi que des expulsions et des déplacements forcés.

La plupart des victimes ont été attribuées aux principales parties au conflit – les forces de la coalition loyales au Président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui combattent les Comités populaires affiliés aux Houthis, et les forces de l’armée qui sont restées fidèles à l’ancien Président Ali Abdullah Saleh. Des frappes terrestres et aériennes ont aussi endommagé les infrastructures publiques et privées et entravé l’acheminement de secours humanitaires vitaux aux populations touchées.

Le rapport constate que le conflit au Yémen qui dure depuis deux ans a créé des vides sécuritaires qui sont exploités par des groupes armés affiliés à la branche locale d’Al-Qaida, Ansar al-Sharia, et le soi-disant État islamique en Iraq et au Levant. Ces deux groupes ont mené des attaques contre des sites culturels et religieux qui bénéficient d’une protection spéciale au regard du droit international.

Depuis que les Comités populaires ont imposé un blocus à Taëz, en août 2015, le système de santé s’est pratiquement effondré ; l’ensemble des six hôpitaux publics a cessé de fonctionner et les hôpitaux privés ne sont plus en mesure de faire face aux besoins des blessés pendant les combats.

De plus, les restrictions imposées au transport aérien et terrestre sont maintenues, ainsi que le blocus maritime imposé par les forces de la coalition. Les limitations aux importations de biens vitaux se sont traduites par une pénurie de carburant pour les stations de pompage d’eau, les hôpitaux et les habitations, et par une pénurie de médicaments. Dans les secteurs contrôlés par les Houthis et les forces restées fidèles à Saleh, l’accès aux organismes humanitaires est souvent refusé et les flux d’aide aux populations ont été interrompus.

La situation des enfants demeure extrêmement préoccupante : les informations reçues par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme font état de 559 cas d’enfants recrutés par les parties au conflit et utilisés pendant les hostilités. La plupart des allégations attribuent ces violations aux Comités populaires, dans le gouvernorat de Sanaa.

Environ 560 000 enfants sont également déscolarisés à cause du conflit, ce qui porte le nombre total d’enfants en âge scolaire qui ne fréquentent pas l’école au Yémen à 2,2 millions. Pendant l’année scolaire 2015/2016, il y a eu selon l’UNICEF 1 600 fermetures d’écoles dans le pays.

Les femmes déplacées à l’intérieur du pays ont signalé diverses formes de mauvais traitements, notamment la torture et le viol. En février 2016, un observateur des droits de l'homme de l'ONU a visité la prison centrale pour femmes de Sanaa, qui est actuellement sous le contrôle des Comités populaires. Quatre victimes ont indiqué qu’on leur avait bandé les yeux lors de leur capture pour les emmener dans un lieu non identifié où elles auraient été soumises à des chocs électriques et accusées d’être des prostituées par les Comités populaires. En juillet 2015, une visite à l’hôpital de Thawra, à Sanaa, a révélé le cas d’une fille de 10 ans qui avait été admise pour des blessures après avoir été violée alors qu’elle se rendait à l’épicerie du village.

D’autres groupes de la population ont été pris pour cibles pendant les opérations militaires, notamment des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des personnes affiliées à des partis politiques, tels que le Parti Islah, le Parti socialiste et l’Organisation unioniste populaire nassérienne. Des chefs religieux, notamment des imams sunnites et un rabbin, ainsi que des universitaires, des étudiants et des représentants de la société civile affiliés au Parti Islah sont aussi pris pour cible.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a exhorté toutes les parties au conflit à mettre fin aux hostilités et à œuvrer en faveur d’une solution négociée et durable au conflit dans l’intérêt du peuple yéménite. Il a également demandé à la communauté internationale de mettre en place un organe international et indépendant pour mener des enquêtes exhaustives sur le Yémen.

« Cela fait maintenant des années que les civils au Yémen souffrent de manière insoutenable du fait de plusieurs conflits armés simultanés qui se chevauchent », déplore M. Zeid. « Et ils continuent de souffrir, en dehors de toute forme de justice et de reddition de comptes, tandis que l’impunité prévaut pour les personnes responsables de violations et d’atteintes à leur encontre. La communauté internationale ne peut plus continuer à tolérer une situation manifestement si injuste et qui dure depuis tant de temps. »

25 août 2016

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