Un expert de l’ONU déclare que le " fantôme de la corruption " incite à la torture et aux mauvais traitements


Nils Melzer, Rapporteur spécial sur la torture, a souligné le lien inextricable entre la corruption et la torture dans son récent rapport présenté à la quarantième session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Une prison de Port-au-Prince, Haïti © UNICEF/Roger LeMoyneLe rapport met l’accent sur la torture et la corruption dans les lieux de détention.

Au cours de ses visites dans des prisons et des centres de détention, M. Melzer a remarqué qu’il existait un " fantôme de la corruption qui imprègne l’environnement, propice aux mauvais traitements et à la torture ".

" La corruption s’insinue dans l’élaboration des politiques publiques et des lois et dans l’administration de la justice par des pratiques qui fragilisent chaque aspect de la lutte contre la torture " a-t-il déclaré lors d’une manifestation parallèle qui s’est tenue après la présentation de son rapport à Genève.

Il a reconnu que la corruption était répandue tant dans les pays développés que dans les pays en développement, bien que ses caractéristiques varient selon le contexte.

Le lien entre la corruption et la torture est plus qu’évident

Malcolm Evans, Président du Sous-Comité pour la prévention de la torture, a également assisté à cette manifestation parallèle : " Lorsque vous vous adressez à des détenus dans les prisons, le lien entre la corruption et la torture ne fait aucun doute. Il est plus qu’évident. "

" L’une des choses qui me surprend le plus est le fait qu’on en ait si peu parlé par le passé. La corruption est sans aucun doute l’un des principaux facteurs des pratiques de mauvais traitements dans de nombreux lieux de détention aujourd’hui. "

M. Evans a continué en expliquant que la corruption créait des espaces de non-droit, où l’application normale de la loi ne se fait pas. " Dans des situations où les choses normales ne s’appliquent pas, des relations de pouvoir naissent et dominent. Et dans les prisons et les centres de détention, où il existe d’énormes déséquilibres de pouvoir, l’un des principaux éléments pour définir la torture est l’impuissance. "

Il a déclaré que les stratégies de prévention de la torture devaient donc inclure des efforts importants pour lutter contre la corruption.

Recommandations clés pour lutter contre la corruption et la torture

À la lumière de ses constatations, M. Melzer a formulé un certain nombre de recommandations dans son rapport. Il a exhorté les États à mettre en place un système de surveillance totalement indépendant pour prévenir à la fois la corruption et la torture.

Il a avancé que les États devaient adopter des politiques de " tolérance zéro " envers les actes de corruption, de torture et de mauvais traitements dans toutes les branches des autorités publiques.

Il a également conseillé aux États d’adopter des politiques et des pratiques de lutte contre la torture et la corruption, et ce de manière proactive.

Enfin, il a rappelé aux États la nécessité de ratifier la Convention des Nations Unies contre la corruption, la Convention des Nations Unies contre la torture et son Protocole facultatif.

À ce jour, 94 États n’ont pris aucune mesure concernant le Protocole facultatif.  Selon M. Evans, prendre de telles mesures " serait au moins un signe d’engagement, même si elles ne sont pas forcément vouées à réussir. "

13 mars 2019

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