Le recours à la torture durant les interrogatoires – illégal, immoral et inefficace


" La torture génère des informations corrompues. Elle est plus qu’inefficace – elle est contre-productive. Ces informations corrompues conduisent à des décisions et à des politiques déficientes au plus haut niveau – et des vies ont été perdues à cause de ces mauvaises décisions," a déclaré M. Fallon.

Une fontaine sculptée par l’artiste Erik Tannhaeuser illustre la pratique de la torture par l’eau. © EPA/Ingo WagnerEt il sait de quoi il parle. En qualité d’ancien agent de l’anti-terrorisme pour le gouvernement des États-Unis, il connaît bien les conséquences de renseignements erronés obtenus par la torture. M. Fallon s’exprimait à l’occasion d’une réunion de haut niveau à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. Cette manifestation a braqué les projecteurs sur le recours illégal, immoral et inefficace à la torture lors des interrogatoires.

" Si vous êtes coercitif ou violent, vous pouvez obtenir des renseignements. C’est peut-être l’information que vous cherchiez, mais ce n’est pas forcément la vérité," a ajouté M. Fallon.

Nina Holm Andersen s’est également exprimée lors de cette manifestation; elle était l’interrogatrice principale d’Anders Breivik qui, en 2011, avait commis un attentat terroriste en Norvège, tuant 77 personnes. Elle a souligné que l’empathie – qui n’est pas la sympathie – était essentielle dans l’interrogatoire de suspects, notamment en présence d’un " scénario de bombe à retardement" où le suspect laisse entendre qu’une autre attaque est imminente.

" Avec Breivik, il était important pour moi d’instaurer un contact et de lui donner l’impression qu’il était pris au sérieux," a-t-elle déclaré. Un environnement sûr et confortable rend les suspects plus prolixes et augmente la probabilité qu’ils révèlent des informations compromettantes et donnent un récit plus complet de leurs faits et gestes. Les interrogateurs sont alors en mesure d’obtenir des renseignements plus fiables et opposables.

Mme Andersen s’appuie sur le modèle d’interrogatoire d’enquête, qui donne des conseils pratiques en matière d’interrogatoire des suspects sans recourir à la torture ou à tout autre mauvais traitement. Ce modèle d’interrogatoire repose sur l’utilisation de questions ouvertes pour faciliter la communication et la circulation de l’information et disposer de questions bien préparées afin d’éviter tout malentendu ou ambiguïté. La technique d’entretien comprend plusieurs étapes dont la planification et la préparation, l’introduction et l’instauration d’un contact, les premières explications non contraintes, la conclusion de l’entretien et l’évaluation. Ces étapes empêchent non seulement les pratiques abusives, mais elles permettent également d’améliorer le recueil et la fiabilité des informations.

Shane O’Mara, professeur de recherche expérimentale sur le cerveau au Trinity College de Dublin, a mené des recherches approfondies qui prouvent que l’usage de la torture conduit les prisonniers à confesser plus aisément des informations fausses ou erronées. Les "facteurs de stress" éprouvés pendant les interrogatoires les rendent si confus qu’ils en deviennent incapables de faire la distinction entre ce qui relève de l’imaginaire et de la réalité. Les détenus avouent alors à leurs interrogateurs ce qu’ils veulent entendre afin de mettre fin à leur torture.

Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a déclaré que, déjà en 1796, Napoléon Bonaparte interdisait la torture à ses généraux car il savait qu’elle était inefficace. Cependant, elle continue d’être utilisée dans de nombreux pays. M. Zeid a mis en garde contre le recours à la torture car elle " engendre une immense colère dans les grandes communautés" de détenus qui subissent cette pratique inhumaine illégale.

" En alimentant le désir de vengeance, la torture suscite une haine et une violence accrues," a-t-il dit.

Andrew Gilmour, le Sous-Secrétaire aux droits de l’homme, a déclaré que le HCDH envisage de rédiger un manuel sur les interrogatoires d’enquête avec la Division de la police du Département des Nations Unies des opérations de maintien de la paix. L’Initiative sur la Convention contre la torture et le Centre norvégien pour les droits de l’homme préparent également des orientations sur les interrogatoires d’enquête qui écartent les menaces et à la brutalité.

L’usage de la torture et les mauvais traitements infligés aux détenus sont strictement interdits par la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

11 octobre 2017

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