Le Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les victimes de la torture a joué un rôle dans une décision qui fera date pour les femmes autochtones au Guatemala


« Les soldats ont brisé mon couple », déplore une femme du Guatemala. « Ils ont brûlé tout ce que nous avions. Nous n’avions nulle part où aller. Lorsque nous avions terminé nos heures de travail à la base, nous devions apporter à manger aux soldats, leur faire des tortillas et laver leurs uniformes. Cela a duré six ans ».

Elle a expliqué qu’après la disparition de son mari, elle a été contrainte de travailler pendant des périodes de 12 heures à la base militaire de Sepur Zarco, située au Guatemala.

Elle est l’une des 14 victimes qui ont fourni des témoignages effrayants qui ont permis de faire condamner deux anciens membres de l’armée à une peine de 360 ans de prison pour assassinat, viol et esclavage sexuel de femmes autochtones.
Dans le cadre des premières poursuites qui ont donné lieu à une condamnation pour des actes de violence sexuelle commis au cours du conflit militaire au Guatemala dans les années 1980, Steelmer Reyes Girón et Heriberto Valdez Asij ont été reconnus coupables de crimes contre l’humanité, notamment de violence sexuelle et de meurtre.

Des années d’aide psychologique et juridique fournie par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies et de nombreux acteurs de la société civile guatémaltèque ont aidé ces femmes à obtenir justice.

À travers les activités de renforcement des capacités qu’il a menées, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies au Guatemala et ONU-Femmes ont fourni une assistance technique au Ministère public, aux juges des juridictions pénales et des tribunaux à haut risque et aux requérantes sur les normes internationales relatives à la justice transitionnelle. Ils ont travaillé également avec le programme Maya pour soutenir le processus contentieux.

Des organisations de la société civile, notamment Asociación Mujeres Transformando el Mundo (Les femmes transforment le monde), Unión Nacional de Mujeres Guatemaltecas (Union nationale de femmes guatémaltèques), et le collectif Jalok´U, une organisation de survivantes q´eqchi qui soutient les femmes victimes de violence sexuelle, ont apporté un appui au cours de ce processus.

Le Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les victimes de la torture, qui est géré par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies à Genève, a joué un rôle limité dans le temps, mais essentiel en accordant une subvention d’urgence en décembre 2015 à l’Equipo de Estudios Comunitarios y Acción Psicosocial (ECAP), une organisation de la société civile spécialisée dans la fourniture d’un appui psychologique aux victimes de la torture et aux membres de leur famille.

Les procédures judiciaires mettent les victimes à rude épreuve, car elles comportent le visionnage de nombreuses vidéos et de longues dépositions publiques et à huis clos. La fourniture en temps utile d’un appui psychologique spécialisé aux victimes ayant apporté leur témoignage au cours des procédures judiciaires a été essentielle pour empêcher toute revictimisation.

Le tribunal a fait observer que les infractions avaient été commises dans le cadre d’une stratégie visant à éliminer les hommes qui tentaient de faire valoir leur droit collectif sur des terres autochtones et à forcer leurs veuves à leur servir d’esclaves pour l’armée, notamment sexuellement.

« Nous devions trier le riz et les haricots, et faire à manger. Nous avons été violées à plusieurs reprises. Ils ont dit que personne ne nous cherchait », a expliqué une autre survivante.

Certaines victimes ont enduré ce supplice pendant six longues années, jusqu’à ce que la base soit fermée, en 1988.
Des femmes mayas q’eqchi’ et leurs sympathisants ont réclamé pendant des années que les auteurs des crimes commis à Sepur Zarco rendent compte de leurs actes, alors même que les survivantes étaient en butte à la discrimination, à la stigmatisation et à la revictimisation.

La Directrice d’ECAP, Susana Navarro, a souligné que le soutien apporté par le Fonds des Nations Unies avait été essentiel, et qu’il avait « permis d’accompagner et de renforcer les femmes au cours du procès, afin qu’elles puissent être des actrices du processus judiciaire ».

Elle a ajouté que cette victoire judiciaire envoyait un message au monde pour toutes les femmes : « Si cela peut se produire au Guatemala, en dépit des carences du système judiciaire, les femmes qui vivent dans d’autres régions du monde peuvent elles aussi entamer des démarches pour obtenir justice ».

Depuis 1981, 168 millions de dollars des États-Unis de subventions ont été distribués par le Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les victimes de la torture à plus de 620 organisations dans le monde, ces organisations ayant fourni à leur tour des services essentiels aux victimes de la torture. Alors qu’il fête le 35e anniversaire de sa création, ce fonds en matière de droits de l’homme qui est le plus ancien et le plus important permet de subventionner des projets qui fournissent chaque année des services sur le plan médical, psychologique, humanitaire, social, juridique et de la réadaptation à près de 50 000 victimes de la torture et aux membres de leur famille.

16 mars 2016

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