" Tout le monde peut faire entendre sa voix. Il faut croire en soi. "


Autumn Peltier, militante des droits relatifs à l’eau, estime qu’il est temps de commencer à traiter l’eau avec le respect qu’elle mérite.

Autumn Peltier, une militante pour la défense des droits liés à l’eau, dans la foule new-yorkaise. Selon elle, l’eau est sacrée et il faut redoubler d’efforts pour la protéger. © Linda Roy @ IrevaPhotography" Notre eau est sacrée, a-t-elle déclaré. Elle a un esprit et nous devons la traiter comme un être humain. "

Pour Autumn Peltier, la protection de l’eau est ancrée dans ses traditions. La communauté de la Première Nation de Wikwemikong au Canada, dont elle fait partie, a depuis longtemps une très grande estime spirituelle pour l’eau. Selon Autumn, l’eau est importante pour la communauté et c’est aux femmes de la protéger.

À 14 ans, Autumn Peltier est l’une des plus jeunes militantes des droits relatifs à l’eau au Canada, ce qui lui a causé quelques problèmes. Elle s’est intéressée pour la première fois à cette question à l’âge de huit ans. Elle avait remarqué que, pendant les cérémonies de l’eau, personne n’avait le droit de boire l’eau du robinet. Sa mère lui a expliqué que la communauté avait reçu un avis ordonnant la population de bouillir l’eau avant de l’utiliser.

" J’ai essayé de comprendre pourquoi les gens ne pouvaient pas boire l’eau, dit-elle. Lorsque je l’ai appris, j’ai eu du mal à l’accepter, et ça m’a juste rendu furieuse. "

Sa colère a alors fait place à l’action. Comme l’ont fait ses ancêtres depuis des générations, et comme sa grand-tante Joséphine Mandamin le lui a appris, Autumn a commencé à faire entendre sa voix pour la protection de l’eau. Elle s’est jointe à sa grand-tante lors plusieurs " Water walks ", des marches autour de plans d’eau accompagnées de prières. Joséphine Mandamin a parcouru les rives des cinq grands lacs à la frontière entre les États-Unis et le Canada.

Autumn Peltier a également créé des blogs, publié des vidéos et a eu discussions avec les élèves de sa classe sur le thème de l’eau. Ses efforts de sensibilisation et de défense des droits relatifs à l’eau ont été remarqués. Elle a effectué des présentations dans tout le pays à ce sujet. Elle a rencontré le Premier Ministre canadien Justin Trudeau et lui a fait part de son mécontentement quant à certaines de ses décisions concernant l’eau. L’année dernière, elle a effectué une présentation devant les Nations Unies à New York à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau. Elle estime que c’est son plus grand accomplissement à ce jour.

" Être dans une salle avec des dirigeants du monde entier pour partager avec eux mes préoccupations au sujet de l’eau potable, faire comprendre qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème en Ontario, mais d’un problème mondial, et voir mon message devenir international, c’est une véritable réussite pour quelqu’un de mon âge ", a-t-elle dit.

Elle a reçu cette année une autre distinction : elle est l’un des candidats au Prix international de la paix pour les enfants et la seule personne à avoir été nommée au Canada. Ce Prix, lancé en 2005, récompense les efforts menés par un enfant pour améliorer la vie des enfants dans le monde. Il sera décerné au mois de décembre aux Pays-Bas.

Autumn a dû faire face à plusieurs obstacles, le plus important étant la manière dont les gens la perçoivent en raison de son âge. En tant qu’adolescente, Autumn explique que les adultes ne la prennent pas toujours au sérieux. Ils n’accordent pas d’importance à son militantisme en disant qu’elle n’est qu’une enfant et qu’elle n’est pas assez âgée pour tout cela.

Elle pense néanmoins être la militante idéale des droits relatifs à l’eau. N’importe qui, à n’importe quel âge et à n’importe quel moment, peut défendre ces droits, ou tout autre droit lié à l’environnement. Chaque voix compte.

" À chaque fois que je parle à un jeune ou à une personne âgée, je leur dis que tout le monde peut le faire ", a-t-elle déclaré. " Tout le monde peut faire entendre sa voix. Il faut croire en soi. J’encourage d’autres personnes à faire pareil, car le message serait plus fort si plus de gens étaient impliqués. "

La Déclaration universelle des droits de l’homme n’inclut pas explicitement la protection de l’environnement, mais une planète vivable est nécessaire pour réaliser tous les droits de l’homme. Selon Autumn Peltier, ce lien avec l’environnement, avec l’esprit de la terre, est important pour sa culture et lui permet de continuer à se battre.

" Tout est lié et quand nous sommes jeunes, nous apprenons le respect de la planète et de l’environnement ", dit-elle. " Toutes ces choses sont liées et ont la même racine ".

22 janvier 2019

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