« Nous n’avons pas besoin de plus de discours, mais de justice »


« Il est temps que cette tragédie prenne fin, et il est temps que le monde voie nos blessures », a déclaré Nadia Murad. « C’est mon droit de demander au monde de nous défendre. L’EI nous a attaqués et nous a tués dans nos maisons. Ils ont tué mon frère et ma mère. Ils m’ont kidnappée, ainsi que d’autres filles. C’est mon droit de vous demander que justice soit faite ».

Mme Murad a lancé cet appel dans le cadre d’une table ronde consacrée au rapport intitulé « Ils sont venus pour détruire : les crimes commis par le groupe État islamique contre les Yézidis ». Ce rapport, établi par la Commission d’enquête sur la République arabe syrienne, décrit la manière dont l’EI traite le peuple yézidi, notamment les femmes et les filles, qui ont été séparées des hommes pour être victimes de violences sexuelles, torturées et réduites en esclavage. Le rapport a déterminé que le traitement réservé aux Yézidis par l’EI constituait un génocide en cours.

Mme Murad a été l’une de ces femmes. Capturée par le groupe en août 2014 lors de l’attaque menée contre Sinjar, en Iraq, elle a été détenue pendant quatre mois avant de pouvoir s’enfuir et de trouver refuge dans un camp de déplacés internes, puis de rejoindre l’Allemagne. Aujourd’hui, elle parcourt le monde pour défendre les droits des Yézidis et faire connaître la souffrance de son peuple.

« Ce dont ma communauté a le plus besoin aujourd’hui, c’est de justice », a insisté Mme Murad. « Parce que vous ne pouvez pas réconforter ces mères, qui ont perdu 6 ou 7 de leurs enfants. Seule la justice peut le faire. Nous n’avons pas besoin de plus de discours, mais de justice. »

Jan Kizilhan, l’un des experts participant à la table ronde, est un psychologue allemand qui dirige un programme thérapeutique unique pour traiter les femmes qui ont survécu à l’EI en Allemagne. Il a expliqué que si la justice pouvait apporter un certain soulagement initial aux rescapées, la guérison prenait quant à elle beaucoup plus de temps.

« Ce traumatisme fera partie de leur vie, mais nous leur parlons [et leur disons] : « Oui, cela fait partie de votre vie, mais ce n’est pas toute votre vie », ajoute-t-il.

Pour permettre aux Yézidis et aux autres victimes de guérir dans le long terme, des spécialistes des traumatismes et une éducation à la psychothérapie sont nécessaires en Iraq et en Syrie, a indiqué M. Kizilhan. La difficulté particulière du traitement de ce traumatisme est qu’il est transgénérationnel, car ces communautés y sont confrontées sous différentes formes depuis des générations.

Pour briser le cycle de traumatisme et de violence, la communauté internationale devrait mettre en œuvre des activités d’éducation aux droits de l’homme, soutenir les minorités sur le plan politique et psychologique et encourager le dialogue, a estimé le membre de la Commission d’enquête Vitit Muntarbhorn.

« Nous devons nous efforcer de comprendre la psychologie de la violence », a-t-il fait observer. « La loi et la pratique doivent tenir compte du fait que ce n’est pas seulement une question juridique. »

5 juillet 2016

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