« C’est grâce aux gens qui nous entourent qu’on se sent chez soi »


Nhial DengNhial Deng a été réfugié pendant près de la moitié de sa vie.

Il est arrivé au camp de réfugiés de Kakuma au Kenya en 2010, alors qu’il n’avait que 11 ans. Ayant fui son village en Éthiopie après une attaque de la milice armée, il a marché des centaines de kilomètres pendant des jours, seul, sans sa famille, pour atteindre le Kenya.

Ce jeune homme perdu, dépassé par les événements et effrayé s’attendait au pire.

« C’est très difficile pour un jeune comme moi de devoir traverser ce que j’ai vécu – la guerre et les conflits, le fait de devoir s’enfuir », explique-t-il. « Ce voyage a été très traumatisant. »

À son arrivée à Kakuma, Nhial a été accueilli par un pasteur de la communauté de réfugiés. Il l’a aidé à s’inscrire comme réfugié auprès de l’ONU et a décidé de l’accueillir dans sa famille.

« Quand je suis arrivé à Kakuma, ce qui m’a le plus frappé, c’est que je me suis senti chez moi », explique-t-il. « Il [le pasteur] m’a accueilli dans sa famille comme si j’étais son propre enfant. J’ai pu aller à l’école et j’ai eu le sentiment d’avoir à nouveau une famille. »

Kakuma est un immense camp situé dans le comté de Turkana, au nord-ouest du Kenya, qui accueille environ 160 000 personnes.  Il a vu le jour en 1992 à la suite du conflit et des troubles au Soudan, en Éthiopie et en Somalie.

Aujourd’hui, Nhial Deng est à la tête de l’organisation Youth Peace Ambassadors, qui œuvre à promouvoir la paix à Kakuma et propose des activités de mentorat et d’autonomisation pour les jeunes. 

Il s’efforce également de transformer le discours sur les questions liées aux réfugiés en faisant entendre la voix des jeunes du camp.

Selon lui, le discours public dominant est influencé par les médias, les gouvernements et les organisations internationales, « mais la façon dont ils parlent des migrants et des réfugiés ne correspond pas à la façon dont les migrants et les réfugiés parlent d’eux-mêmes ».

Pour que les choses changent, il est essentiel que les réfugiés et les migrants puissent s’exprimer sur ces plateformes, fait-il remarquer. Il encourage les jeunes, dans la mesure du possible, à utiliser les médias sociaux et l’espace numérique pour lancer des discussions sur les questions qui les concernent et qui concernent leurs communautés.

« Si je ne raconte pas mon expérience, d’autres finissent par la raconter à leur manière », déclare-t-il. « C’est la même chose pour d’autres jeunes réfugiés. Si on n’utilise pas ces plateformes, d’autres personnes s’en serviront pour raconter notre histoire, et la façonner et la déformer comme elles le voudront. »

Nhial estime également qu’en faisant des efforts pour connaître personnellement les réfugiés et les migrants, on peut aider à changer le discours au sein des sociétés.

« On ne devrait pas avoir besoin de lire des articles sur moi dans un journal ou de me voir à la télévision pour me connaître en tant que personne », dit-il. « Il suffit de m’inviter à boire un café et à m’écouter parler de ma vie. Si ça se trouve, on pourrait se découvrir des choses en commun, des passions communes. On pourrait même devenir amis. »

La communauté, un sentiment d’appartenance et un endroit où se sentir chez soi

Pour Nhial, qui est arrivé seul dans un camp de réfugiés alors qu’il n’était qu’un jeune enfant, la communauté a été essentielle pour l’aider à grandir et à s’épanouir, et lui a donné un véritable sentiment d’appartenance.

« Quand je suis arrivé à Kakuma, je me suis senti chez moi parce que j’ai été accueilli dans la communauté », explique-t-il. « J’avais des amis, j’avais le sentiment que je faisais partie de quelque chose, que j’avais ma place ici. »

« On fait face en permanence à des difficultés », ajoute-t-il. « Tout le monde se réveille et s’endort avec son lot de problèmes. Mais ce qui me frappe le plus, c’est que malgré tout, les gens trouvent des raisons de sourire. Peu importe ce qui vous arrive, vous pouvez toujours trouver quelqu’un ici qui vous accueille à bras ouverts. »

La famille de Nhial a été affectée par les conflits sur trois générations. Son grand-père a été déplacé en raison d’un conflit et son père a fui la guerre au Soudan du Sud pour rejoindre l’Éthiopie, où Nhial est né.

« Personne ne devrait subir cela », insiste-t-il. « Les gens ont besoin de vivre dans un endroit respectueux de la dignité, pas dans un camp de réfugiés. Ce genre d’endroits peut vous détruire. »

Le plus important, explique-t-il, c’est d’avoir un endroit où se sentir chez soi. Il souhaite que les gouvernements trouvent d’autres solutions que les camps de réfugiés, où les gens peuvent être accueillis dans des communautés, où ils peuvent aller à l’école, travailler et avoir les mêmes chances que tout le monde.

« Ce que j’aimerais voir à l’avenir pour ma famille et pour les autres réfugiés et migrants, c’est qu’ils aient un endroit où ils puissent se sentir chez eux, où leur situation ne les empêche pas de vivre leur vie dans la dignité et le respect. »

Depuis son arrivée à Kakuma, Nhial a toujours donné la priorité à son éducation, convaincu que c’était « le seul moyen de s’assurer un avenir meilleur et prometteur ». Dans deux mois, il quittera le Kenya pour le Canada afin de poursuivre ses études au Huron University College, où il a obtenu une bourse complète.

Il ne sait pas encore dans quel pays il finira par s’installer, mais il sait qu’il s’y sentira chez lui tant qu’il y aura une communauté.

« Je ne pense pas que l’endroit où on se sent chez soi soit forcément l’endroit où on est né ou d’où on vient », dit-il. « C’est grâce aux gens qui nous entourent qu’on se sent chez soi. Partout où on va, on peut se sentir chez soi si on prend le temps nécessaire. » 

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a lancé la campagne #StandUp4Migrants* à l’occasion de la Journée internationale des migrants en décembre 2020 dans le but de changer le discours sur la migration. En préparation de la Journée mondiale des réfugiés le 20 juin 2021, partagez vos récits et votre vision du monde auquel vous aspirez sur les médias sociaux grâce à #StandUp4Migrants.

Avertissement : les idées, informations et opinions exprimées dans le présent article sont celles des personnes y figurant ; elles ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Le 20 juin 2021

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