Réduire la fracture numérique pour les enfants ayant fui la République populaire démocratique de Corée


Un élève de l’école Yeomyung participe à une classe en ligne sur l’ordinateur portable qu’on vient de lui donner à Séoul (République de Corée), en août 2020. © École YeomyungInsoo et Yeonbi sont deux enfants originaires de la République populaire démocratique de Corée.

Insoo a traversé des rivières et des montagnes et voyagé à travers plusieurs pays pour trouver la liberté en République de Corée. Yeonbi a traversé seule la frontière de la République populaire démocratique de Corée à l’âge de 14 ans et s’est cachée en Chine pendant un an, dans l’espoir de retrouver sa mère qui avait fui le pays quelques années plus tôt.

Depuis 2004, l’école Yeomyung à Séoul, en République de Corée, sert de refuge à des milliers d’enfants qui ont fui la République populaire démocratique de Corée, comme Insoo et Yeonbi. Certains de ces enfants ont risqué leur vie pour rejoindre la République de Corée et pouvoir être libres d’exercer leurs droits fondamentaux. Certains d’entre eux sont nés de femmes fugitives qui ont été victimes de la traite et que l’on a forcé à se marier en Chine.

Ces enfants rescapés qui arrivent en République de Corée souffrent souvent de graves traumatismes physiques et psychologiques. Pour eux, l’éducation est leur bouée de sauvetage et la clé d’un avenir meilleur. Malheureusement, la pandémie a menacé de réduire leur espoir à néant.

Lorsque la COVID-19 a frappé la République de Corée en mars 2020, l’école Yeomyung a été contrainte de fermer ses portes. La cantine, où les élèves recevaient gratuitement de la nourriture trois fois par jour, a dû fermer, de même que le dortoir. Certains enfants, qui avaient perdu leurs parents en fuyant la République populaire démocratique de Corée, se sont retrouvés seuls dans un appartement de moins de 30 m2 et sans accès à l’éducation. De plus, aucun de ces élèves n’avait d’ordinateur portable ou de tablette pour poursuivre sa scolarité en ligne.

« J’étais totalement dévastée de ne pas pouvoir continuer mes études. Je n’avais pas d’ordinateur portable et je ne pouvais même pas suivre les cours en ligne », a expliqué Yéonbi, qui est en dernière année à Yeomyong.

« La pandémie a révélé des disparités dans notre société. Nos élèves ne pouvaient pas suivre les cours en ligne simplement car ils ne possédaient pas d’appareil numérique », a déclaré Myungsook Cho, directrice adjointe de l’école.

Ne voulant pas que les élèves isolés soient laissés pour compte et sans accès à l’éducation, Mme Cho a adressé une lettre émouvante à la communauté de donateurs et d’églises dans laquelle a expliqué la situation. En tout juste trois jours, des ordinateurs portables flambant neufs sont arrivés et chaque élève de l’école Yeomyung a pu en recevoir un et se joindre aux cours en ligne.

« Je ne peux même pas décrire à quel point les élèves étaient heureux. Ils sautaient littéralement de joie et ont dit qu’ils se sentaient reconnus et appréciés par la société », a indiqué la directrice adjointe.

« Le droit à l’éducation, le droit d’apprendre est pratiquement tout ce qui importe à ces enfants. Lorsque ce droit fondamental est menacé à cause de facteurs externes, les élèves désavantagés n’ont pratiquement aucune manière de transformer leurs rêves d’avenir en réalité », a-t-elle ajouté.

Même si ces dons ont été réconfortants pour les élèves, d’autres problèmes persistent. Le bail du bâtiment de l’école, qui a accueilli tant d’enfants, expirera dans un an, et l’école n’a pas été en mesure de trouver un nouveau lieu pour continuer à enseigner aux enfants en raison de la forte opposition des habitants du quartier où l’école espérait s’installer. L’école connaît également de graves difficultés financières dues à la pandémie.

« Certains élèves sont plus en sécurité à l’école qu’à la maison. Certains élèves du monde entier ne peuvent pas manger à leur faim ni voir un docteur lorsqu’ils sont malades à la maison », a déploré Mme Cho. « Pour ces élèves, l’école est un lieu d’éducation, d’apaisement et de protection. Nous ferons de notre mieux pour protéger notre école pour ces enfants. »

Remarque : les noms des élèves ont été modifiés dans cet article.

Ce récit fait partie d’une série d’articles parus dans le cadre de la célébration de la Journée des droits de l’homme 2020, qui a pour thème « Reconstruire en mieux : défendons les droits de l’homme ». Pour nous relever de l’impact de la crise due à la COVID-19, nous devons également combattre une autre pandémie : celle des inégalités. Pour cela, nous devons promouvoir et protéger les droits économiques, sociaux et culturels, dont le droit à l’éducation. Nous avons besoin d’un nouveau contrat social à l’image d’une nouvelle ère.

4 décembre 2020

Voir aussi