Rapport : la haine en ligne contre les minorités est en augmentation, déclare un expert


Une personne sur son ordinateur portable © kurmyshov / Getty Images

Il semblerait que les efforts déployés pour lutter contre le « déferlement de haine et de xénophobie sur les réseaux sociaux » sont en train d’échouer car la haine, loin de diminuer, ne fait qu’augmenter : c’est ainsi que le Rapporteur spécial sur les questions relatives aux minorités, Fernand de Varennes, a décrit la situation lorsqu’il a présenté son rapport sur les résultats du 13e Forum sur les questions relatives aux minorités durant une récente session du Conseil des droits de l’homme à Genève (Suisse).

 

Dans de nombreux pays, les trois quarts des victimes de discours haineux sur Internet, voire plus, font partie de groupes minoritaires. Les femmes appartenant à ces groupes sont particulièrement touchées.

« Trop souvent, les discours de haine sont suivis de crimes haineux et de violence », a déploré M. de Varennes. « Cela peut très facilement ouvrir la voie à la déshumanisation et à la stigmatisation des minorités, ainsi qu’à la normalisation de la haine. Nous devons tirer des leçons du passé et consacrer tous nos efforts à l’élimination des discours de haine en ligne. »

Le Forum sur les questions relatives aux minorités, qui a lieu chaque année et qui a été organisé virtuellement l’année dernière en raison des restrictions dues à la pandémie, rassemble des défenseurs des droits de l’homme de communautés minoritaires, des fournisseurs d’accès à Internet et des médias sociaux, des organisations non gouvernementales, des États, des universitaires et des experts de l’ONU pour un dialogue ouvert et interactif.

À l’issue du Forum de l’année dernière, qui avait pour thème la montée et la fréquence inquiétante des discours haineux contre les minorités, le Rapporteur spécial a publié un rapport de synthèse contenant plusieurs recommandations.

Un appel en faveur d’un cadre national fondé sur les droits de l’homme

Nombreux sont ceux qui s’attaquent aux discours de haine en ligne. Toutefois, le rapport souligne les fréquentes insuffisances du processus. Il explique l’inaction récurrente, de même que les actions qui se traduisent par des atteintes à la liberté d’expression. Le rapport appelle donc à la mise en place d’un « cadre réglementaire international » axé sur la protection et la promotion des droits de l’homme.

« Le déferlement actuel de haine et de xénophobie sur les réseaux sociaux exige une orientation claire et cohérente, et une compréhension fondée sur le fait que le droit international des droits de l’homme doit être au centre des préoccupations, plutôt qu’une réflexion après coup », a déclaré M. de Varennes en présentant son rapport.

Le rapport stipule également qu’il est nécessaire d’adopter une définition juridique acceptable à l’échelle internationale du discours haineux qui doit être conforme au droit international des droits de l’homme, et en particulier aux normes relatives à la liberté d’expression.

Il est essentiel de donner la priorité aux minorités

Les minorités formant l’écrasante majorité des victimes de discours haineux en ligne, il est crucial que les médias sociaux leur accordent la priorité lors des consultations dans leurs efforts pour lutter contre ce type de discours. Selon le rapport, les États ont également la responsabilité de protéger les besoins de toutes les minorités, et non pas uniquement ceux de certaines.

Lors de la présentation du rapport, le Rapporteur spécial a recommandé aux médias sociaux de « passer à l’étape supérieure » et de synchroniser activement leurs normes communautaires avec les obligations internationales en matière de droits de l’homme, notamment pour protéger les minorités. Il a fait remarquer que si des initiatives ont été prises dans ce sens, certaines plateformes « semblent invariablement ignorer ou mal comprendre ce que les normes internationales en matière de droits de l’homme nécessitent ».

Vers un espace en ligne plus sûr pour les minorités

Le rapport stipule que les États, les entreprises technologiques et les médias sociaux devraient adopter une politique de tolérance zéro pour les discours haineux, les crimes haineux et le racisme envers les minorités. Il est également crucial que les discours haineux et le racisme fassent l’objet d’une surveillance rigoureuse.

Le rapport indique par ailleurs que pour garantir véritablement la liberté d’expression et l’autonomisation des membres des minorités nationales, ethniques, religieuses et linguistiques, les États doivent veiller à ce qu’Internet et les médias sociaux constituent un environnement sûr.

« Des sociétés entières sont actuellement empoisonnées par la désinformation et la haine », a déclaré M. de Varennes. « Nous devons mettre fin à cela. Chacun doit pouvoir bénéficier d’un accès sûr et sécurisé aux médias sociaux et s’exprimer, sans risquer d’être victime de discrimination, de racisme, de violence ou d’hostilité.

23 mars 2021

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