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Communiqués de presse Procédures spéciales

Une experte des Nations Unies implore Aung San Suu Kyi : « ouvrez les yeux, écoutez, laissez parler votre cœur »

17 septembre 2019

GENÈVE (17 septembre 2019) – Une experte des droits de l'homme a imploré la dirigeante civile du Myanmar Aung San Suu Kyi de « [laisser parler son] cœur avant qu'il ne soit trop tard », ajoutant que même si les réfugiés souhaitent revenir dans le pays, peu de choses les y attendent.

Yanghee Lee, la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Myanmar, a déclaré au Conseil des droits de l'homme* que la situation dans le pays est extrêmement préoccupante et qu'elle n'est pas ce qu'elle et d'autres avaient espéré, presque quatre ans après l'élection de la Ligue nationale pour la démocratie.

« Je souhaite poser la question suivante à la Conseillère d'État : le Myanmar qui existe aujourd'hui est-il celui qu'elle avait vraiment désiré construire durant ses années de combat pour un pays libre et démocratique ? Je vous implore, Madame la Conseillère d'État : ouvrez les yeux, écoutez, laissez parler votre cœur et utilisez votre autorité morale avant qu'il ne soit trop tard. »

En dépit de la condamnation de la communauté internationale, Mme Lee a indiqué que le Myanmar n'avait rien fait pour mettre un terme aux violences et aux persécutions systématiques contre les Rohingya, et que les membres de cette communauté encore présents dans l'État rakhine vivaient dans les mêmes conditions épouvantables que celles précédant les événements d'août 2017.

« Ces personnes sont privées de leur citoyenneté et ne sont pas reconnues, elles doivent régulièrement faire face à la violence (notamment dans le cadre du conflit actuel entre l'armée d'Arakan et la Tatmadaw), elles sont incapables de se déplacer librement et ont un accès limité à la nourriture, aux soins de santé, à l'éducation, aux moyens de subsistance et aux services », a-t-elle expliqué.

« Le Myanmar prétend avoir fait le nécessaire pour garantir un rapatriement réussi et continue d'accuser le Bangladesh de causer des retards », a-t-elle ajouté. « Toutefois, selon les informations à ma disposition, tout porte à croire que le contraire est en train de se produire. »

Mme Lee a souligné que des images satellites ont révélé l'installation de 34 camps, dont le but précis n'est pas connu. Selon elle, ces camps pourraient servir à détenir la population rohingya restante ainsi que ceux qui décident de revenir dans le pays.

Elle a également expliqué que les images satellites montrent l'ampleur des installations dans le nord de l'État rakhine, notamment six bases militaires construites à l'emplacement de plusieurs villages rohingya détruits. Parmi les 392 villages ayant été détruits, 320 d'entre eux n'ont fait l'objet d'aucun projet de reconstruction, 40 % de ces villages ayant été complètement rasés. « Certaines de ces démolitions ont eu lieu en 2018 voire même en 2019, ce qui contredit totalement l'allégation selon laquelle le Myanmar est prêt à accueillir les réfugiés. Je note également qu'en vertu des lois foncières du Myanmar, tout territoire incendié devient la propriété de l'État. Dans cette situation, même si les réfugiés souhaitaient revenir au Myanmar, qu'y retrouveraient-ils ?

Mme Lee a ajouté : « Je suis convaincue qu'il est nécessaire d'établir les responsabilités pour le pays dans son ensemble et pour garantir le succès des rapatriements : ces mesures permettront de mettre un terme à la violence des militaires contre les minorités ethniques au Myanmar et offriront la possibilité aux Rohingya de vivre en toute sécurité dans l'État rakhine ».

La Rapporteuse spéciale a également exprimé son inquiétude au sujet du conflit opposant les forces armées (Tatmadaw) à l'armée d'Arakan, ainsi que des accusations concernant l'utilisation aveugle de tirs d'artillerie lourde, d'armes à feu et de mines terrestres dans des zones civiles, ayant provoqué le décès de plusieurs civils.

Elle a expliqué qu'en août dernier, le conflit dans le nord de l'État shan s'est aggravé après une série d'attaques coordonnées par l'armée de l'Alliance démocratique nationale du Myanmar, l'armée de libération nationale Ta'ang et l'armée d'Arakan, les trois membres formant l'Alliance de la fraternité. Ces attaques ont provoqué d'intenses combats entre la Tatmadaw et les organisations ethniques armées dans des zones habitées et le long des principales routes au nord de l'État shan.

« Des semaines de combats ont fait rage au mépris de la sécurité, du bien-être et des droits des civils. » L'utilisation aveugle et ciblée de tirs d'artillerie lourde et de mines terrestres aurait causé au moins 17 morts parmi les civils et aurait entraîné, selon les estimations, le déplacement temporaire de 8 000 personnes au nord de l'État shan, dont 1 600 restent déplacés à ce jour.

FIN

Yanghee Lee (République de Corée) a été nommée par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies en 2014 en tant que Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Myanmar. Elle travaille indépendamment de tout gouvernement ou de toute organisation et exerce ses fonctions à titre individuel. Mme Lee était auparavant membre et présidente du Comité des droits de l'enfant des Nations Unies (2003-2011). Elle est actuellement professeure à l'Université Sungkyunwan (Séoul) et siège au comité consultatif de la Commission nationale des droits de l'homme de Corée. Mme Lee est la présidente fondatrice de l'International Child Rights Centre.

Les Rapporteurs spéciaux et les Experts indépendants relèvent de ce qu'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Le terme « procédures spéciales », qui désigne le plus grand corps d'experts indépendants au sein du système onusien des droits de l'homme, est généralement attribué aux mécanismes indépendants d'enquête et de supervision mis en place par le Conseil des droits de l'homme afin de traiter de la situation spécifique d'un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement ; ils n'appartiennent pas au personnel de l'ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou de toute organisation et exercent leurs fonctions à titre individuel.  

Page Web du HCDH consacrée au Myanmar

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