Création du premier club des droits de l’homme dirigé par des femmes au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo


Plusieurs membres du club des droits de l’homme de l’Université officielle de Bukavu, en République démocratique du Congo, en mars 2020. HCDH/A. Headley

L’Université officielle de Bukavu travaille en collaboration avec le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme de Bukavu, en République démocratique du Congo, afin de créer un espace permettant aux étudiants des différentes facultés de renforcer leur engagement envers les droits de l’homme.

Cette université, qui est le plus grand établissement d’enseignement supérieur de la province du Sud-Kivu et accueille quelque 15 000 étudiants, propose un programme dédié aux droits de l’homme au sein de sa faculté de droit. Toutefois, les autorités universitaires ont reconnu qu’il était nécessaire d’aller au-delà du contexte universitaire et d’établir un programme de sensibilisation traitant de questions liées aux droits de l’homme et touchant la communauté dans son ensemble.

Selon Joseph Mufariji Chishami, étudiant d’économie et gestion, les droits de l’homme font partie des principaux aspects de la vie humaine et nous devrions sans cesse essayer de les protéger.

« Nous vivons dans une société où les gens parlent des droits de l’homme mais n’agissent pas vraiment pour les défendre », explique-t-il. « Je voulais faire partie du club pour voir comment je pouvais contribuer à améliorer la situation dans le pays. »

Le club a pour principal objectif de sensibiliser les étudiants au sujet des normes et principes liés à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Les étudiants partageront à leur tour leurs connaissances avec leur entourage et soutiendront un mouvement de futurs défenseurs des droits de l’homme capables de dénoncer les violations commises.

Le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme envisage d’établir une collaboration similaire avec trois autres universités de la province. Chaque club sera composé de 25 membres et de 3 superviseurs.

Geraldine Chin Kongnyuy, coordinatrice du Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme à Bukavu, fait remarquer que des violations des droits de l’homme sont signalées chaque jour dans la province.

Selon elle, la création de clubs des droits de l’homme dans des institutions d’enseignement permettra de renforcer la capacité des étudiants à adopter une approche proactive face aux atteintes et aux violations des droits de l’homme. Ils acquerront des compétences de base en matière de promotion et de protection des droits de l’homme, et contribueront ainsi à favoriser le respect des droits de l’homme dans leurs communautés.

« Nous voulons nous servir des clubs des droits de l’homme pour stimuler et éduquer ces jeunes, pour qu’ils connaissent leurs droits et leurs responsabilités et qu’ils puissent s’impliquer de manière constructive dans la vie de leur communauté », ajoute Geraldine Chin Kongnyuy. « Au-delà du monde politique, nous voulons les aider à devenir des citoyens proactifs et à défendre leurs droits et les droits d’autrui de manière responsable. »

L’une des particularités du premier club des droits de l’homme de Bukavu est que son comité d’administration comprend plus de femmes que d’hommes, dans une société où les femmes sont généralement mises en arrière-plan – et où, selon les données disponibles, la plupart des victimes de violence sexuelle et fondée sur le genre au Sud-Kivu sont des femmes. 

« Les étudiants ont fait preuve d’ouverture en confiant cette responsabilité à une femme, et je leur en suis reconnaissante », indique Jessica Hwaba Bizibuhe, étudiante en droit et élue première présidente du club. « J’encourage toujours les femmes à avoir avant tout plus confiance en leurs propres capacités. Dans la mesure où d’autres personnes souhaitent déjà promouvoir les femmes, nous, les femmes, devrions aussi rejoindre ce mouvement et ne pas rester en retrait. » 

Jessica souligne que le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme et le recteur de l’université ont choisi d’inclure dans le club des étudiants de plusieurs facultés différentes, et non pas seulement de la faculté de droit. Les étudiants ont donc jugé nécessaire d’améliorer en premier lieu leurs compétences en matière de droits de l’homme.

« C’est l’un des objectifs du club des droits de l’homme : éduquer et sensibiliser », ajoute-t-elle. « Les droits de l’homme concernent tout le monde. À notre avis, il est nécessaire de former d’abord nos pairs dans le milieu universitaire, puis de sortir de cet environnement pour aussi former ceux qui n’ont pas la chance d’aller à l’université. »

Lors de l’installation officielle des premiers membres du club, des élèves se sont inquiétés de savoir comment le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme les protégerait contre les représailles des autorités locales. Pour Geraldine Chin Kongnyuy, cela commence par des formations et du soutien.

« Nous leur présenterons les processus de sensibilisation, comment surveiller, établir et dénoncer les cas de violations, et comment travailler avec les services de sécurité de l’État », explique-t-elle. « Nous organisons régulièrement des sessions de formation pour la police et l’armée et nous avons comme projet d’inclure ces étudiants et leurs représentants dans ces programmes de formation. »

« Notre but est de permettre aux étudiants et aux agents de l’État de comprendre qu’ils contribuent tous à un effort commun : la promotion et la protection des droits de l’homme », indique-t-elle, en ajoutant qu’elle espère rassembler suffisamment de soutien pour déployer cette initiative dans toutes les universités de la province.


Vidéo*
 

1er octobre 2020


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