Les « thérapies de conversion » peuvent être assimilées à des actes de torture et devraient être interdites, déclare un expert de l’ONU


Deux militants sont photographiés durant la 15e marche des fiertés, avec pour slogan « Mémoire, fierté et résistance pour les droits des personnes LGBTI » à Asuncion, le 29 septembre 2018. NORBERTO DUARTE / AFP

À l'occasion de la présentation de son dernier rapport au Conseil des droits de l'homme, Victor Madrigal-Borloz, Expert indépendant sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre, a appelé les États à « travailler ensemble pour interdire les pratiques de thérapie de conversion à l'échelle mondiale ».

L'expert a également décrit ces pratiques comme étant « intrinsèquement discriminatoires, cruelles, inhumaines et dégradantes et que selon la sévérité de ces pratiques, ou de la souffrance ou douleur physique ou mentale qu'elles infligent à la victime, elles peuvent être assimilées à des actes de torture. »

L'expression « thérapie de conversion » désigne un ensemble de pratiques visant à transformer l'orientation sexuelle ou l'identité de genre d'une personne, et prétendant donc viser à changer une personne gay, lesbienne ou bisexuelle en une personne hétérosexuelle, et une personne trans ou de genre variant en une personne cisgenre – c'est-à-dire une personne dont l'identité de genre correspond au sexe qui lui a été assigné à la naissance.

« Les pratiques de thérapie de conversion partent du principe que les personnes d'orientation sexuelle diverse ou d'identité de genre variant sont en quelque sorte inférieures, sur le plan moral, spirituel ou physique, et doivent donc changer leur orientation ou leur identité pour y remédier », a expliqué M. Madrigal-Borloz.

Dans son rapport au Conseil, il identifie trois approches principales relatives aux pratiques dites de « thérapie de conversion » : les pratiques psychothérapeutiques fondées sur l'idée que la diversité sexuelle ou de genre découle d'une éducation ou d'une expérience anormale, les pratiques médicales fondées sur la théorie que l'orientation sexuelle et l'identité de genre sont la conséquence d'un dysfonctionnement biologique inhérent, et les pratiques confessionnelles, qui partent du principe que les orientations sexuelles et les identités de genre différentes ont quelque chose de fondamentalement mauvais.

Les actes de violence physique, psychologique et sexuelle, l'électrocution et la méditation forcée, l'isolement et l'internement, les violences verbales et l'humiliation sont autant d'exemples cités par M. Madrigal-Borloz pour illustrer les méthodes utilisées lors des tentatives de conversion.

Parmi elles, la thérapie par aversion est une pratique courante, qui consiste à soumettre une personne à des sensations négatives, douloureuses ou angoissantes alors qu'elle est exposée à un certain stimulus lié à son orientation sexuelle.

Ces interventions peuvent également être fondées sur des approches pharmaceutiques, telles que l'administration de médicaments ou d'hormones ou des traitements aux stéroïdes. L'expert fournit plusieurs exemples où les personnes qui, fatalement, échouent à changer d'orientation sexuelle sont souvent poussées à recourir à la chirurgie, dans l'idée qu'une intervention de réattribution sexuelle neutralisera leur orientation.

Les victimes de « thérapies de conversion » doivent parfois suivre les préceptes d'un conseiller spirituel et faire l'objet de programmes visant à surmonter leur « trouble ». Dans le cadre de ces programmes, ces personnes sont battues, entravées, privées de nourriture et font parfois même l'objet d'un exorcisme.

« Les pratiques de conversion sont non seulement inefficaces, mais elles sont aussi extrêmement néfastes. Elles causent souvent des souffrances durables et qui laissent des séquelles indélébiles sur le corps et dans l'esprit de cette personne », a déclaré M. Madrigal-Borloz. « Sous l'effet combiné d'un sentiment d'impuissance et d'une humiliation extrême, les victimes éprouvent de la honte, de la culpabilité et un dégoût d'elles-mêmes et sont blessées dans leur dignité, autant d'atteintes profondes susceptibles de se traduire par une détérioration de l'image qu'elles ont d'elles-mêmes et par des modifications durables de leur personnalité. »

Selon l'expert, les personnes qui se livrent à des « thérapies de conversion » sont notamment des prestataires publics et privés de soins de santé mentale, des organisations religieuses, des guérisseurs et des agents de l'État. Outre ces entités, la famille de la victime, le groupe social auquel elle appartient, les responsables politiques et d'autres acteurs peuvent encourager de telles pratiques.

Des fonctionnaires, y compris des juges ou des policiers, peuvent ordonner une « thérapie de conversion », même en l'absence de dispositions légales expresses. Ces pratiques peuvent également être mises en place au moyen de politiques publiques. L'expert fournit des exemples de pays qui ont adopté des plans visant à réprimer les comportements considérés comme immoraux, notamment les comportements homosexuels, et encouragent en particulier les « thérapies de conversion », y compris dans le cadre de programmes universitaires.

Pour lui, les enfants et les jeunes sont particulièrement vulnérables, car toute personne exposée à un stade précoce à de telles pratiques risque d'être en proie à l'anxiété, à la dépression, à des troubles post-traumatiques, à des idées suicidaires et à des tentatives de suicide.

« La décision de faire subir à un enfant une pratique de conversion ne peut en aucun cas être en conformité avec l'intérêt supérieur de cet enfant », a affirmé M. Madrigal-Borloz. « Les parents doivent prendre des décisions pour leurs enfants en se fondant sur le principe du consentement éclairé, qui implique de connaître la véritable nature de ces pratiques, leur incapacité à réellement réussir toute "conversion", et les preuves de plus en plus nombreuses des traumatismes psychologiques et physiques qu'elles causent à long terme. »

En 2012, l'Organisation panaméricaine de la santé a déclaré que les « thérapies de conversion » n'avaient aucune justification médicale et représentaient une menace grave pour la santé et les droits humains des personnes qui en étaient victimes. En 2016, l'Association mondiale de psychiatrie a estimé qu'il n'y avait « aucune preuve scientifique solide montrant que l'orientation sexuelle innée pouvait être changée ». En 2020, le groupe indépendant d'experts de médecine légale a estimé que proposer des « thérapies de conversion » constituait une forme de tromperie, de publicité mensongère et d'escroquerie.

13 juillet 2020

Voir aussi

Expert indépendant sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre

Lire le résumé du rapport sur les « thérapies de conversion » anglais | espagnol | français | portugais (PDF)